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21 mars 2021 : Le paradoxe christique – Evangile de l’appel de Philippe et de Nathanaël – La tentation de l’anachorète brouteur

Victor

CHANTS

« Musique chorale sacrée russe des XVII et XVIII siècles » par le Choeur Glinka de Leningrad, sous la direction de Vladislav Tchernouchenko – Melodia Record Company, URSS – enregistré en 1986-1987.

Nous recommandons « Le sacrement de l’homme » du Père Marc-Antoine Costa de Beauregard. Ce livre répond aux questions essentielles qui nous habitent : Qu’est-ce que l’Homme ? Que peut-on dire de lui ? Comment Dieu révèle-t-Il sa volonté ? Etc. (Editions du Cerf ) Pour en savoir plus et le commander cliquez ici.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Le paradoxe christique

Il y a un paradoxe particulièrement troublant dans la vie de Jésus. Ses miracles et sa Résurrection ont tellement impressionnés ses disciples qu’ils ont propagé ce qui est devenu le christianisme au prix de leur vie. En revanche, les autres qui, eux aussi, ont été témoins des mêmes phénomènes, ont refusé, de toutes leurs forces, de s’incliner, devant le Christ. Et pourtant ce n’était pas une idéologie dangereuse. Elle proclamait que Dieu est amour, et que sa miséricorde s’étend sur tous – même les pires criminels – pourvu qu’ils se repentent de tout leur être. De plus, les martyrs chrétiens ne versaient pas le sang d’autrui, au contraire ils priaient pour leurs bourreaux ! St Jean Chrysostome s’est, lui aussi, interrogé sur ce paradoxe. « Comment considérer la coupable folie des Juifs, dit St Jean Chrysostome, qui, témoins des miracles de Jésus-Christ, osent pourtant lui demander : ‘‘Qui es-tu ?’’ Et le Sauveur leur répond : ‘‘Je ne cesse de vous le dire depuis le commencement.’’ C’est-à-dire : ‘‘Vous êtes indignes d’entendre mes paroles. Bien loin de mériter que je vous dise qui je suis, vous ne m’interrogez que pour me tenter, et vous ne faites aucune attention à ce que je vous dis.’’ Mais le Sauveur n’a pas pu les convertir, malgré la multitude de ses miracles et la force de ses enseignements. Il ne lui restait plus alors qu’à leur parler de sa Croix. C’est-à-dire : ‘‘Vous pensez que vous serez délivrés de moi lorsque vous m’aurez mis à mort ; mais moi, je vous dis que c’est alors surtout que l’éclat de ma Résurrection vous révèlera votre propre captivité, et vous fera connaître que je suis le Christ, le Fils de Dieu.’’ »

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

L’appel de Philippe et de Nathanaël (Jean 1, 43-51)

En ce temps-là, le lendemain (du jour où Il avait donné à Simon le nom de Pierre), Jésus voulut se rendre en Galilée : Il trouve Philippe. Il lui dit : « Suis-moi ! » Philippe était de Bethsaïde, de la ville d’André et de Pierre. Philippe trouve Nathanaël et lui dit : « Celui dont ont écrit Moïse, dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l’avons trouvé : Jésus, le fils de Joseph, celui de Nazareth. » Et Nathanaël lui dit : « De Nazareth peut-il être quoi que ce soit de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois ! » Jésus vit Nathanaël venir vers lui et Il dit de lui : « Voici vraiment un Israélite : en lui il n’est pas de ruse. » Nathanaël lui dit : « D’où me connais-Tu ? » Jésus lui dit en réponse: « Avant que Philippe ne t’appelât, quand tu étais sous le figuier, Je t’ai vu. » Nathanaël lui répondit : « Rabbi, Tu es en vérité le Fils de Dieu, Tu es le roi d’Israël ! » Jésus lui dit en réponse: « Parce que Je t’ai dit que Je t’ai vu sous le figuier, tu as la Foi ? Tu verras bien plus que cela ! » Et Il lui dit : «Amen ! Amen ! Je vous le dis, désormais vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’Homme !»

*          *          *

Homélie : Aujourd’hui, premier dimanche de Carême, est une grande fête. Cela nous étonne ! Mais oui : le saint et grand carême de Pâques est jalonné de fêtes. C’est peut-être le temps le plus festif de l’année, comme l’a suggéré l’évangile du Fils prodigue : c’est tout d’abord un temps de fête pour le Père qui voit ses enfants passer de la mort à la vie, de la servitude à la liberté, de la tristesse à la joie, de l’exil à la patrie et au Royaume. Pensons à cela, nous n’y pensons pas suffisamment : nous sommes la joie de Dieu ! Nous sommes l’allégresse de ses anges et de ses saints (Luc 15, 7)! L’enjeu du Carême, c’est de faire la joie des autres, de nos frères sur la terre, de notre prochain, de la société civile tout entière, et, avant tout, de réjouir le Père. Le banquet préparé par le Père pour ses fils et ses filles est le banquet où Il veut se réjouir de la joie de ceux qu’Il aime. Ainsi se manifeste l’amour du Seigneur pour toutes ses créatures : elles font sa joie et il se réjouit en elles ! Sous peu, le Père céleste pourra dire, en contemplant le visage de chacun d’entre nous : voilà mon fils, ma fille, bien-aimés ! Je me reconnais en eux ! « Je t’ai vu ! », dit le Seigneur à Nathanaël. Le Seigneur nous voit, Il voit la profondeur de notre cœur, Il voit le meilleur de nous-mêmes, Il connaît la pureté de notre personne, Il voit en nous de vrais Israélites, de vrais membres de son Peuple. Le saint Évangile insiste en ce jour sur ce regard divin porté sur chaque personne humaine. De nombreux exemples illustrent le même fait merveilleux : le Créateur pose son regard sur la Samaritaine, sur le Lépreux reconnaissant, sur la Cananéenne éplorée, sur Zachée le converti. Le premier dimanche de Carême, c’est-à-dire aujourd’hui, est la fête de la vision divine et de la vision humaine qui constitue l’essence même de l’Icône. À l’issue de la divine Liturgie, une lumineuse procession entourera l’église, icône du Royaume. Les saintes icônes seront portées à hauteur du visage, avec le plus grand respect, la plus grande conscience, comme les fenêtres par lesquels nous regardons pour y contempler le Seigneur en chair et en os, ainsi que sa Mère très pure et tous ses saints – comme les fenêtres par lesquelles nous sommes vus et regardés. « Je t’ai vu ! », dit le Seigneur. « Tu verras ! Vous verrez ! », dit-Il ensuite. Nous réjouir d’être vus et connus de notre Dieu dans toute notre nudité baptismale, dans la pureté de notre cœur, et au-delà même de nos péchés et de nos vertus, de nos qualités et de nos défauts, c’est-à-dire dans notre personne même, est l’enjeu du Carême et de toute notre vie. Le sens profond du saint baptême, auquel se préparent les catéchumènes en ce temps, est de nous initier à vivre sous le regard de Dieu. L’Israélite véritable, dont nous aimerions bien être qualifiés, est celui qui marche devant la face de Dieu. Nous nous appellerons Jacob par notre lutte pour éprouver la force de la présence aimante du Seigneur dans notre vie. Nous serons blessés à vie par son amour. Il nous appellera Israélite véritable et sans détour, Juif par l’Esprit saint et par l’affiliation à la famille du Fils. La rénovation des saintes icônes et de leur culte, que nous fêtons en ce jour, la défaite de ceux qui ignorent que Dieu sait tout de son monde et de chacun de nous, ouvre la carrière du Carême parce qu’elle en est le but ! Glorifier Dieu selon la vraie foi, resplendir en sa ressemblance, le voir et sentir son regard posé sur nous, constituent l’horizon de l’Église. Dans le mystère de l’icône, nous pressentons le mystère de notre propre épanouissement en ce monde et dans le monde qui vient.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

La tentation de l’anachorète brouteur

Jean Moschos rapporte un épisode édifiant de la vie d’Abba Elias le brouteur. Le brouteur (boskos en grec) est un ascète particulièrement austère. Il ne vit que de végétaux sauvages et consommés crus. Il refuse la civilisation ordinaire, qui est caractérisée par la plante cultivée et la cuisson. Il manifeste ainsi un retour radical à la nature, celle d’Adam avant le péché. Voyons donc ce qui est arrivé à notre brouteur. Ecoutez bien :

« Je vivais dans une grotte près du Jourdain, raconte Abba Elias. Un jour, vers la sixième heure [c’est-à-dire midi], alors qu’il faisait particulièrement chaud, quelqu’un frappe à ma porte. Je sors et je vois une femme. Je lui demande ce qu’elle fait là. ‘‘Messire Abba, me dit-elle en guise de réponse, moi aussi, je mène ce genre de vie, à un mille d’ici [c’est-à-dire, environ 1km1/2]. Je demeure dans une petite grotte.’’ Et elle m’indique l’endroit, vers le sud. ‘‘En traversant ce désert, continue-t-elle, j’ai souffert de la soif, à cause de cette forte chaleur. Par charité, donne-moi un peu d’eau.’’ Je lui tends ma gourde. Elle la prend, elle boit, puis je la renvoie. Après son départ, le diable commence à me tourmenter à propos de cette femme et à m’inspirer certaines pensées… Vaincu et incapable de supporter la flamme du désir, je prends mon bâton, et, à l’heure où le soleil brûle même les pierres, je m’en vais la rejoindre pour satisfaire mon désir. Arrivé à proximité de la grotte de cette femme, poursuit Abba Elias, le désir me consume à tel point que je tombe en extase. Et là, je vois tout à coup la terre s’ouvrir devant moi. Je suis projeté dans ce gouffre où j’aperçois des cadavres putréfiés, décomposés, dégageant une puanteur sans pareille. Soudain, quelqu’un surgit au milieu de ces cadavres. Il a l’allure d’un saint. Il s’approche de moi, me montre un cadavre et me dit : ‘‘Voici un corps de femme.’’ Puis il m’en montre un autre en disant : ‘‘Et ici, c’est un corps d’homme. Assouvis ton désir autant que tu le veux… Mais pense à la somme des efforts que tu as déjà accomplis et que tu es prêt à ruiner, pour prix de ce plaisir… Vois pour quel genre de péché, vous acceptez de vous priver du Royaume des Cieux. Malheur à la nature humaine ! Pour une seule heure, souhaites-tu vraiment voir tous tes efforts réduits à néant ?’’ Cette puanteur extrême me fit tomber par terre. Mais la sainte apparition s’approcha, me releva, et apaisa mon tourment. Puis je regagnai ma cellule en rendant grâce à Dieu. »

Eh oui, chers frères et sœurs en Christ, bien souvent nous sommes tentés par un plaisir dérisoire pour lequel nous sommes prêts à détruire ce que nous avons patiemment construit. Que Dieu nous en préserve !

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