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20 octobre 2019 : « Nul ne peut servir deux maîtres » – Evangile de la guérison du possédé gadarénien – Le vieux et le jeune anachorètes (2/2)

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CHANTS

« Ta Laure se réjouit aujourd’hui – Thy  Lavra is joyful to-day » par le chœur de la Laure Potchaïev de la Dormition, en Ukraine,sous la direction du diacre Anton Yary –  Disque enregistré en 1989, pour célébrer le 750e anniversaire de la fondation de ce célèbre monastère – Russian Compact Disc 1994.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

« Nul ne peut servir deux maîtres »

Le Seigneur nous rappelle ainsi que nous sommes des créatures, c’est-à-dire des êtres dépendants. Ce rappel est particulièrement important aujourd’hui où le concept d’autonomie a pris des proportions effarantes. Le désir de n’être dépendant de personne est devenu une sorte de mantra qui nous empêche de réfléchir. C’est une idole qui nous aveugle et qui se manifeste particulièrement dans les questions de vie et de mort. On met souvent en avant la souffrance pour justifier l’euthanasie, mais l’expérience montre que c’est l’autonomie qui en est le vrai moteur. Et elle se manifeste aussi dans la vie courante. Elle est la cause des innombrables divorces qui déchirent les familles. On proclame son autonomie en évacuant conjoint, enfants, parents

Le Christ donc nous rappelle notre état de dépendance. Etant dépendant, il nous faut servir. Servir, c’est obéir, par amour, à un maître. C’est pourquoi il est impossible de servir deux maîtres ; car comme le dit le Seigneur «  il haïra l’un et aimera l’autre ». Dieu qui veut de nous un amour libre, nous a donné la liberté de choisir notre maître. Il n’est donc pas étonnant que l’autonomie soit devenue un maître dans une société qui rejette Dieu.  Or le Christ nous a dit : « Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez. » Ainsi en rejetant nos enfants et nos vieux, au nom de l’autonomie, c’est bien le Christ que nous rejetons.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

La guérison du possédé gadarénien (Luc 8, 26-39)

En ce temps-là, Jésus abordait au pays des Gadaréniens qui est en face de la Galilée : comme Il descendait à terre, de la ville vint à sa rencontre un homme qui avait des démons ; depuis longtemps il ne portait pas de vêtements, et demeurait, non pas dans une maison, mais dans les tombeaux. Voyant Jésus, il se mit à vociférer, tomba à ses pieds et dit d’une voix forte : « Que me veux-Tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas ! » Jésus en effet commandait à l’esprit impur de sortir de cette personne. Car bien des fois il s’était emparé de lui ; et, pour le garder, on le liait avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. Jésus l’interrogea : « Quel est ton Nom ? » – « Légion », répondit-il, car beaucoup de démons étaient entrés en lui ; et ils suppliaient Jésus de ne pas leur ordonner de s’en aller dans l’abîme. Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne ; les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et Jésus le leur permit. Ils sortirent donc de la personne, entrèrent dans les porcs et, du haut de l’escarpement, le troupeau se précipita dans le lac et s’y noya. Voyant ce qui était arrivé, les gardiens prirent la fuite et proclamèrent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes. Et les gens sortirent voir ce qui s’était passé. Ils s’approchèrent de Jésus et trouvèrent la personne dont étaient sortis les démons, assise aux pieds de Jésus, habillée et dans son bon sens : et ils furent saisis de frayeur. Ceux qui avaient vu comment le possédé avait été sauvé le proclamèrent. Et toute la population du territoire des Gadaréniens demanda à Jésus de s’éloigner d’eux, car une grande frayeur s’était emparée d’eux. Jésus remontait dans la barque et repartait, quand l’homme dont les démons étaient sortis le pria d’être avec lui ; mais Jésus le renvoya en disant : « Retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi ». Il s’en alla et publia par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui.

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Homélie : L’épisode que rapporte en ce jour saint Luc est, comme souvent, un évènement historique qui a valeur pédagogique. Les paraboles évangéliques sont, pour Dieu, des façons imagées de se faire comprendre ; et les actes historiques de Dieu sont en quelque sorte des paraboles, parce que Dieu se fait comprendre des hommes par des signes autant que par des paroles. Dieu parle par l’action. Et nous voyons que, dans le monde tel qu’il est, et tel qu’il est décrit ici –monde déchu et agité par les puissances diaboliques – Dieu vient, agit pour la santé et pour le Salut, et repart ensuite en laissant ses disciples annoncer son royaume. Dieu vient, en ce jour, Il « aborde aux pays des Gadaréniens », et ensuite Il « remonte dans la barque et repart », non sans avoir enjoint à celui qui a été sauvé de témoigner. Cela ressemble à la fin de l’Évangile selon saint Matthieu ou selon saint Luc, quand le Seigneur Dieu, ayant accompli sa mission parmi les hommes, se sépare d’eux en leur laissant une mission. Tel est le rythme de l’Histoire : interventions divines, par le ministère des prophètes, des saints ou des anges, ou de Dieu en personne ; service et accompagnement des hommes ; puis retrait en faveur d’une autre présence, généralement celle de l’Esprit. Apprenons à voir dans l’Histoire ces interventions, ces retraits, ces formes de présence et ces façons de s’absenter, qui sont caractéristiques du comportement divin. Pensons même à la création du monde, alternance entre agir et retrait divins. En réalité, si la présence divine dans le monde nous est bien souvent, que Dieu nous pardonne, insensible ou indifférente, son retrait est angoissant. Que devenons-nous si Dieu se retire ? Qu’allons-nous faire s’Il nous abandonne ? Que deviendrons-nous sans lui ? Pensons à l’angoisse des apôtres et des autres baptisés entre l’Ascension et la Pentecôte, rythme typique du comportement divin. Regardons dans notre propre vie : combien de fois, depuis notre tendre enfance, le Seigneur n’a-t-Il pas visité notre vie ? Combien de fois ne s’est-Il pas rendu présent, en personne ou par l’intermédiaire de saintes personnes, d’une parole, d’un évènement à caractère angélique ? Essayons de nous souvenir… C’était comme une joie inexpliquée, comme un miracle inattendu, une rencontre inespérée, une lecture qui répondait à nos questions, un repos bienvenu après l’effort, le travail ou l’inquiétude. Combien de fois également ne nous sommes-nous pas sentis livrés à nous-mêmes, à nos propres forces, ou plutôt à notre propre faiblesse ? Combien de fois ne nous sommes-nous pas sentis abandonnés de tous et même de Dieu : « mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-Tu abandonné ? » Notre vie est rythmée par des visites miraculeuses et des retraits divins angoissants. Mais comprenons que, lorsqu’Il se retire, comme aujourd’hui du pays des Gadaréniens, c’est pour laisser la place à nous et au saint Esprit qui veut faire de nous des porte-parole du Seigneur, que sa visite a transformés pour toujours.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le vieux et le jeune anachorètes (2/2)

Vous vous souvenez, la semaine dernière, nous avons commencé le récit de l’anachorète Georges qui avait passé 35 ans à errer, nu, dans des lieux de solitude, avec son disciple, lequel était mort. Comme abba Georges n’avait pas d’outil pour creuser sa tombe, il était descendu de la montagne vers la mer demander à l’équipage d’un bateau en mouillage de venir avec lui enterrer le frère défunt. Ils avaient accepté de bon cœur. Après l’enterrement, l’un des matelots, nommé Thalaïléos, lui avait demandé de rester avec lui. Abba Georges avait d’abord refusé, craignant qu’il ne supporte pas l’ascèse, mais avait fini par accepter. Au bout d’un an, frère Thalaïléos lui avait dit : « Prie pour moi, Père, parce que, à tes prières, Dieu m’a délivré de toute peine. Je ne suis plus fatigué et ce climat ne m’épuise plus. Le feu du soleil ne me brûle plus. Et, l’hiver, je ne souffre plus du froid. Au contraire, je connais un parfait repos. »

Voici la suite, écoutez bien :

« Abba Georges lui donne sa bénédiction et ils poursuivent leur vie commune. Au bout de deux ans et demi, frère Thalaïléos pressent qu’il va mourir. Il demande alors à son ancien : ‘‘Emmène-moi à Jérusalem pour que j’adore la sainte Croix et les lieux de la sainte Résurrection du Christ notre Dieu. Car c’est de ces jours-ci que le Seigneur va m’accueillir près de lui.’’  L’ancien le conduit à la Ville des villes. Ils vénèrent les lieux saints, descendent vers le Jourdain et s’y purifient. Et trois jours plus tard, le frère Thalaïléos s’endort dans la mort. L’abba l’inhume dans la laure de Kopratha, dans le désert de Juda. Quelques temps après, abba Georges l’anachorète meurt à son tour et les pères de la laure l’enterrent à côté de son disciple. » Ainsi Thalaïléos, le marin qui, à la vue de la vertu d’abba Georges avait été saisi et bourrelé de remords en la comparant à sa propre vie de péché, était devenu, en quelque sorte, le maître de son maître, en acceptant, dans un abandon total à Dieu, cette vie d’ascète pour laquelle il n’était pas physiquement fait, comme l’avait d’abord compris le vieil anachorète. Abba Georges avait accueilli le marin comme on accueille un enfant… comme on accueille le Christ…

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