Lumière de l'Orthodoxie

Podcasts

20 septembre 2020 : L’hérédité de la Mère de Dieu – Évangile du dimanche après la Croix – Le moine et les voleurs

Victor

CHANTS

« Donne la consolation à tes serviteurs, ô Toute-Pure » par le choeur de l’église de la Très Sainte Mère de Dieu, de Strelnikov, en Russie, sous la direction de Ivan Sergueïev – MAXclassic & Company – 2008.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

L’hérédité de la Mère de Dieu

Demain, c’est la fête de la Nativité de la Mère de Dieu, selon le calendrier julien. A propos de cette naissance, le grand théologien du XX siècle Alexandre Schmeman fait une réflexion inattendue sur l’hérédité. Ecoutez bien : « On parle souvent d’hérédité, dit le père Schmeman, en donnant à ce terme une signification de dépendance et de déterminisme. L’Église croit également à l’hérédité, mais spirituelle. Combien de générations d’êtres humains, dotés d’une foi et d’une bonté immenses, a-t-il fallu pour que, sur l’arbre de l’humanité, pousse cette fleur merveilleuse et odorante : la Vierge très-pure, la Mère toute-sainte ! Pour cette raison, cette fête est également celle de l’humanité. La fête de la foi en cette humanité, et de la joie qu’elle suscite. »

« Malheureusement, ajoute le père Schmeman, nous sommes plus sensibles à l’hérédité du mal. Il règne tant de mal autour de nous que cette foi en l’homme, en sa liberté, en la possibilité d’une hérédité bonne et lumineuse s’est dissipée. Nous nous sommes laissé envahir par le scepticisme et la méfiance. Mais c’est justement ce scepticisme funeste, et cette méfiance accablante que l’Église nous invite à rejeter loin de nous. Et particulièrement en ce jour où nous célébrons, avec tant de joie et de foi, la naissance de cette enfant. Cette petite fille, dans laquelle sont concentrés le bien, la beauté morale et la perfection qui constituent la véritable nature de l’homme. A travers cette fillette qui naît, c’est le Christ que nous accueillons. » Bonne fête de la Nativité de la Sainte Mère de Dieu, chers frères et sœurs en Christ !

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Évangile du dimanche après la Croix (Marc 8, 34-9, 1)

En ce temps-là Jésus appela la foule et ses disciples et leur dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à soi, qu’il porte sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. À quoi sert-il à quelqu’un de gagner le monde entier, s’il perd sa vie ? Que peut-on donner en échange de sa vie ? Si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles au milieu des gens d’aujourd’hui, infidèles et pécheurs, le Fils de l’Homme également aura honte de lui, quand Il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. » Jésus leur dit encore : « Amen, en vérité, Je vous le déclare, quelques-uns de ceux qui sont ici ne goûteront pas la mort avant de voir le Royaume de Dieu venu avec puissance. »

*           *          *

Homélie : Par la parole qu’Il nous adresse aujourd’hui, il est clair que le Sauveur annonce les fruits que porte la sainte et vivifiante Croix que nous avons vénérée en début de semaine. Le mystère de la Croix est toujours à découvrir. Au premier abord, quand on parle de la Croix, certains éprouvent une répulsion instinctive. La Croix pour beaucoup signifie la mort, la souffrance, la douleur absurde et odieuse que rencontre l’homme dans sa vie. Et le premier réflexe, pour nombre d’entre nous, est la fuite : fuir la Croix à toutes jambes ; l’éviter autant qu’on peut ; la cacher, l’enlever de nos édifices et de nos maisons ; la retirer de notre cou ; la renier autant que possible : pas la Croix ! Pas de croix ! Pas de souffrance, pas de mort ! Faisons une croix sur la Croix pour l’éliminer à jamais de l’existence. L’être humain, comme les animaux, sait d’instinct que sa vocation est le bonheur, le bien être, un toujours mieux être ; une conservation indéfinie dans l’être, dans la jouissance d’exister et le partage de ce bonheur avec d’autres personnes humaines, avec d’autres créatures, douées ou non de raison, les animaux, les plantes, les pierres elles-mêmes si les minéraux peuvent se réjouir ! Plus profondément encore, nous savons d’instinct que notre vie peut s’épanouir dans une allégresse sans fin, avec les anges, les archanges, les chérubins et les séraphins, avec tous les justes et les saints de tous les temps, dans la communion ineffable de la Divinité tripersonnelle : Père, Fils et saint Esprit ! Notre aspiration au bonheur est naturelle et nous savons que la mort et la souffrance sont complètement contre nature. C’est pour cela que l’homme se révolte à priori contre la Croix et qu’il déteste souvent tout ce qui s’y rapporte, en particulier l’Église des chrétiens, les chrétiens eux-mêmes, particulièrement tout un dolorisme dont la civilisation occidentale chrétienne et post chrétienne a hérité. Honnie soit la Croix, signe pour beaucoup d’un pouvoir abusif, d’un insupportable totalitarisme politico religieux… Et pourtant, le Christ, en ce jour comme en d’autres, présente la Croix, sa croix, notre croix personnelle, comme l’emblème par excellence à vénérer, à glorifier et à exalter. Il nous la présente comme le signe même de la vie, de la vraie vie, cette vie qui surgit du renoncement à la fausse vie, qu’entretiennent les passions égoïstes, pour dire bref : l’amour égoïste de soi. Tout ce qui alimente l’individualisme, l’égocentrisme, loin d’être la vie qu’il prétend être, est en réalité moribond, morbide et mortifère. Un grand théologien mystique de notre époque, Christos Yannaras, résume le projet évangélique en disant que, à la suite du Christ, « l’Église voit l’existence personnelle comme un évènement de communion, et non comme un évènement individuel ». Le Christ « demande à l’homme de renoncer à son individualité, de ‘perdre’ son âme. Car cette perte est le salut de l’homme, l’accomplissement existentiel de la vraie vie, de l’altérité et de la liberté des personnes ». La Croix est la porte du bonheur. C’est pourquoi le Christ annonce que le saisissement par chacun de sa croix, c’est-à-dire le renoncement à l’individualité, s’accomplit dans la connaissance du Royaume : « Quelques-uns de ceux qui sont ici ne goûteront pas la mort avant de voir le Royaume de Dieu venu avec puissance ». Dès cette vie, l’homme, en suivant le Maître et Sauveur Jésus-Christ, peut goûter au banquet du Royaume, ce mode d’existence absolument inconditionné, mode d’existence divin que le Verbe propose par la porte de la Croix à ceux qui croient en lui. Le message de Jésus Christ est extraordinairement optimiste : tu peux, je peux, il peut, nous pouvons, en choisissant radicalement de préférer autrui à nous-mêmes, connaître la béatitude à laquelle notre cœur légitimement et naturellement aspire. Voilà la « bonne nouvelle » de l’Évangile en ce début de notre année !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le moine et les voleurs

Nous avons vu, la semaine dernière, comment les moines du désert pratiquaient le vœu de pauvreté. Voici un autre récit de Jean Moschos, sur ce thème, plus radical encore et à double détente, comme vous allez le voir. Ecoutez bien :

« Le moine qui a rapporté ce récit à Jean Moschos, reçoit un jour la visite d’un Ancien qui aimait venir le voir au moment de la lecture des apophtegmes. [Il s’agit ici, chers auditeurs, des ‘‘Apophtegmes des Pères du désert’’, c’est-à-dire un ensemble de préceptes, d’anecdotes et de paroles des ermites et moines du désert égyptien au IV siècle. Ces apophtegmes ont d’abord été transmis oralement en copte, puis ils ont été mis par écrit au V siècle, et traduit dans toutes les langues de l’Eglise. C’est une lecture qui a eu beaucoup de succès pendant l’Antiquité et le Moyen-âge et qui a nourri la vie spirituelle monastique, aussi bien en Orient qu’en Occident. Revenons maintenant à nos Anciens qui sont en train de lire ces fameux apophtegmes.] Ce visiteur, raconte le moine, aimait beaucoup les entendre lire, car ces leçons inspiraient son âme et lui donnaient une grande vertu. Nous voilà donc arrivés au passage consacré à un fameux Abba chez qui des voleurs s’étaient introduits. Ils lui disent : ‘‘Nous sommes venus prendre tout ce qui se trouve dans ta cellule !’’ Ce fameux Abba leur répond : ‘‘Mes enfants, emportez tout ce que vous voudrez.’’ Les voleurs prennent tout et s’en vont. Mais ils n’ont pas vu un sac qui était suspendu à un crochet derrière la porte. L’Abba s’en aperçoit, le prend et court derrière les voleurs en criant : ‘‘Mes enfants, mes enfants, vous avez oublié ceci, acceptez-le de ma part.’’ Les voleurs sont stupéfaits par la résignation du moine ; ils se repentent et lui restituent tout ce qu’ils ont pris en disant : ‘‘C’est vraiment un homme de Dieu.’’

Après la lecture de ce passage, notre visiteur déclare : ‘‘Sais-tu, frère, que cet apophtegme m’a été très utile.’’ Je lui demande comment. ‘‘Eh bien, quand j’ai lu ce passage pour la première fois, j’ai été rempli d’admiration pour ce fameux Abba et j’ai adressé à Dieu cette prière : ‘Seigneur, juge-moi digne de marcher sur les pas de cet homme, Toi qui m’as jugé digne de revêtir l’habit monastique.’ Deux jours plus tard, des voleurs font irruption. Ils frappent à ma porte et je sais qui ils sont. Je me dis : ‘Grâce à Dieu, voici l’occasion de recevoir les fruits de mon vœu.’ J’ouvre la porte, je les reçois avec joie, j’allume la lampe et leur montre tout ce que j’ai, en disant : ‘Ne craignez rien, au nom du Seigneur, je ne vous cacherai rien.’ – ‘As-tu de l’or ?’ me demande l’un d’eux. – ‘Oui, lui dis-je, j’ai trois pièces d’or’ J’ouvre mon armoire, ils prennent les pièces d’or et partent en paix.’’  Ayant terminé ainsi son récit, je demande en plaisantant à notre visiteur : ‘‘Ont-ils fait demi-tour, comme ceux du fameux Abba ?’’ – ‘‘Oh non ! reprend vivement le visiteur, que Dieu ne le permette pas ! Je ne souhaitais pas du tout les voir faire demi-tour !’’ »

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *