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18 février 2018 : Se détacher du Monde – Dimanche du Pardon, évangile du jeûne – La marchandisation des corps – Le pape et l’évêque (1/2)

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CHANTS

« Anthologie des sanctuaires orthodoxes de la Russie du Nord – Monastère de Saint Cyrille du Lac Blanc » par le Choeur des moines de Valaam –  RCD 1996

INTRODUCTION de Victor Loupan

Se détacher du Monde

En ce dimanche du Pardon, nous entrons pleinement dans le Carême, qui met à jour cette contradiction typiquement chrétienne : nous vivons dans le Monde, sans être du Monde. C’est difficile à comprendre. Les disciples de Saint Isaac le Syrien étaient aussi perplexes que nous. « Qu’est-ce que le monde ? lui demandaient-ils. Comment le connaissons-nous ? En quoi fait-il tort à celui qui l’aime ? » Et voici ce que Saint Isaac leur répondait : « Le monde est une prostituée qui attire à elle ceux qui la regardent et qui désirent sa beauté. Celui qui s’est laissé prendre, qui s’est laissé enlacer par le désir du monde, ne peut plus s’en délivrer. Et quand il réalise que le monde lui prend tout et le laisse nu à la porte de sa propre maison, alors il comprend qu’il s’est donné à un menteur, à un imposteur. Il s’efforce de sortir des ténèbres de ce monde, mais il est aveuglé et ne voit pas les pièges. Le monde tient ainsi en son pouvoir, non seulement ses adeptes, mais même les ascètes ! Les ascètes qui pourtant rejettent toute possession, qui ont brisé tous les liens. Le monde nous pourchasse tous ! Il veut, par ses œuvres, nous écraser et nous mettre à ses pieds. » [fin de citation]  Voilà un des buts principaux du Carême : nous rendre conscients de ce combat qui ne s’arrête jamais, et que nous voulons tellement oublier. Chers frères et sœurs en Christ, je vous demande pardon du mal que j’ai pu vous faire.

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Évangile du Triode – Le jeûne : le dimanche du Pardon (Matthieu 6, 14-21) 

En ce temps-là, le Seigneur dit : « Si vous pardonnez aux gens leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux gens, votre Père ne vous pardonnera pas vos fautes. Quand vous jeûnez, ne devenez pas comme les hypocrites à l’air triste : ils dissimulent leur visage pour apparaître aux gens comme jeûnant. Amen, Je vous le dis, ils ont reçu leur salaire. Toi, quand tu jeûnes, frotte-toi la tête d’huile et lave-toi le visage, pour paraître jeûner, non devant les humains, mais devant ton Père qui est dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où les vers et la corrosion les rongent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel où ni vers ni corrosion ne rongent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent : car là où est ton trésor, là sera également ton cœur. »

*          *          *

Homélie : L’enseignement de Jésus Christ en ce qui concerne le jeûne en souligne le caractère « secret ». Est-ce à dire que nous devons nous cacher pour jeûner ? Serait-ce une forme d’hypocrisie, après tout. En fait, tout ce que nous faisons d’important, c’est devant Dieu et pour lui que nous le faisons. Le jeûne est l’oblation de notre cœur, un sacrifice intériorisé. Nous immolons par amour pour notre Père céleste toutes les convoitises de ce monde, et même les appétits les plus légitimes. Cela se passe entre le Père et chacun de nous. Nous ne jeûnons pas pour les hommes. Nous jeûnons pour Dieu, pour cultiver la faim et la soif que nous avons de sa parole. Nous voulons nous nourrir du Pain de vie qui n’est autre que le Fils bien aimé du Père ; nous voulons nous désaltérer au breuvage mystique que le Père a préparé pour chacun de ceux qui croient en lui, en son Fils et en l’Esprit dont Il est la source unique. Quel est ce breuvage ? Mais : le Sang très pur et très précieux de son Fils ! De toute éternité, le Père a préparé le banquet mystique du Corps et du Sang du Verbe pour ceux qui, effectivement, se préparent à ce régal dans l’Esprit en consacrant tous leurs désirs à l’offrande que le Père fait de son Fils. Nous apprenons à n’avoir faim que de celui-ci, à n’avoir soif que de lui, de sa sagesse, de sa miséricorde, de son amour. Le jeûne est une consécration intérieure de soi à l’offrande préparée par le Père. Je ne veux avoir faim ni soif de rien d’autre que de ton divin Fils ! Donne-moi, Père céleste, cette nourriture divine ! Le jeûne n’est pas seulement, négativement, une façon de renoncer à des besoins méprisables. Il est positivement cette consécration de chacun de nous au Père qui voit dans le secret. La pratique rigoureusement communautaire du jeûne est fondée sur la communion exclusive de chacun avec le Père des cieux. L’ascèse du jeûne et de l’abstinence est une culture de la faim et de la soif de Dieu. Elle est également une culture de la joie. Celui qui renonce, pour un temps ou pour toujours, aux biens légitimes de ce monde – sans parler, bien sûr, des biens illusoires, des passions et des péchés -, celui, donc, qui retranche des biens véritables, bons et beaux ; des plaisirs très sains, des formes de bonheur naturelles et innocentes, le fait pour plusieurs raisons. D’une part, il aspire à satisfaire la tendance naturelle au plaisir par des formes supérieures de jouissance ; d’autre part, il ne veut recevoir ce qui est bon, vrai et beau que du Seigneur, et de personne d’autre, et ne trouver sa joie qu’en lui. Enfin, l’essentiel du jeûne et de l’abstinence consiste à être mû par un amour immense pour le Donateur, une préférence exclusive du Donateur à ses dons. Saint Jean Chrysostome le dit magnifiquement : « Telles sont les âmes des saints. Les bienfaits venant de Dieu leur causent moins de joie que le Bienfaiteur Lui-même : ils ne L’aiment pas pour ses bienfaits, ils aiment ses bienfaits à cause de Lui ». Notre jeûne est secret, belle histoire d’amour avec le Seigneur. La civilisation biblique a forgé, siècle après siècle, pour culminer sur la Croix d’amour, la culture de l’amour parfait et désintéressé ; celle de la gratuité d’une adoration pure offerte à la Personne divine, Fiancé et Époux de l’âme, ou plutôt : de la personne humaine. L’expérience du jeûne est universelle ; elle est indispensable à l’authentique expérience religieuse et mystique. Pour les membres du Peuple de Dieu, elle est liée au grand amour partagé, quand le Christ, pour lequel tu es tout, devient véritablement tout pour toi. Si tous les chrétiens du monde jeûnent pendant ce Carême, l’univers sera irradié des insondables énergies de l’amour divino humain, déversées spontanément vers le prochain et sur le monde entier.

CHRONIQUE de Victor Loupan

La marchandisation des corps

Le scandale qui vient d’éclater autour des agissements de l’ONG mondiale Oxfam interpelle les consciences.

Une petite explication d’abord. Oxfam est la plus grosse association caritative au monde. Chaque fois qu’il y a une catastrophe naturelle ou une famine dans un pays pauvre, Oxfam est au premier rang pour apporter son aide aux populations souffrantes. Or, le journal Times, fleurons de la presse britannique, accuse la célèbre ONG de pratiques intolérables. Pourquoi ? Parce que, en 2010-2011, en Haïti où Oxfam était présente suite au terrible tremblement de terre qui a frappé l’île, ses membres, confortablement logés dans des villas de luxe, s’y adonnaient à des orgies avec des jeunes femmes haïtiennes, souvent mineures, qu’ils rémunéraient pour pouvoir avoir avec elles des relations sexuelles. Dire qu’il s’agissait de prostituées serait excessif, voire injuste. D’ailleurs la prostitution est interdite en Haïti. Il s’agissait plutôt de pauvres jeunes femmes qui vendaient leur corps pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Dans le monde de l’action humanitaire, le scandale est énorme. Un autre grand journal britannique, The Independent, enfonce le cloud en disant que les révélations du Times ne sont, je cite, « que la partie immergée de l’iceberg », et que, je cite encore, « Oxfam est loin d’être seule dans les accusations de harcèlement, de viols et de viols d’enfants. » Fin de citation. Aussi, nous découvrons avec stupéfaction un rapport du Service national de renseignements criminels du Royaume-Uni, rapport datant de 1999, qui dit, je cite toujours, que « l’ampleur du problème des pédophiles dans le monde de l’aide humanitaire est comparable à celle du tourisme sexuel. » Fin de citation.

Par-delà l’aspect, disons, criminel du scandale, ce qui frappe ici, c’est le rapport marchand au corps de l’autre. L’autre étant toujours l’enfant pauvre et la femme pauvre. Les humanitaires, comme nous le voyons, achètent les corps des pauvres en détresse qu’ils sont sensés aider, pour satisfaire leur perversité sexuelle. Ils le font sans égard pour l’âme des être humains qu’ils consomment et jettent ensuite. Hélas, cette attitude ne se limite pas au sexe ou au viol. Car que font les couples d’hommes quand ils paient une femme que l’un d’entre eux insémine comme si elle était un animal de ferme, destiné à mettre bas. Qui s’occupe de ce qui se passe dans le cœur de cette pauvre femme qui vit dans la misère dans un pays lointain, quand on lui enlève tout simplement un enfant qu’elle a porté en elle pendant neuf mois ? Personne. Car ces hommes riches qui savent très bien que leur sexualité est stérile, placent leur caprice au-dessus de toute autre considération.

Les pères de l’Eglise disent que le sexe sans amour est fruit de l’orgueil. En ce sens, les humanitaires consommateurs de chair fraiche et les hommes qui s’adonnent à la GPA procèdent de la même logique : la marchandisation des corps. Ils se servent du pouvoir de l’argent pour résoudre leurs petits problèmes psycho-affectifs, en déshumanisant les dominés. Surtout ceux des pays lointains.

Certains affirment qu’il s’agit là d’une forme post-moderne de colonialisme. Je ne le crois pas. Car le colonialisme était porteur d’un discours progressiste et civilisateur, qu’on peut certes critiquer, mais qui est un fait. Alors qu’ici nous sommes face à une noirceur qui dit bien plus sur l’état réel de nos âmes que tous les discours lénifiants sur les progrès de l’humanité.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le pape et l’évêque (1/2) 

Jean Moschos a rencontré Abba Théodore qui lui a raconté cet épisode édifiant de la vie du pape St Agapet 1er, intronisé en 535 et qui a régné un an. Ecoutez bien :

« Non loin de Rome, raconte Abba Théodore, se trouve la petite ville de Romilla dont l’évêque était très vertueux. Et voilà que certains habitants de cette ville se rendent à Rome, auprès du bienheureux pape Agapet, et accusent leur propre évêque de manger dans une patène consacrée ! Le pape, stupéfait, envoie deux de ses clercs qui amènent l’évêque à Rome, pieds et poings liés. Dès son arrivée, il est jeté en prison. Trois jours plus tard, arrive le saint dimanche. L’évêque est toujours en prison. A l’aube de ce même dimanche, le pape, dans son sommeil, voit en songe quelqu’un qui lui dit : ‘‘Ne célèbre pas la sainte offrande aujourd’hui. Ni toi ni aucun évêque ni aucun clerc qui se trouvent dans cette ville. Je veux que ce soit l’évêque, que tu tiens enfermé en prison, qui la célèbre aujourd’hui.’’ A son réveil, le pape se rappelle le songe et se dit : ‘‘On m’a fait part d’une telle accusation contre lui, et c’est lui qui devrait célébrer la sainte offrande ?!’’ Il se rendort et aussitôt il entend la même voix lui dire : ‘‘Je t’ai dit que c’est cet évêque, actuellement prisonnier, qui célèbrera la sainte offrande aujourd’hui.’’ Agapet, de plus en plus perplexe, se rendort et, de la même façon, pour la troisième fois, l’apparition se présente à lui et lui redit la même chose. Le pape se réveille tout à fait et ordonne à un garde de lui amener l’évêque emprisonné. Il l’interroge : ‘‘Quelle est ton occupation ?’’. L’évêque ne répond que ceci : ‘‘Je suis un pécheur.’’ Ne parvenant pas à le convaincre de dire autre chose, le pape déclare alors à l’évêque : ‘‘Aujourd’hui, c’est toi qui vas célébrer la sainte offrande.’’ »

Nous verrons, la fois prochaine, ce qui s’est passé ensuite.

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