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17 février 2019 : Pierre et Jean, ou l’unité de l’Eglise – Evangile du pharisien et du publicain – La « société patriarcale » – Miracle de la Mère de Dieu

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CHANTS

« Réjouis-toi, ô indestructible forteresse, bastion de l’orthodoxie – Rejoice, O Indestructible Fortress and Stronghold of Orthodoxy » pa le choeur de la cathédrale de la Dormition de Grodno (Biélorussie) sous la direction de N. Bultsevich – RCD 1996

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Pierre et Jean, ou l’unité de l’Eglise

Saint Pierre et saint Jean sont les apôtres les plus marquants. Outre leurs destins si différents, ils symbolisent deux courants dans l’Eglise. En eux se retrouve le paradoxe christique. Nous n’aimons pas beaucoup les paradoxes, nous préférons le manichéisme, qui est tellement plus simple. Pourtant le Christ vrai Dieu et vrai homme, l’Enfant-Dieu qui naît dans le dénuement, Jésus sauveur du monde cloué sur la croix manifestent le paradoxe chrétien par excellence.

Revenons à Pierre et Jean. Pour saint Augustin, Dieu prône deux vies : « La vie dans le pèlerinage du temps, et la vie dans la demeure de l’éternité. L’une dans le labeur, l’autre dans le repos. L’une sur le chemin, l’autre dans la patrie. L’une dans l’effort de l’action, l’autre dans la récompense de la contemplation… La première est figurée par Pierre, la seconde par Jean. » [fin de citation]

Jésus l’a bien expliqué à Pierre, après la Résurrection, quand Il lui a dit parlant de Jean : « Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à mon retour. Que t’importe ? Toi, suis-moi » Pierre a suivi le Christ jusque dans sa passion. Jean est resté dans la contemplation qui demeurera jusqu’au retour du Messie.

« Que personne donc ne sépare ces deux illustres apôtres, conclut St Augustin, car ils étaient tous deux dans ce que Pierre symbolise et ils seront tous deux dans ce que Jean représente. » C’est sans doute ainsi, chers frères et sœurs en Christ, que nous pouvons comprendre l’unité de l’Eglise du Christ.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Dimanche du Pharisien Évangile du Triode (Luc 18, 10-14)

En ce temps-là, Jésus dit la parabole suivante.

Deux personnes montèrent au temple pour prier, l’un pharisien et l’autre publicain. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : « Ô Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres gens, avides, injustes, adultères, ou bien comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et j’acquitte la dîme de tout ce que j’ai gagné. » Or le publicain, se tenant à l’écart, ne voulait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : « Ô, Dieu, sois propice à moi, pécheur ! » Je vous le dis, ajouta Jésus, celui-ci descendit chez lui justifié, au contraire de celui-là, car toute personne qui s’élève sera abaissé, mais qui s’abaisse sera élevé.

*            *           *

Homélie : Nous entrons progressivement dans la sainte période du Carême, que nous attendions impatiemment parce qu’elle est le printemps de l’âme, la jouvence de la foi, le renouveau de la grâce baptismale et la santé de l’âme et du corps. Tout le cycle de l’année annonce ce temps de catéchuménat pour les uns, inscrits pour le baptême proche, de remise à niveau en quelque sorte pour les autres, les baptisés que nous sommes. Le temps après la Pentecôte nous a préparés à nous présenter devant les portes saintes de ce temps béni. Ce n’est pas sans la grâce du saint Esprit, en effet, que l’homme vient goûter la Pâque du Seigneur. Ce n’est pas sans cette grâce que nous nous disposons à communier à ce même Esprit dans l’Eucharistie pascale où nous consommerons le corps du Verbe incarné et ressuscité par l’Esprit, et nous boirons le sang de Dieu saturé de la « ferveur du saint Esprit ». Le temps après Pentecôte, que nous connaissons comme fruit de la Pâque, peut être envisagé comme la culture de cette même Pâque, pour ceux qui sont déjà baptisés, souvent depuis l’enfance – et il est également un temps avant la Pentecôte – l’Esprit appelant l’Esprit ! Le Verbe Lui-même nous avertit. Si nous restons encombrés par l’amour de nous-mêmes, nous n’aurons pas part à la joie pascale de l’Esprit. Si nous nous élevons nous-mêmes dans la fierté de nos certitudes religieuses, et de nos pratiques légales et morales, l’Esprit ne nous fera pas monter avec le Fils à la droite du Père. L’« élévation » dont parle ici le Sauveur est l’exaltation, non seulement dans la dignité de fils, mais dans la réalité filiale qui vient de l’Esprit et dont parle saint Jean dans son prologue inspiré : à ceux qui croient en son Nom, le Verbe « a donné la liberté de devenir enfants de Dieu ». Le Christ, avec sa pédagogie habituelle, choisit d’abaisser celui qui est justement élevé – le Pharisien – et d’élever celui qui est à juste titre méprisé. Ce renversement des valeurs, ou cette remise à niveau des valeurs, correspond à l’enseignement de la très humble Mère de Dieu : « Il a dispersé ceux qui s’élevaient dans les pensées de leur cœur. Il a renversé les puissants de leur trône et Il a élevé les petits ». Ceux qui sont à juste titre respectés sont déstabilisés ; ceux qui sont à juste titre méprisés – et il y en a d’autres dans l’Évangile – sont mis en exergue. L’Évangile renverse les valeurs de ce monde ; il instaure un nouvel ordre de valeurs, celui du Royaume, où le critère de la vérité est en premier l’humilité – non devant les hommes – mais devant Dieu. Qu’est-ce que l’humilité ? – c’est, pour les anges et pour les hommes, reconnaître que seul le Seigneur est Seigneur. Le Royaume consiste à savoir qu’il n’est d’autre roi que le Roi, et d’autre royauté que la sienne. La Seigneurie de Dieu est exclusive ; elle est incommensurable à toute autre valeur ; et les anges des hiérarchies supérieures, archanges, séraphins et chérubins, le savent, qui le glorifient inlassablement comme seul seigneur et roi : « Saint ! Saint ! Saint ! le Seigneur des armées angéliques ! » Mais le message du Christ n’a pas un caractère moral ;  il a un caractère ascétique. L’humilité est un charisme divin proposé à notre acquisition, en suivant la méthode ascétique du Publicain : se tenir à l’écart, ne pas lever impudemment les yeux sur Dieu, et cultiver une prière de repentir. Le saint et grand carême n’est peut-être pas autre que la voie d’acquisition de l’humilité du Fils – acquisition du charisme de glorifier le Père, sa sagesse, sa compassion, son amour, la justesse de ses jugements – charisme qui nous élève à la droite du Père !

CHRONIQUE de Victor Loupan

La « société patriarcale » 

Le discours féministe actuel, souvent dirigé contre les enseignements de l’Eglise, est essentiellement basé sur la critique de la société dite « patriarcale », soi-disant imposée par deux mille ans de christianisme. Par « société patriarcale », s’entend un système de domination voire d’oppression des femmes par les hommes. Aujourd’hui, l’inégalité des salaires n’est plus beaucoup mise en avant, car de grands progrès ont été accomplis dans ce domaine, et les hommes et les femmes ont des salaires très comparables quand ils occupent des emplois comparables, quand ils travaillent un nombre d’heures comparables, etc. Ce qui est le plus souvent avancé comme exemple de domination, ce sont les postes de direction occupés la plupart du temps par des hommes. Les personnes les plus riches du monde sont des hommes, les chefs d’Etat sont des hommes, l’écrasante majorité des grands patrons sont des hommes, l’immense majorité des prix Nobel sont des hommes, les stars les plus riches sont des hommes, etc. Cette litanie impressionne. Et on se dit qu’en effet, la domination des hommes est un fait indiscutable.

Or, ce n’est pas le cas. Car si nous mettons ensemble tous les hommes concernés par ces catégories socialement très élevées, nous arrivons à la conclusion qu’ils représentent une proportion infinitésimale de la population masculine de la planète.

Et il est facile de démontrer statistiquement, objectivement donc, que la population masculine est désavantagée, dans la société contemporaine.

Premier exemple : l’immense majorité des personnes emprisonnées sont des hommes. Les femmes représentent moins de 10% de la population carcérale.

Deuxième exemple : les hommes sont les principales victimes des agressions physiques, des crimes et des délits violents.

Troisième exemple : les hommes constituent la majorité des personnes qui se suicident ou qui tentent de se suicider.

Quatrième exemple : les hommes constituent l’immense majorité des morts et des blessés à la guerre.

Cinquième exemple : les garçons réussissent leur cursus scolaire beaucoup moins bien que les filles. Et ce, dans tous les pays occidentaux.

Je pourrais continuer ainsi pendant une heure.

Evidemment, on pourrait me rétorquer que les femmes sont les victimes de violences sexuelles, plus que les hommes. C’est vrai. Mais est-ce à dire que le viol est intrinsèque aux valeurs représentées par un père de famille ? Non, évidemment.

Toutes les sociétés ont des aspects violents et tyranniques, mais la civilisation chrétienne occidentale est, certainement, celle qui privilégie le plus la compétence et le service rendu. Le fait que les plombiers ou les maçons soient des hommes n’est pas le résultat d’une violence tyrannique, mais d’une adéquation et d’une cohérence.

En réalité, depuis que le monde est monde, les hommes et les femmes ont affronté, côte à côte, les terribles difficultés de l’existence : les épidémies, les famines, les invasions, la mort des enfants en bas âge, l’omniprésence du danger de mort, en général.

Sachant cela, arriver aujourd’hui à dire qu’au fond, l’histoire de l’espèce humaine se résume à une oppression tyrannique exercée par l’homme sur la femme, est non seulement une aberration, mais c’est un poison inoculé aux jeunes femmes et aux jeunes hommes d’aujourd’hui. Poison qui les empêche d’avoir une appréhension adéquate de la réalité.

La vie humaine est une épreuve que nous vivons, hommes et femmes, depuis la nuit des temps. Sans osmose entre hommes et femmes, il n’y a ni vie, ni société, ni passé, ni présent, ni avenir. Le fonctionnement de l’être humain est beaucoup trop complexe pour être réduit à une simplification binaire du type dominant-dominé. Dieu nous a créés hommes et femmes à son image, et nous incarnons, à jamais, l’infini mystère de la Création.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Miracle de la Mère de Dieu

Voici encore un récit d’Abba Palladios qui fut une bonne source d’information pour Jean Moschos, le chroniqueur des chrétiens du Proche-Orient au début du 7e siècle. Ecoutez bien :

« Il y avait un ami du Christ à Alexandrie, raconte Abba Palladios, qui était extrêmement pieux, miséricordieux, et hospitalier envers les moines. Il était marié, et sa femme était, elle aussi, très pieuse, elle jeûnait toute la journée. Ils avaient une fillette de six ans. Un jour, cet ami du Christ, qui était commerçant, part en voyage d’affaires à Constantinople. Il laisse sa femme et son enfant chez lui, avec un esclave pour les servir. Au moment de monter sur le bateau qui devait l’emmener, sa femme lui : ‘‘A qui nous confies-tu, seigneur mon mari ?’’ – ‘‘A notre Dame la Mère de Dieu’’, lui répond-il. La femme et l’enfant retournent à la maison. Quelque temps s’écoule. Et voici qu’un jour, tandis que la femme était assise à travailler en compagnie de l’enfant, l’esclave poussé par le diable veut tuer sa maîtresse et la fillette pour voler leurs biens et s’enfuir. Il saisit un couteau dans la cuisine et se dirige vers la salle à manger où se trouvaient la femme et l’enfant. Mais lorsqu’il arrive à la porte, il est frappé de cécité et ne peut plus aller nulle part. Ni dans la salle à manger, ni dans la cuisine. Pendant près d’une heure, il se démène, essaie d’entrer, puis il se met à appeler sa maîtresse à grands cris, en disant : ‘‘Venez ici !!!’’ La femme, surprise de le voir ainsi sur le pas de la porte sans venir vers elle et pousser de grands cris, lui dit : ‘‘Tu n’as qu’à venir.’’ Elle ne sait pas qu’il est devenu aveugle. L’esclave commence à la supplier de venir à lui. Elle jure qu’elle n’ira pas. ‘‘Dans ce cas, envoyez-moi l’enfant !’’ dit-il. Mais elle refuse aussi en disant : ‘‘Si tu veux, viens toi-même.’’ Alors le serviteur, ne pouvant plus rien faire, retourne le couteau contre lui-même et s’éventre. Devant une telle horreur, la femme pousse de grands cris, les voisins accourent, ainsi que le magistrat du prétoire. L’esclave encore vivant raconte ce qui s’est passé et avoue son intention criminelle. Tous rendirent gloire à Dieu pour ce prodige et à la Mère de Dieu qui avait sauvé la femme et l’enfant. »

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