Lumière de l'Orthodoxie

Podcasts

16 février 2020 : « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés  » – Evangile du fils prodigue – Le pieux hérétique (1/2)

Victor

CHANTS

« Icône de Lumière – Icon of Light » de John Tavener, interprété par les Tallis Scholars, sous la direction de Peter Phillips – Gimell Records 1984/1991.

Nous recommandons la  Schola Fratrum : cinq séminaristes du Séminaire orthodoxe russe d’Épinay-sous-Sénart, qui ont chanté dans l’émission de télévision « The Voice 2020 » sur TF1. Cliquez ici pour voir leur prestation.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

« Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés. » Cette parole du Seigneur n’est pas facile à entendre. Soyons francs, nous passons notre temps à juger ! Qui trouve grâce à nos yeux ? Même les meilleurs, nous les passons au crible et nous trouvons toujours quelque chose à leur reprocher. Au mieux, nous tâchons de préserver nos proches, et de nous rabattre sur les personnages publics, qui en prennent pour leur grade ! Mais le problème n’est pas dans l’objet du jugement, mais dans le fait de juger. Nous sommes tous imparfaits et pécheurs. Peut-être arriverons-nous à observer les dix commandements, mais pas à échapper aux sept péchés capitaux. Voilà pourquoi le Seigneur nous dit de ne pas juger. Il enchaîne d’ailleurs en disant : « Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton  œil,  tu  ne la  remarques  pas ? » Comme le dit St Isaac le Syrien, c’est la compassion qui nous fait échapper au jugement : « Si la compassion et le jugement demeurent dans une même âme, dit St Isaac, c’est comme un homme adorant Dieu et des idoles dans une même maison. La compassion est le contraire du jugement. Le jugement donne à chacun ce qu’il mérite, pas plus. Alors que la compassion est suscitée par la grâce. Elle se penche sur tous les êtres avec une même affection. La compassion se garde de punir, comme ils le méritent, ceux qui sont dignes du châtiment ; et elle comble au-delà de toute mesure ceux qui sont dignes du bien. » Le saint Carême s’approche, ce sera le bon moment pour arrêter de juger !

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Parabole du fils prodigue (Luc 15, 11-32)

En ce temps-là, Jésus dit la parabole suivante. Un père avait deux fils et le plus jeune lui dit : « Père, donne-moi la part qui me revient de notre fortune. » Et le père partagea les ressources entre eux. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout rassemblé, partit pour un pays lointain et, là, il dissipa sa fortune, menant une vie de perdition. Lorsqu’il eut tout dépensé, une cruelle famine toucha ce pays et il commença à être dans le dénuement. Il alla donc s’engager auprès d’un des habitants de ce pays qui l’envoya garder les porcs dans ses champs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les porcs, et personne ne lui en donnait. Entrant en lui-même, il dit : « Tant de salariés de mon père ont du pain en abondance et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais me lever, j’irai vers mon père et je lui dirai : ‘ Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme un de tes salariés.’ » Il se leva et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut saisi de miséricorde ; il courut se jeter au cou de son fils et l’embrassa tendrement. Le fils lui dit : « Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. » Mais le père dit à ses esclaves : « Vite, apportez le vêtement le plus beau, et revêtez-l’en ; mettez-lui un anneau à la main et des chaussures aux pieds ! Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et réjouissons-nous ! Mon fils que voici était mort, et il est vivant ; il était perdu et il est retrouvé !» Et ils se mirent à se réjouir. Son fils aîné était aux champs : comme il approchait de la maison, il entendit jouer des danses ; il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. Celui-ci lui dit : « Ton frère est là, et ton père a tué le veau gras parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » Le fils aîné se mit en colère et ne voulait pas entrer. Mais, son père sortit pour l’en prier. Il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers comme un esclave sans jamais transgresser un seul de tes commandements, et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis ; et quand ton fils que voilà revient, après avoir dévoré tes ressources avec des débauchées, tu tues pour lui le veau gras ! » Son père lui dit : « Mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi, mais il fallait se réjouir et rendre grâce, car ton frère que voici était mort et il est vivant ; il était perdu et il est retrouvé ! »

*          *          *

Homélie : La parabole du Fils perdu et retrouvé est la plus belle métaphore du Salut. Ce qu’aucun discours humain, aucune philosophie, aucune morale, aucune psychologie, aucune théologie académique ne sauraient dire, est exprimé, avec un exceptionnel talent littéraire, par ce poème en prose. L’élégance de notre Maître et Seigneur quand Il enseigne est bouleversante. Quelle maîtrise du discours ! Quel réalisme psychologique ! Quel art de ramasser en quelques phrases tout le Salut du monde, du Paradis à l’enfer, et de l’enfer au Royaume. Jésus Christ s’est montré, dans son humanité parfaite et déifiée, un virtuose de l’enseignement biblique, le Rabbin suprême en Israël. C’est ainsi que l’appellera Marie Madeleine à la porte du tombeau vide : « Rabbi ! Rabbouni ! Maître bien aimé ! » Qui chantera cette maîtrise de tout l’enseignement d’Israël ? Qui saura montrer toutes les figures ici présentées ? Qui montrera l’unité de l’enseignement du Seigneur Jésus Christ et de celui des prophètes ? Eux aussi parlaient à Israël de son infidélité à Dieu et du renouvellement de l’Alliance : la parabole de ce jour est une synthèse de tout l’enseignement historique et politique des saints prophètes – trahison et réconciliation, tel est le schéma de toute l’histoire du Salut, non seulement du Peuple élu, mais encore de l’humanité entière. La parabole s’élargit à toutes les nations, à tous les peuples issus d’Adam et qui, en leurs diverses cultures et leurs religions variées, ont oublié le Dieu premier qu’ils ont connu au Paradis ou à la porte d’Éden, ont abandonné le culte premier institué par Seth et Énoch, et se sont distraits, se sont trompés, comme le Fils égaré de ce jour, dans l’adoration des idoles et des créatures. La parabole du Fils débauché est une vaste fresque de l’histoire religieuse de l’humanité, où la débauche est la métaphore de l’égarement religieux vers des dieux qui ne sont pas des dieux. Mais, cette fresque est également le tableau brillant de notre propre histoire : chacun éprouve la nostalgie de l’amour paternel, du bonheur que l’on connaît dans la maison familiale, où le Père céleste a préparé avec amour une fête pour nous. Le grand Carême est la période la plus festive de l’année ; on y fête le renouvellement de l’Alliance par le Verbe incarné et le retour de chacun dans la familiarité du Père.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le pieux hérétique (1/2)

Jean Moschos rapporte ici le témoignage d’un certain abba Théodule. Ce récit nous met en garde contre le manichéisme et les jugements hâtifs. Ecoutez bien :

« Près de Pharos, entre les églises Sainte Sophie et Saint Faustus, se trouve une hôtellerie pour accueillir les pèlerins, raconte abba Théodule. L’hôtelier m’a demandé de venir le remplacer quelques jours. Une fois sur place, je trouve un moine qui y est hébergé. Il est d’origine syrienne et ne possède qu’une robe de crin et un manteau, ainsi que quelques morceaux de pain. Il se tient toujours dans un angle. Nuit et jour, il récite des psaumes et il ne parle à personne. Comme le saint dimanche arrive, je vais vers lui et je lui dis : ‘‘Viens-tu à Sainte-Sophie, messire frère, pour prendre part aux saints et vénérables mystères ?’’ Il me répond que non. Ca m’étonne de la part d’un homme si pieux et je lui demande : ‘‘Pourquoi ?’’ – ‘‘Parce que, me déclare-t-il, je suis sévérien et je ne communie pas avec l’Eglise.’’  [Sévère, chers auditeurs, était un ami de St Jean Chrysostome, avant de devenir hérétique. Faux patriarche d’Antioche, il a anathémisé le concile de Chalcédoine qui avait défini le dogme des deux natures du Christ, vrai Dieu et vrai homme. L’hérésie de Sévère a eu beaucoup de succès, et a sans doute influencé Mahomet.] Reprenons le récit d’abba Théodule : « Voyant un homme si pieux refuser de communier avec la sainte Eglise catholique et apostolique, poursuit abba Théodule, je me retire en pleurant. Comment cet homme à la conduite si belle et à la vie si vertueuse peut-il refuser ainsi la sainte communion dans l’Eglise ? Je m’enferme dans ma cellule et me jette face contre terre devant Dieu. Pendant trois jours, je Le prie en versant de nombreuses larmes. Et, imitant le psalmiste, je Lui dis : ‘‘Seigneur Christ, notre Dieu, Toi qui, par ta bonté indicible et immense, inclines les cieux, Toi qui es descendu sur terre pour notre salut, Toi qui T’es fait chair par Notre Dame, la sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie, révèle-moi à qui est la foi belle et juste : à nous qui appartenons à l’Eglise ? Ou aux sectateurs de Sévère ?’’ Et le troisième jour, une voix se manifesta à moi, sans que j’en distingue l’origine. Et cette voix me dit : ‘‘Va, Théodule, et tu verras sa foi.’’ »

La semaine prochaine, nous verrons ce qu’il en est de la foi du sévérien.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *