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14 mars 2021 : Le Déluge, figure du Carême – Evangile du Pardon et du Jeûne – Dieu seul sonde les cœurs et les reins

Victor

CHANTS

« Grand Carême – V » par  les moines de la Laure de la Dormition, à Potchaïev, en Ukraine.

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INTRODUCTION  de Victor Loupan

Le Déluge, figure du Carême

Chers frères et sœurs en Christ, en ce dimanche du Pardon, je vous prie de pardonner mes manquements, mes erreurs et mes indélicatesses. Que Dieu nous pardonne ! Nous allons commencer le Grand Carême, période qui nous aide à nous dépouiller du « vieil homme », comme dit St Paul, pour nous rapprocher du Christ. St Maxime qui fut évêque de Turin, au tournant des IV et V siècles, rapproche le Carême du Déluge qui, lui aussi, a duré 40 jours. « Au temps de Noé, dit St Maxime, tout le genre humain était en proie au péché. Les cataractes du ciel se sont ouvertes et pendant quarante jours les eaux de la pluie se sont abattues. Il s’agit d’un baptême plus que d’un déluge. Ce baptême a emporté l’iniquité des pécheurs et il a épargné la justice de Noé. Aujourd’hui, le Seigneur nous donne le Carême, comme à l’époque de Noé, poursuit St Maxime, pour que, pendant le même nombre de jours, les cieux s’ouvrent et nous inondent de la miséricorde divine. Dans le baptême, le Seigneur sauve la justice et détruit l’injustice. Nous le voyons dans l’exemple de l’apôtre Paul : avant d’être purifié par le baptême, Paul qui se nommait alors Saul, était persécuteur et blasphémateur. Une fois baigné de la pluie céleste du baptême, le blasphémateur meurt, le persécuteur meurt, Saul meurt ; et soudain l’apôtre, le juste, Paul, prend vie. Quiconque vit religieusement le Carême et observe les prescriptions du Seigneur, conclut St Maxime, voit mourir en lui le péché et vivre la grâce. Se succédant en quelque sorte à lui-même, il meurt comme pécheur et vit comme juste. »

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Le Pardon et le Jeûne (Matthieu 6, 14-21)

En ce temps-là, le Seigneur dit : « Si vous pardonnez aux gens leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux gens, votre Père ne vous pardonnera pas vos fautes. Quand vous jeûnez, ne devenez pas comme les hypocrites à l’air triste : ils dissimulent leur visage pour apparaître aux gens comme jeûnant. Amen, Je vous le dis, ils ont reçu leur salaire. Toi, quand tu jeûnes, frotte-toi la tête d’huile et lave-toi le visage, pour paraître jeûner, non devant les humains, mais devant ton Père qui est dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où les vers et la corrosion les rongent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel où ni vers ni corrosion ne rongent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent : car là où est ton trésor, là sera également ton cœur. »

*          *          *

Homélie : Aujourd’hui, dimanche du Pardon, nous entrons solennellement dans le saint et grand Carême. Après la divine liturgie, à la fin de l’office de vêpres, nous nous prosternerons les uns devant les autres en disant : Pardonne-moi et prie pour moi ! Cette demande rythmera toute la période de carême. Pourquoi ? – parce que je ne peux prétendre entrer dans le Royaume ni dans le Paradis si quelqu’un parmi mes frères a quelque chose contre moi ; si j’ai blessé volontairement ou involontairement un membre du Corps du Christ. Le pardon mutuel est la porte du Salut. Nous pouvons avoir accompli tous les commandements, nous être dévoués aux pauvres et aux prisonniers, avoir veillé les malades et nourri les mendiants, s’il nous manque le pardon d’un de nos frères, ou si nous omettons de pardonner à l’un de nos frères, nous ne pourrons être sauvés : nous pourrons toujours pleurer à la porte du Paradis, le Seigneur nous dira : va déjà te réconcilier avec ton frère et reviens (Mat 5, 4), Je t’attends. Dieu est très cohérent. Il ne veut pas que nous soyons en contradiction avec nous-mêmes. Et Il ne veut pas non plus que nous tentions, consciemment ou non, de le mettre en contradiction avec lui-même. Ainsi le dimanche du Pardon nous ouvre toute la liberté d’aller vers le Salut, vers la familiarité du Père. Comment voudrions-nous qu’un Père accepte que ses fils ne soient pas réconciliés ? Quel père est-ce que ce serait là ? Il ne peut y avoir d’entente avec le Père s’il y a mésentente des fils. C’est déjà l’une des préoccupations de l’évangile du Fils prodigue. Le Fils de Dieu est venu dans le monde pour que les hommes puissent connaître le Père et s’approcher de lui sans ombre, en toute liberté. Or, un des signes que nous avons un père, c’est que nous avons des frères ; en devenant, par le saint baptême et la réconciliation fraternelle, frères du Fils unique et frères de tous ses autres frères, nous osons dire : « Père, notre Père ! Sanctifié soit ton Nom ! » L’invitation au pardon est une invitation à la liberté, à la maturité, à la responsabilité et à la joie. La plus grande joie est celle d’être réunis en frères avec le Christ notre frère autour de notre merveilleux Père des cieux. Tel le mystère de l’Église : la joie en Dieu et la liberté éternelle en Dieu, la familiarité sans limite avec le Père. Le Christ désigne cette façon d’exister dès maintenant et dans le monde qui vient par le nom de Royaume. Il apporte parmi les hommes la révélation et la grâce du pardon, et leur communique les clefs d’une civilisation sans pouvoir. Royaume est le nom donné à une façon d’exister selon laquelle personne n’est soumis au pouvoir de personne. Le Fils est le Roi sans pouvoir sur qui que ce soit et sur lequel personne n’a de pouvoir, comme Il le dit si bien à Pilate (Jean 19, 11). Pardonner, ou remettre les dettes, c’est entrer dans un monde sans pouvoir. Fils ou fille de Dieu est celui ou celle sur qui personne n’a de pouvoir : ni la mort, qui n’a plus d’empire sur nous, l’Apôtre le dit, ni la rancune, ni la jalousie, ni le confort, ni le plaisir, ni l’affectivité, ni la hantise d’être reconnu, ni l’illusion de l’indépendance, ni la gourmandise, ni les puissances cosmiques, ni la sexualité, ni la convoitise, ni la jouissance qu’autrui a de moi, ni le besoin d’être aimé, ni l’argent… Aucun des leviers du pouvoir n’agit sur nous parce que nous pardonnons. Pardonner, c’est renoncer au pouvoir. Aimer l’ennemi, bénir ceux qui nous tourmentent, aimer sans tenir à l’être, prier pour ceux qui nous haïssent, donner notre vie pour ceux qui veulent nous la prendre, prier pour nos bourreaux et nos geôliers, faire du bien à ceux qui nous font du mal : ce sont les signes que le Royaume de l’absence de pouvoir est advenu parmi les hommes !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Dieu seul sonde les cœurs et les reins

Voici un beau récit sur le pardon divin, que nous rapporte Jean Moschos. Ecoutez bien :

« Il y avait, à Thessalonique, raconte le père qui a fait ce récit à Jean Moschos, un monastère de vierges.  Le malin est toujours plus virulent avec ceux qui sont proches du Seigneur. Voilà qu’un suppôt de Satan, particulièrement retors, parvient à s’immiscer dans le cœur d’une de ces moniales. Il la pousse à quitter le monastère. Une fois dehors, elle est perdue et ne sait que faire. Le démon qui continue de la travailler au corps, l’entraîne vers les lieux de perdition. Et voilà qu’elle devient prostituée. Une fois tombée dans le péché, elle y reste un certain temps. Mais le souvenir de sa vie passée la travaille de plus en plus. Et ce souvenir l’aide à sortir de la léthargie morale où elle s’est enfoncée. Petit à petit elle change et, avec l’aide du Dieu bon, elle se repent. Elle décide de retourner à son monastère. Plus elle s’approche de ce lieu béni, plus son repentir est grand. Mais voilà qu’arrivée devant la porte du monastère, elle tombe morte. Au même instant un saint évêque a la vision de sa mort. Il voit les saints anges venir recueillir son âme. Mais des démons accourent après eux. Et commence une discussion acharnée. Les saints anges disent : ‘‘Elle est arrivée en se repentant, elle nous appartient.’’ Mais les démons répliquent : ‘‘Elle nous a obéi pendant si longtemps, elle est de notre côté !’’ La discussion dure et les démons disent : ‘‘Elle n’a pas eu le temps de regagner le monastère ! Comment pouvez-vous affirmer qu’elle s’est repentie ?’’ Ce à quoi les saints anges rétorquent : ‘‘A partir du moment où Dieu a vu qu’elle en avait l’intention, il a accepté son repentir. Elle était maîtresse de son repentir et le Seigneur Dieu qui est le maître universel disposait de sa vie.’’ Cette déclaration provoque la honte des démons qui se retirent. Quant au saint évêque qui avait eu cette révélation, il en fit part à son clergé qui me l’a fait connaître. Que ce récit, poursuit le père, nous aide à nous préserver du désespoir qui est un grave péché. Mais aussi qu’il nous garantisse contre les autres tentations. Luttons, opposons-nous aux démons qui veulent nous entraîner de toutes sortes de manières et surtout nous faire quitter notre monastère. Ne tombons pas dans les filets de notre ennemi. »

Et ce que dit ce père sur le monastère, chers frères et sœurs en Christ, est tout aussi vrai pour notre foyer, car notre famille est notre monastère. Et le démon n’a de cesse de nous voir l’abandonner. Soyons bien conscients que c’est Satan qui est à l’œuvre quand nous traversons une crise qui nous pousse à tout plaquer. Jetons-nous dans les bras du Seigneur et le diable s’effondrera.

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