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La Proscomédie (1/3) – Evangile de Nathanaël – Pèlerin russe : découverte de la prière du cœur

13.03.22
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La Proscomédie (1/3) – Evangile de Nathanaël – Pèlerin russe : découverte de la prière...

Lumière de l'Orthodoxie 00h03

CHANTS

« Belgrade – Minsk, chants sacrés » par le chœur de la cathédrale St Michel à Belgrade en Serbie, avec la soliste Svetlana Vilitch.

INTRODUCTION  de Cécile Loupan

La Proscomédie (1/3)

Pendant ce Grand et Saint Carême, je vous propose de découvrir un aspect de la liturgie qui s’appelle la proscomédie. Il s’agit de la préparation des saints dons. Elle a lieu dans le sanctuaire au début de la liturgie. Les fidèles ne la voient pas, et le père Serge Ciolkovitch nous l’explique dans le premier numéro du Feuillet de l’archevêché dont je vous recommande la lecture. Chaque geste accompli par le prêtre a une signification profonde.

Le nom Proscomédie qui peut sonner de façon étrange à nos oreilles françaises vient du grec proscomodê qui signifie ‘apporter’, car autrefois, les fidèles apportaient le pain et le vin qui allaient servir à la liturgie. Le pain utilisé est appelé prosphore du verbe grec prosphèro ‘offrir’. Le mot prosphore signifie donc ‘offrande’. C’est un pain levé (en signe de vie), il est composé de deux parties (symbolisant les deux natures du Christ) : un socle simple et un couvercle gravé. La préparation se fait soit avec une seule et grande prosphore portant cinq empreintes du même sceau qui signifie « Jésus-Christ vainc » (est victorieux), soit avec cinq prosphores marquées chacune du même sceau. Après la bénédiction, le prêtre trace trois fois le signe de la croix avec la lance sur la première prosphore en répétant : « En mémoire de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ ». Puis, en suivant les contours du sceau, il découpe une parcelle en forme de cube appelée « l’Agneau » (c’est celle qui sera consacrée lors de la liturgie). Ce faisant il récite les paroles d’Isaïe : « Comme une brebis, Il a été mené à l’immolation. Et comme un agneau sans tache, muet devant celui qui le tond, ainsi Il n’ouvre pas la bouche. » Nous poursuivrons la fois prochaine cette description fascinante dont nous pouvons nous inspirer pour préparer nos cœurs à la divine Liturgie.

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Dimanche du triomphe de l’orthodoxie, évangile de Nathanaël  (Jean 1, 43-51)

En ce temps-là, le lendemain (du jour où Il avait donné à Simon le nom de Pierre), Jésus voulut se rendre en Galilée : Il trouve Philippe. Il lui dit : « Suis-moi ! » Philippe était de Bethsaïde, de la ville d’André et de Pierre. Philippe trouve Nathanaël et lui dit : « Celui dont ont écrit Moïse, dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l’avons trouvé : Jésus, le fils de Joseph, celui de Nazareth. Et Nathanaël lui dit : « De Nazareth peut-il être quoi que ce soit de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois ! » Jésus vit Nathanaël venir vers lui et Il dit de lui : « Voici vraiment un Israélite : en lui il n’est pas de ruse. » Nathanaël lui dit : « D’où me connais-Tu ? » Jésus lui dit en réponse : « Avant que Philippe ne t’appelât, quand tu étais sous le figuier, Je t’ai vu. » Nathanaël lui répondit : « Rabbi, Tu es en vérité le Fils de Dieu, Tu es le roi d’Israël ! » Jésus lui dit en réponse : « Parce que Je t’ai dit que Je t’ai vu sous le figuier, tu as la Foi ? Tu verras bien plus que cela ! » Et Il lui dit : « Amen ! Amen ! Je vous le dis, désormais vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’Homme ! »

*         *        *

Homélie : Le premier dimanche du saint et grand Carême est d’une belle richesse. Nous y glorifions, comme tous les dimanches de l’année, la sainte et divine Résurrection. La Pâque du Seigneur et Sauveur Jésus le Messie irradie le Carême. Celui-ci est moins un temps de deuil, qu’un temps donné pour entrer en communion avec le Ressuscité et tout ce que cela comporte comme conséquences inouïes. Nous glorifions également le triomphe de la vraie foi parmi les déviations qui la menacent toujours. Il est si difficile d’être chrétien orthodoxe ! Tous les jours, nous nous examinons pour voir si nous confessons en plénitude la foi des Apôtres et des Pères, en pensée et en parole, ainsi qu’en actes : quelle est la pureté de ma foi ? Quelle sont la pureté et l’orthopraxie de ma vie ? Cela rend humble… Le triomphe de l’Orthodoxie n’est pas un triomphalisme. Et le Seigneur permet que d’immenses faiblesses affectent le Corps de son Église et nous préservent de tout orgueil. La victoire de la vérité transmise par le Verbe incarné à ses disciples, à ses apôtres et, par eux, aux saints Pères, est une transcendance de la lumière, une évidence de l’incompréhensible connaissance. La vérité en Personne est appelée Lumière, écrit l’évangéliste Jean. Le triomphe de la Foi est ainsi celui du Verbe lui-même dans la mort, dans l’obscurité de tous les légalismes, et dans l’indifférence. Il triomphe comme vérité, comme amour et comme vie. La vérité et la lumière que nous glorifions ne sont pas impersonnelles ou abstraites. Elles sont portées par la personne de quelqu’un, Celui qui parla à Moïse dans le désert, Celui qui apparut ressuscité à ses apôtres, Celui qui éblouit le cœur de ses disciples dans chaque célébration par lui de son sacrifice non sanglant. L’Icône est au centre de la célébration de ce jour. Elle atteste que le Verbe et Fils du Père s’est fait chair et s’est fait homme. L’Incarnation est la vérité centrale que confessent les chrétiens : Celui à l’image de qui l’homme a été modelé au Paradis se manifeste en devenant homme parfait ; et cette image divine et non faite de main humaine est contemplée dans l’icône peinte par ceux qui, comme Nathanaël en ce jour, l’Israélite véritable, la reconnaissent en Jésus de Nazareth, « Gloire du peuple d’Israël ! ». À chaque célébration de la divine Liturgie, quand ils s’approchent du Corps et du Sang du Dieu Homme présents dans le saint Calice, les fidèles vénèrent les saintes icônes, à commencer par celle du Verbe. Nous communions au Verbe chair et à l’Esprit dont Il est rempli. L’orthodoxie de la Foi s’exprime dans l’Eucharistie. Or, en ce temps de Carême, nous sommes invités à nous réaliser nous-mêmes, les baptisés, comme icônes ressemblantes à notre modèle. L’orthodoxie chrétienne n’est pas l’adhésion à une doctrine ; elle est la communion à la réalité vraie de la présence de Dieu incarné parmi nous ; et cette communion comporte le fait que nous-mêmes nous assimilions à cette réalité, que nous la réalisions dans notre propre vie, ce qui est tout le contenu de l’ascèse en temps de carême : « Confessons le Salut en parole et en action ; restaurons, nous aussi, notre ressemblance avec Dieu ! », dit le kondakion. La joie du Carême est la joie de la communion, la joie de la ressemblance, la participation à la joie : « Tu as tout rempli de joie, ô notre Sauveur, t’étant rendu présent à ton monde pour le sauver », chante le tropaire. La sanctification de notre vie démontrera cette vérité et cette réalité. Les Saints attestent le saint Évangile !

SAGESSE DES PERES par Cécile Loupan

Pèlerin russe : découverte de la prière du cœur 

Le Pèlerin russe, retiré dans sa cabane à moitié démolie au milieu de la forêt, a relu la Philocalie de A à Z, mais elle est tellement touffue qu’il n’arrive pas à en extraire ce qui l’intéresse, à savoir la prière perpétuelle du cœur. Il supplie Dieu de l’éclairer et voilà qu’en songe, son starets défunt lui apparaît, lui énumère les chapitres à lire et, en particulier le modèle abrégé de prière de Calliste patriarche de Constantinople qu’il marque d’un trait au charbon. Le Pèlerin russe se réveille, voit que sa Philocalie qui était fermée près de lui quand il s’est couché, est ouverte à la page indiquée par le starets, marquée avec un charbon qui se trouve juste à côté. Voyons la suite de ce petit miracle, écoutez bien :

« Cet événement, raconte le Pèlerin russe, me donne foi dans la vérité de l’apparition et m’assure de la sainteté de mon starets. Je recommence à lire la Philocalie, selon l’ordre qu’il m’a indiqué. Je lis une fois, puis encore une fois et cette lecture enflamme mon zèle et mon désir d’éprouver en action tout ce que j’ai lu. Je découvre clairement le sens de la prière intérieure, les moyens d’y parvenir et ses effets. Je comprends comment cette prière réjouit l’âme et le cœur, et comment on peut distinguer si ce bonheur vient de Dieu, de la nature ou de l’illusion.

Je cherche avant tout à découvrir le lieu du cœur, selon l’enseignement de St Syméon le Nouveau Théologien. Je ferme les yeux et je dirige mon regard vers mon cœur, en essayant de me le représenter, tel qu’il est là dans la partie gauche de ma poitrine et en écoutant soigneusement son battement. Je pratique cet exercice pendant une demi-heure plusieurs fois par jour. Au début, je ne vois que ténèbres, mais bientôt mon cœur m’apparaît et je sens son mouvement profond. Puis je parviens à introduire, dans mon cœur, la prière de Jésus, et à l’en faire sortir, au rythme de la respiration, selon l’enseignement de St Grégoire le Sinaïte, et de Calliste et Ignace. Pour cela, en regardant, par l’esprit, dans mon cœur, j’inspire en disant ‘‘Seigneur Jésus-Christ’’ et j’expire en disant ‘‘aie pitié de moi’’. Je m’exerce d’abord pendant une heure ou deux. Puis, je m’applique plus fréquemment à cette occupation et, à la fin, j’y passe quasiment toute la journée ! Lorsque je me sens alourdi, fatigué ou inquiet, je lis immédiatement, dans la Philocalie, les passages qui traitent de l’activité du cœur. Et aussitôt le désir et le zèle pour la prière renaissent en moi. Au bout de trois semaines, je ressens une douleur au cœur, puis une tiédeur agréable et un sentiment de consolation et de paix. Ça me donne plus de force pour m’exercer à cette prière qui a été l’objet de ma quête pendant si longtemps ! J’en éprouve une très grande joie… »

Nous poursuivrons, la fois prochaine, cette découverte de la prière du cœur par le Pèlerin russe.

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