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12 mai 2019 : La Résurrection dans le Cantique des cantiques – Evangile des femmes Myrrhophores – Visite du pape en Bulgarie – Le mauvais serment

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CHANTS

« Chants sacrés géorgien » par le choeur Harmonie Géorgienne, sous la direction de Nana Peradze – Jade, 2011.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

La Résurrection dans le Cantique des cantiques

Le Christ est ressuscité ! En vérité, Il est ressuscité !

En ce dimanche des femmes myrrhophores, je voudrais vous lire ce texte de St Cyrille, évêque de Jérusalem au IVe siècle, qui montre le récit de la Résurrection dans le Cantique des cantiques, ce chant d’amour unissant le Seigneur et sa bien-aimée l’Eglise. Ecoutez bien :

« En quelle saison ressuscite le Sauveur ? demande St Cyrille. Dans le Cantique des Cantiques il est dit : ‘‘L’hiver est passé, la pluie a cessé, les fleurs ont apparu sur notre terre…’’ Et la terre n’est-elle pas actuellement recouverte de fleurs… ? C’est désormais le printemps.

La sépulture du Seigneur est dans un jardin… Et que dit dans le Cantique celui qui est dans le jardin ? ‘‘J’ai récolté ma myrrhe avec mes aromates, la myrrhe et l’aloès avec tous les parfums’’. Or ce sont les plantes qui symbolisent la sépulture ! Les évangiles disent bien : ‘‘Les femmes vinrent au tombeau apportant les aromates qu’elles avaient préparés.’’

Le Cantique dit aussi : ‘‘La nuit, j’ai cherché celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché ; je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé.’’ Dans l’évangile, Marie-Madeleine vient, alors qu’il fait encore nuit, et elle dit : ‘‘Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où ils l’ont mis.’’ Puis les anges surviennent et lui disent : ‘‘Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ?’’ Et le Cantique des Cantiques dit : ‘‘ ‘N’avez-vous pas vu celui que mon cœur aime ?’ À peine avais-je croisé les gardes (c’est-à-dire les deux anges), j’ai trouvé celui que mon cœur aime. Je l’ai saisi et je ne l’ai pas lâché.’’ »

Oh oui, chers frères et sœurs en Christ, lisons le Cantique des cantiques !

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Dimanche des Myrrhophores (Marc 15, 43 à 16, 8)

En ce temps-là, la veille du sabbat, arriva Joseph d’Arimathie, membre éminent du conseil, et qui, lui aussi, attendait le règne de Dieu. Il entra courageusement chez Pilate pour réclamer le corps de Jésus. Pilate s’étonna que Jésus fût déjà mort. Il convoqua le centurion et lui demanda s’Il était mort depuis longtemps. Renseigné par le centurion, il accorda le corps à Joseph. Celui-ci acheta un linceul, descendit Jésus [de la Croix], l’enroula dans le linceul, le déposa dans un tombeau creusé dans le roc et roula une pierre à l’entrée du tombeau. Marie de Magdala et Marie, mère de Joseph, regardaient où on avait déposé le corps de Jésus.

Une fois le sabbat passé, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller embaumer Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles vinrent au tombeau ; le soleil était déjà levé. Elles se disaient entre elles : « Qui roulera pour nous la pierre de l’entrée du tombeau ? » Elles levèrent les yeux et virent que la pierre avait été roulée ; pourtant elle était très grande. Elles entrèrent dans le tombeau et virent, assis à droite, un jeune homme revêtu d’un vêtement blanc et elles furent très effrayées. Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ; vous cherchez Jésus, le Nazaréen, le Crucifié ; Il est ressuscité ; Il n’est pas ici, voici l’endroit où on l’avait déposé. Mais allez ; dites à ses disciples et à Pierre qu’Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez comme Il vous l’a dit. » Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, car elles étaient tremblantes et stupéfaites ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

*          *            *

Homélie : Nous aimons particulièrement les saintes Myrrhophores, leur faiblesse devant la mort de celui qu’elles avaient suivi comme leur Maître. La fragilité des saintes femmes dans la foi est égale à celle des apôtres enfermés par peur des ennemis. L’événement effrayant du Golgotha a ébranlé les disciples les plus solides, hommes et femmes. Ce n’est pas la crainte qui les anime, cette bonne et noble crainte de Dieu qui te fait t’incliner devant lui et reconnaître ta petitesse devant le Créateur. Non : c’est la peur qui fait les femmes aller au tombeau de grand matin, persuadées qu’à cette heure-là, un matin de Pâque, au lever du soleil, elles ne feront pas de rencontre désagréable, ne seront pas inquiétées par la police du Romain ou du sanhédrin. Elles espèrent faire tranquillement la tâche qui leur incombe et qu’elles n’ont pu terminer, embaumer le corps du mort bien-aimé, Jésus de Nazareth, leur Maître. L’Esprit saint ne s’est pas encore fait connaître. La faiblesse des femmes et des hommes apostoliques devant la mort de leur maître, comme l’incroyance de Thomas, l’indiquent. Sans l’Esprit, nous sommes terrifiés devant la mort, particulièrement celle de ceux ou celles en qui nous avions mis notre confiance, qui nous guidaient, nous consolaient et nous enseignaient. Sans l’Esprit, nous ne voyons rien, nous ne comprenons rien et nous avons peur de tout. Sans, Lui il n’y a pas de martyr, il n’y a pas de cœur vainqueur de la peur de la mort. Sans l’Esprit l’œuvre du Fils ne se manifeste pas en nous. Aujourd’hui, la grâce de Dieu se fait connaître par son manque. Les saintes femmes, quoique porteuses du parfum qui annonce l’Esprit et ses dons, ne sont, comme les apôtres eux-mêmes, comme les pèlerins d’Emmaüs, que de fragiles disciples. Sans l’Esprit, personne ne connaît la présence du Ressuscité dans le monde ni ne voit son visage pourtant éclatant de lumière. Sans l’Esprit, le cœur humain pourtant bien disposé s’inquiète : « qui nous roulera la pierre ? » ; elle est si grande ! Qu’allons-nous faire ? Et elles sont, dit l’évangéliste, « effrayées », « toutes tremblantes », « stupéfaites », elles ont « peur » et elles s’enfuient ! Même le courage de Joseph d’Arimathie qui entre comme un brave chez Pilate, n’est encore, qu’on nous pardonne, qu’un courage humain, celui d’un notable qui sait se faire respecter de l’Occupant. En négatif, l’Evangile nous promet une autre force, une autre inspiration, un autre charisme, celui qui manquait à Thomas tant qu’il ne l’eut pas reçu, et aux Apôtres enfermés dans la chambre haute tant que la fulgurante Descente de l’Esprit n’était pas advenue. Toute notre vie, en ce temps de Pentecôte, se prépare désespérément au don de l’Esprit. Tout en nous a besoin de la glorieuse Onction pour croire en Jésus, pour voir la Résurrection, pour suivre le Fils de Dieu présent parmi nous. En ce temps de Pentecôte, du Carême de l’Esprit, demandons à tout moment au Fils son Esprit : Envoie, Seigneur Jésus, ton Esprit sur nous, afin que nous te connaissions et te voyions partout présent !

CHRONIQUE de Victor Loupan

Visite du pape en Bulgarie

La visite du pape François en Bulgarie ne s’est pas très bien passée. Non pas qu’il y ait eu des gestes d’hostilité, mais un mois avant sa venue, le saint-synode de l’Eglise bulgare avait décidé à l’unanimité de refuser toute concélébration et tout acte liturgique avec le pape. Ainsi, s’est-il trouvé seul à prier devant l’autel consacré aux saints Cyrille et Méthode, seul au milieu de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski de Sofia. Non seulement le patriarche Néophyte ne s’est pas joint à la prière du pape, alors que les saints Cyrille et Méthode sont communs aux catholiques et aux orthodoxes, mais il n’était même pas présent dans sa cathédrale pendant que le pape François s’y trouvait.

François et Néophyte se sont rencontrés tout de même, lors d’une rencontre protocolaire et ont échangé quelques propos officiels, assez froids.

Le pape François essaie depuis longtemps d’établir des relations suivies avec différents dignitaires orthodoxes. Il exhorte les Eglises chrétiennes a, je cite, « ne pas demeurer fermées ». Et d’ajouter, je cite encore : « Les plaies qui, tout au long de l’histoire, se sont ouvertes entre nous, chrétiens, sont des déchirures douloureuses ».

Le pape François n’est pas le premier souverain pontife à se rendre en Bulgarie, dont l’Eglise est l’une des plus rétives aux relations avec Rome. Jean-Paul II s’y était déjà rendu en 2002. Il faut savoir que l’Eglise bulgare est l’une des rares, voire la seule Eglise orthodoxe, à ne pas participer à la Commission théologique de dialogue catholique-orthodoxe. En 2016, elle n’a pas non plus participé au Concile panorthodoxe, voulu par le patriarche de Constantinople Bartholomée, le premier en douze siècles.

Le pape François savait donc certainement que l’Eglise bulgare était l’une des moins encline à toute forme d’ouverture qui contredirait en quoi que ce soit les dogmes immuables de l’Eglise orthodoxe.

A trois semaines des élections européennes, la visite du pape en Bulgarie suivie d’une visite en Macédoine, avait aussi un caractère politique. Tout le monde connaît les positions du pape concernant l’ouverture à l’accueil des migrants, et aussi son attitude critique face aux nationalismes. « La Bulgarie, a-t-il dit, est un pays pont, une porte ouverte sur le Proche-Orient. »

Ces paroles justes et de bon sens, ne pouvaient cependant pas être entendues par les orthodoxes bulgares. Non seulement à cause du souvenir douloureux de cinq siècles de « joug ottoman ». Mais aussi parce que la Bulgarie se dépeuple rapidement. A cause de la dénatalité, certes, mais aussi à cause de l’émigration des forces vives du pays, vécue comme un drame existentiel.

Ainsi ont-ils eu du mal à entendre le pape, quand il leur a demandé, je cite, « de ne pas fermer les yeux, le cœur et la main à celui qui frappe à votre porte ». Pays frontalier de la Turquie, la Bulgarie fut en première ligne sur la route des migrants en 2015, et en garde un souvenir traumatisant.

Beaucoup de malentendus donc, tant politiques que théologiques, qui ont rendu cette visite papale en Bulgarie, prometteuse peut-être, mais surtout difficile.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le mauvais serment

Voici un récit qui n’a pas été raconté à Jean Moschos, mais qui lui est arrivé, à lui ! Ecoutez bien :

« Un jour que j’étais à Jérusalem, raconte Jean Moschos, un ami du Christ vient me voir et me dit : ‘‘Nous avons eu une petite dispute, mon frère et moi, et il ne veut pas se réconcilier avec moi. Aie la bonté d’aller lui parler.’’ J’accepte avec plaisir, dit Jean Moschos. J’invite son frère et je bavarde avec lui. Je lui dis tout ce qui peut l’amener à l’affection et à la réconciliation. Il semble m’écouter, mais il me dit : ‘‘Je ne peux pas me réconcilier avec lui, parce que j’ai juré par la Croix.’’ Je souris doucement et lui réponds : ‘‘Ton serment par la Croix a le même sens que si tu avais dit : ‘Par ta précieuse Croix, ô Christ, je n’observerai jamais tes commandements, mais c’est au contraire la volonté de ton ennemi le diable que j’accomplirai.’ Nous devons non seulement oublier les mauvais engagements que nous avons pris, mais encore plus nous repentir des engagements que nous avons pris contre nous-mêmes. Comme le dit le divin Basile : si Hérode s’était repenti et n’était pas resté à son serment, il n’aurait pas commis ce grand péché en décapitant le précurseur du Christ.’’ Puis je lui cite encore l’Evangile, poursuit Jean Moschos : ‘‘Lorsque le Seigneur voulut laver les pieds de saint Pierre, celui-ci commença par s’y opposer avec véhémence. Mais quand le Christ lui expliqua : ‘Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi.’ Saint Pierre changea d’avis et offrit même ses mains et sa tête au lavement divin.’’ Lorsqu’il eut entendu ces deux arguments, l’homme renonça à son mauvais serment et alla se réconcilier avec son frère. »

Cette réconciliation des deux frères qu’a obtenue Jean Moschos a certainement suscité une joie pascale telle que la décrit l’évêque Proclus de Constantinople, qui a vécu un siècle avant Jean Moschos. Ecoutez bien : «  Exultent les anges et les archanges ; exultent les chœurs des saints ; exulte la terre, car  le sang de Dieu l’a lavée ; exulte la mer, car les pas du Seigneur l’ont honorée. Que tout homme, rené de l’eau et de l’Esprit Saint, exulte ; qu’Adam, le premier homme, délivré de l’ancienne malédiction, exulte… »

Le Christ est ressuscité, en vérité Il est ressuscité !

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