Lumière de l'Orthodoxie

Podcasts

11 avril 2021 : L’ubris des hommes – Evangile de la guérison de l’enfant possédé – La moniale et le séducteur

Victor

CHANTS

Grand Carême – VI » par  les moines de la Laure de la Dormition, à Potchaïev, en Ukraine.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

L’ubris des hommes

« Alors ils prirent des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se cacha et sortit du Temple » écrit St Jean dans son Evangile.  « Ils le chassèrent hors de Nazareth et le menèrent jusqu’au bord escarpé de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, de manière à l’en précipiter. Mais lui s’en alla, passant au-milieu d’eux » rapporte St Luc dans le sien. Comme le dit St Grégoire le Grand : « Il est étonnant que le Seigneur ait échappé à ses persécuteurs en se cachant, alors qu’il aurait pu exercer sa puissance divine. Pourquoi donc s’est-il caché ? Parce que s’étant fait homme parmi les hommes, notre Rédempteur nous dit certaines choses par sa parole, et d’autres par son exemple. Et que nous dit-il par cet exemple, sinon de fuir avec humilité la colère des orgueilleux, même quand nous pouvons y résister ?… Que personne donc ne regimbe en recevant des affronts, que personne ne rende insulte pour insulte. Car il est plus glorieux, à l’exemple de Dieu, d’éviter une injure en se taisant, plutôt que de prendre le dessus en ripostant. » [fin de citation] Mais Jésus ne se dérobe pas que dans les circonstances dramatiques. Après la multiplication des pains, par exemple : « Sachant donc qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi, Jésus se retira de nouveau, seul, sur la montagne » rapporte St Jean. Jésus se dérobe quand l’ubris des hommes, c’est-à-dire leur orgueil démesuré, veut se saisir de Lui, pour le tuer ou pour le faire roi. Que cette ubris soit due à la haine ou à l’enthousiasme, ce n’est pas ce que Dieu attend de nous, car, alors, Il ne peut pas exercer sa miséricorde.

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

La guérison de l’enfant possédé (Marc 9, 17-32) et  Saint Jean Climaque

En ce temps-là, quelqu’un de la foule dit à Jésus : « Maître, je t’ai amené mon fils ; il est possédé d’un esprit muet. Où qu’il le saisisse, il le jette à terre ; mon fils écume, grince des dents et devient sec. J’ai demandé à tes disciples de l’expulser, mais ils n’en ont pas eu la force. » Jésus leur répondit : « Ô génération incroyante et pervertie, jusqu’à quand serai-Je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-Je à vous supporter ? Apportez-le-moi. » On le lui apporta et, dès qu’il vit Jésus, l’esprit agita l’enfant qui, tombant à terre, s’y roula en écumant. Jésus demanda au père : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » « Depuis l’enfance, dit-il. Souvent il l’a jeté dans le feu ou dans l’eau pour le faire périr. Mais, si Tu as quelque pouvoir, aide-nous ! Seigneur, miséricorde ! » Jésus lui répondit : « ‘Si Tu as quelque pouvoir’, dis-tu : mais, tout est possible à celui qui croit. » Le père de l’enfant s’écria aussitôt avec larmes : « Je crois ! Aide-moi dans mon incroyance ! » Jésus, voyant s’attrouper la foule, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, Je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus ! » Après avoir crié et violemment secoué l’enfant, il en sortit ; celui-ci devint comme un cadavre, si bien que beaucoup disaient : « Il est mort. » Mais Jésus s’empara de sa main, le releva, et il se tenait debout. Lorsque Jésus fut rentré à la maison, ses disciples le prirent à part et lui demandèrent : « Pourquoi, nous, n’avons-nous pas pu l’expulser ? » Jésus leur dit : « Cette engeance ne peut être chassée que par la prière et le jeûne. » Puis ils partirent en traversant la Galilée et Jésus ne voulait pas que ce miracle se sût. En effet, Il enseignait ses disciples et leur disait : « Le Fils de l’Homme sera livré aux mains des gens ; ils le mettront à mort et trois jours après avoir été mis à mort Il se relèvera. »

*          *          *

Homélie : Les textes du saint Évangile qui sont lus le dimanche pendant le Carême se rapportent au catéchuménat. On le voit bien aujourd’hui par plusieurs messages qui intéressent les postulants à la vie en Christ. Saint Marc rapporte un épisode d’exorcisme : or, plusieurs exorcismes font partie de la démarche baptismale, plus exactement du pré-baptême. Ensuite, il est question de la foi, non comme adhésion à la doctrine, mais comme confiance absolue dans le Seigneur et sa parole. La prière du personnage de cette histoire, « je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! », peut être mise sur les lèvres de celui ou celle qui se prépare à la sainte illumination. La foi en Jésus Christ est le fondement du saint baptême. Ensuite, l’évangéliste rapporte que l’enfant est comme mort et qu’il revient à la vie. Voici encore un thème baptismal : celui qui se prépare à l’immersion se prépare à mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. Ensuite, on voit bien dans cet évangile que c’est Jésus Christ qui accomplit le miracle. Ceci est très important. Nos sacrements sont accomplis, non par nos évêques et nos prêtres, aussi dignes qu’ils soient, mais par le Christ Lui-même. Ce n’est pas le prêtre qui baptise : c’est le Christ ! C’est pourquoi le prêtre dira : le serviteur de Dieu Untel est baptisé, et non « je te baptise ». La transcendance du Christ Dieu par rapport aux sacrements de son Église est très claire ici ; sa présence créatrice et recréatrice est confessée explicitement. Et la fin de la péricope que nous venons d’entendre relie directement la mutation que vit le baptisé à la résurrection même du Fils de l’Homme. Ainsi, le Seigneur Jésus en ce jour signifie par un acte divin sa puissance et ensuite Il annonce que cette puissance sera manifestée, non seulement à l’égard de telle ou telle personne, mais à l’égard de lui-même. Le Seigneur Dieu ne ressuscite pas seulement les autres : Il se ressuscite lui-même, ce qu’annonce la parole. Jésus-Christ dans cet épisode historique se présente comme le vainqueur de la mort. Cette péricope a donc toute sa place dans le parcours des catéchumènes. Il est révélé que le mal qui sévit dans le monde est d’origine angélique. Le mal est contre nature ; il est l’œuvre du Malin ; il est une possession, c’est-à-dire un pouvoir pris sur la créature, et un pouvoir usurpé et provisoire. Le Malin ne peut tyranniser les hommes que parce que ceux-ci ne connaissent pas Dieu ou parce que leur foi est trop faible. Aujourd’hui est annoncé que la puissance de Satan est finie. Ce message nous remplit d’espérance et de joie. Pensons à notre monde, à la société civile, aux innombrables souffrances des hommes sur notre petite terre. Et croyons de toutes nos forces que l’auteur de ces maux est vaincu, que la Résurrection et la vie sont entrées dans le monde en la personne du Verbe, et qu’elles n’attendent pour se manifester avec éclat que la foi de ceux qui croient en Jésus Sauveur et Seigneur.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

La moniale et le séducteur

Voici un terrible récit rapporté par Jean Moschos. Ecoutez bien :

« Une moniale vivait chez elle. C’était une hésychaste soucieuse de son âme. Elle passait son temps à jeûner, à prier et à veiller. Et elle faisait souvent l’aumône. Mais le diable, éternel ennemi de l’espèce humaine, ne supportait pas la vertu de cette jeune femme. Pour parvenir à ses fins, il trouve un jeune homme qui puisse lui servir d’instrument et il lui inspire une passion coupable pour la jeune moniale. Rongé par ce désir satanique, le jeune homme se poste devant l’entrée de la maison de la moniale. Et chaque fois qu’elle veut sortir, il se précipite vers elle, en la harcelant et en la pressant comme font les amoureux. Si bien qu’elle ne peut plus sortir de chez elle ! Le temps passe, le jeune homme est toujours là. Pour sortir de cette situation impossible, la jeune femme envoie sa servante auprès du jeune homme avec ce message : ‘‘Venez, ma maîtresse veut vous voir.’’ Fou de joie, le jeune homme, pensant qu’il a enfin conquis la moniale, suit la servante qui l’amène devant sa maîtresse. La jeune femme est devant son métier à tisser. Elle désigne un siège au jeune homme qui s’assied. Elle s’assied elle aussi et le regarde un instant. Puis elle lui dit : ‘‘Vraiment, messire, pourquoi m’importunez-vous ainsi ? Pourquoi ne me laissez-vous pas sortir de chez moi ?’’ Le jeune homme répond : ‘‘En vérité, maîtresse, je vous désire ardemment, et quand je vous vois, je sens un vrai feu en moi.’’ – ‘‘Qu’avez-vous vu de beau chez moi, lui demande-t-elle, pour m’aimer ainsi ?’’ – ‘‘Vos yeux ! s’exclame le jeune homme. ‘‘Ce sont vos yeux qui m’ont séduit !’’ Quand elle entend que ce sont ses yeux qui ont attiré le jeune homme, la moniale saisit la navette du métier à tisser, se crève les deux yeux et se les arrache. Le jeune homme pétrifié d’horreur d’avoir provoqué un tel acte sort de la maison, bourrelé de remords.

Il se rendit au monastère de Scété, c’est-à-dire, dans le fameux désert égyptien de Ouadi Natroun avec  ses quarante monastères et ses milliers de moines qui suivaient une règle extrêmement rigoureuse. Et là, le jeune séducteur devint un moine estimé. »

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *