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10 mars 2019 : Rituel du Grand pardon – Evangile du jeûne – La vision de l’hésychaste

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CHANTS

« Liturgie byzantine en français – Mélodies slaves » par le choeur Saint Irénée, sous la direction de François Gineste.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Rituel du Grand pardon

En ce dimanche du Grand pardon, nous célébrons l’entrée dans le Grand carême. Aujourd’hui nous accomplissons ce rituel qui m’est cher : nous nous prosternons l’un devant l’autre et nous nous demandons pardon. Tous : évêque, prêtres et laïcs. Mais nous avons parfois des réticences : pourquoi devrais-je accomplir ce rite, alors que je n’ai pas « d’ennemis »? Pourquoi devrais-je demander pardon à des gens qui ne m’ont rien fait et que je connais à peine? « Poser ces questions, c’est méconnaître l’enseignement Orthodoxe au sujet du pardon dit le père Alexandre Schmemann, l’un des plus importants théologiens orthodoxes du XX siècle.  Il est vrai que l’inimitié, la haine ou l’animosité peuvent être absentes de notre vie. Mais l’Église nous révèle qu’il y a des manières bien plus subtiles d’offenser l’Amour Divin. C’est l’indifférence, l’égoïsme, le manque d’intérêt pour autrui, quand nous pensons qu’être « poli » et « amical » suffit pour accomplir les Commandements de Dieu. Si le rite du pardon est tellement important, c’est précisément parce qu’il nous fait prendre conscience – fut-ce une minute – que toute notre relation à autrui est faussée. Il nous fait expérimenter cette rencontre d’un enfant de Dieu avec un autre, d’une personne créée par Dieu avec une autre. Il nous fait ressentir la « reconnaissance mutuelle » qui manque si cruellement dans notre monde froid et déshumanisé. » [fin de citation]

Je vous demande pardon, chers frères et sœurs en Christ, de n’avoir pas répondu à vos attentes ou de vous avoir blessé par inadvertance.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Dimanche du Pardon, évangile du jeûne (Matthieu 6, 14-21)

En ce temps-là, le Seigneur dit : « Si vous pardonnez aux gens leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux gens, votre Père ne vous pardonnera pas vos fautes. Quand vous jeûnez, ne devenez pas comme les hypocrites à l’air triste : ils dissimulent leur visage pour apparaître aux gens comme jeûnant. Amen, Je vous le dis, ils ont reçu leur salaire. Toi, quand tu jeûnes, frotte-toi la tête d’huile et lave-toi le visage, pour paraître jeûner, non devant les humains, mais devant ton Père qui est dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où les vers et la corrosion les rongent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel où ni vers ni corrosion ne rongent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent : car là où est ton trésor, là sera également ton cœur. »

*         *         *

Homélie : Le message de ce jour est fait pour nous consoler du désespoir où avait pu nous plonger la parole de dimanche dernier, inexorable Jugement dernier devant lequel chacun se trouve désarmé. Si nous sommes un peu conscients, nous désespérons de notre salut. Il n’y a rien en moi, dans ma propre vie, qui puisse me faire envisager d’être sauvé. Tous mes actes, mes pensées elles-mêmes et mes paroles me condamnent, et j’entends adressées à moi-même ces paroles terribles : « Loin de moi, maudit ! » Mais, afin que le Diable, qui est l’ennemi du salut de tout homme, ne puisse s’emparer des âmes désespérées et les conduire à leur ruine définitive, le Seigneur a prononcé une autre parole, celle que nous entendons aujourd’hui et qui rend force aux cœurs appesantis par les péchés irréparables de notre vie. Cette parole joyeuse, lumineuse, débordante d’espoir pour tout homme et surtout pour les derniers des pécheurs, est celle qui retentit au début de l’évangile : « Si vous pardonnez aux gens leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ! » Quelle bonne nouvelle ! Quelle joie ! Il y a donc un espoir de salut pour chacun de nous, même pour le pire d’entre les hommes. Il y a donc une solution dont l’instrument est entre nos mains. Toi qui étais un  homme perdu en raison de tes pensées coupables, de tes paroles meurtrières et de tes actes impurs et même ignobles, toi qui es peut-être, en raison de ton comportement, la lie de l’humanité, un déchet, un ver et non un homme, comme dit le prophète David, toi, pourtant, toi également, tu peux être sauvé et tu as entre les mains la clef de ton salut. L’homme condamné, le pécheur sans avocat et dont les fautes sont sans excuses, le reprouvé que je suis peut-être, l’homme qui n’est presque plus un homme à cause du mal qu’il a fait aux autres hommes, peut être sauvé s’il se montre seulement capable de pardonner à autrui le mal que celui-ci lui a fait. Ne demande même pas pardon : pardonne seulement toi-même ! N’implore pas la miséricorde divine : pardonne à ceux qui t’ont offensé ! Pardonne, et le Seigneur fera le reste. Pardonne : commence ; mets toi-même en route le salut par ta propre force, par ta propre liberté, par ce qui reste de sagesse ou de bienveillance dans ton cœur déchu. Pardonne : montre-toi un roi ; redresse-toi ; aujourd’hui en pardonnant, en remettant toi-même les dettes, tu te montres vainqueur de la mort éternelle où le Diable t’entraînerait par le découragement, le désespoir et même le doute. Il te ferait douter de toute miséricorde et de toute issue, la justice de Dieu étant sans recours. Mais Dieu Lui-même te tend la main et t’indique la porte de sortie, l’instrument de la victoire sur Satan et les siens : pardonne et tu seras sauvé ! Tu pourras dire cette prière : Père céleste, pardonne-moi comme j’ai pardonné ! Le pardon divin répondra au tien. La grâce de l’Esprit descendra sur tes œuvres mortes et te vivifiera. Pardonner c’est invoquer l’Esprit sur autrui, sur les ennemis, ceux qui ne m’aiment pas. Pardonne et tu verras, comme un feu, comme une colombe, comme une eau de fontaine, descendre l’Esprit sur la tête de ceux qui t’accusent devant Dieu. Pardonne, et tu verras fuir Satan et ses cohortes. Pardonne et tu verras la mort reculer et remonter à sa source méchante, le ressentiment, le jugement d’autrui, la jalousie, l’envie, et la malédiction. Pardonne et tu verras le Christ ressuscité. Pardonne et tu te verras ressuscité avec le Christ. Pardonne et tu verras comme le Christ veut sauver tous les hommes et la Création toute entière !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

La vision de l’hésychaste  

Voici un étrange récit de vision rapporté à Jean Moschos par Abba Antoine, l’higoumène de la Laure des Eliotes qu’il avait fondée. C’est le fameux hésychaste Abba Théodosios qui la lui avait racontée. Ecoutez bien :

« Avant de devenir hésychaste, lui a raconté Abba Théodosios, je suis tombé un jour en extase. Et voici ce que j’ai vu : un jeune homme plus resplendissant que le soleil me prend par la main et me dit : ‘‘Viens par ici, car tu dois combattre.’’ Il me conduit dans un théâtre d’une grandeur indicible. Ce théâtre est rempli d’hommes, les uns sont vêtus de blanc, les autres sont des Ethiopiens. Le jeune homme me fait entrer dans l’arène et je remarque un Ethiopien si grand que sa tête est au niveau des nuages. Il est extrêmement robuste et très laid. Le jeune homme me dit : ‘‘C’est contre lui que tu vas combattre.’’ Frappé de stupeur, je me mets à trembler. Je supplie celui qui m’a amené là : ‘‘Qui parmi les hommes mortels pourrait lutter contre lui ? Même si tout le genre humain se liguait contre lui, il résisterait !’’ Mais mon guide me dit : ‘‘Va en toute confiance. Car au moment de désigner le vainqueur, c’est moi qui serai l’arbitre et je te remettrai la couronne de la victoire.’’ L’Ethiopien entre dans l’arène et nous engageons le combat. A peine avons-nous commencé la lutte que le bel arbitre arrive, juge et m’attribue la couronne. Le peuple des Ethiopiens pousse des cris de douleur et disparaît de ma vision. L’autre partie du public, ceux qui sont vêtus de blanc, félicite l’arbitre qui a rendu ce verdict et m’a accordé cette belle victoire. »

Après cette étrange vision, Abba Theodosios est devenu un hésychaste de renom. L’hésychasme signifie en grec « immobilité, repos, calme, silence » Cette pratique spirituelle mystique vise la paix de l’âme ou le silence en Dieu. La doctrine hésychaste affirme que l’homme peut atteindre l’union avec Dieu, et donc être déifié. Selon la spiritualité hésychaste, c’est le sens même de la vie humaine ET la raison de l’Incarnation de Dieu. Comme le dit St Athanase le Grand : « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme puisse devenir Dieu ». Et pour y arriver, il faut faire une totale confiance à Dieu. C’est là le sens de la vision qu’a eue Théodosios.

 

 

 

 

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