Lumière de l'Orthodoxie

Podcasts

7 juillet 2019 : La voix et le Verbe – Evangile des deux maîtres – Valeurs traditionnelles et héritage chrétien – Phanourios

20161102_124322

CHANTS

« Festival de musique sacrée bulgare – 2007 » par le choeur St Lazarévitch, sous la direction de Predrag Miodrag.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

La voix et le Verbe 

St Jean le Précurseur (St Jean Baptiste) est un des saints les plus vénérés de l’orthodoxie. Les vêpres de sa Nativité disent : « Élisabeth parle à la Vierge Marie et lui dit : « Comment se fait-il que soit venue vers moi la Mère de mon Seigneur ? Tu portes le Roi et moi, le soldat. Tu portes l’Auteur de la Loi et moi, le héraut de la Loi. Tu portes le Verbe et moi, la Voix annonçant le Royaume des cieux. » Hymne magnifique qui résume tout.

La naissance de Jean a lieu six mois avant celle de Jésus, et elle a été annoncée à Zacharie par l’archange Gabriel. Mais le couple étant vieux et stérile, Zacharie a douté des paroles de l’archange qui le punit en le rendant muet. Ce n’est qu’à la naissance de l’enfant, après avoir écrit sur une tablette « Jean est son nom », que Zacharie retrouve la parole.

Saint Augustin fait un parallèle entre le mutisme de Zacharie et la voix de Jean le Précurseur. « Zacharie se tait, il est muet, dit St Augustin, et c’est Jean qui, à sa naissance, lui rend la parole. Que signifie le silence de Zacharie sinon que la prophétie a disparu, et qu’avant l’annonce du Christ, elle est comme close ?  La parole est rendue à Zacharie à la naissance de Jean justement pour annoncer le Christ. Si Jean s’était annoncé lui-même, la bouche de Zacharie ne se serait pas rouverte. Jean dit d’ailleurs : « Je suis la voix qui crie dans le désert ». La voix, c’est Jean, tandis que le Seigneur est la Parole. Jean, c’est la voix temporaire ; le Christ, c’est le Verbe éternel.  ‘‘Au commencement était le Verbe.’’ »

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

 3ème dimanche après la Pentecôte (Matthieu 6, 22-33)

En ce temps-là, le Seigneur dit : « La lampe du corps c’est l’œil ; si ton œil est sans malice, tout ton corps sera lumineux ; mais si ton œil est mauvais, tout ton corps sera obscur. Si la lumière qui est en toi est obscure, quelle obscurité ! Nul ne peut être l’esclave de deux seigneurs : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il restera attaché à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez être l’esclave de Dieu et de la richesse. C’est pourquoi Je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez ou boirez, ni pour votre corps de ce que vous revêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne récoltent, ni n’entassent dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. N’êtes-vous pas plus importants qu’eux ? Qui de vous, dans son inquiétude, peut allonger sa taille d’une seule coudée ? Et pourquoi vous inquiéter du vêtement ? Regardez les lys des champs : comme ils poussent ! Ils ne peinent ni ne filent, mais Je vous dis que jamais, dans toute sa splendeur, Salomon ne fut vêtu comme un seul d’entre eux. Si donc Dieu vêt ainsi la plante des champs qui se dresse aujourd’hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-Il pas plus pour vous, gens de peu de foi ? Ne vous faites donc pas de soucis en disant : Que mangerons-nous, que boirons-nous, que mettrons-nous ? De tout cela s’inquiètent les nations. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez tout d’abord son royaume et sa justice, et tout cela vous sera accordé. »

*         *          *

Homélie : L’insouciance qu’enseigne notre Maître est une ascèse très élevée. Qui peut s’exercer tous les jours à un tel abandon ? Enfants, famille, travail, impôts, école, vacances, santé, habitat, tout nous soucie.  L’homme contemporain est « stressé », comment lui prêcher l’insouciance ? Celle-ci est un charisme, nous ne pouvons pas nous forcer à être insouciants ! Nous pouvons demander au Christ de nous accorder, par la grâce de son Esprit très saint, de vivre, sinon dans l’insouciance, du moins dans une confiance pure en sa miséricorde. Tous ne partent pas en vacances. Certains partent quand ils le peuvent, quand ils peuvent s’offrir le luxe de l’insouciance. Partir… laisser les soucis et le stress de l’année derrière soi, faire une pause ; se mettre au vert ; prendre du recul… Ces expressions disent le besoin de l’homme de vivre libre, sans besoin et sans souci. C’est vrai qu’il y a le danger de l’égoïsme, d’une mauvaise insouciance qui n’est que de la négligence ou de la paresse. Mais il y a également l’aspiration à une vie naturelle, un rêve paradisiaque, le souvenir d’une époque où l’homme, à l’image de Dieu, ne connaissait ni le besoin, ni la convoitise, ni l’inquiétude du lendemain. Et nous essayons, quelquefois maladroitement, de retrouver cet état que notre âme collective a connu et dont elle se souvient. La « vie » plus importante que le vêtement et la nourriture… Nous sommes vivants, d’âme et de corps ! La vie est – quelquefois… souvent… – belle ! Le Seigneur – à ceux qui partent ou qui partiront en vacances ! – donne un « canon », comme disent les pères spirituels, une mesure, une référence. Quel est ce « canon » ? – l’admiration et l’émerveillement devant les créatures : « regardez les oiseaux du ciel ! » ; « regardez les lys des champs : comme ils poussent ! » Dieu Lui-même s’émerveille des créatures, comme Il le fit au Premier jour : comme c’est bon, et beau, et bien ! (Gen.1). Ces exclamations divines suggèrent entre autres « l’esprit vacances » : « regarder », s’émerveiller, s’arrêter pour voir, non seulement la beauté extérieure des êtres, mais la sagesse divine qui s’exprime à travers elles : « votre Père céleste les nourrit ! » Apprenons ainsi à voir la générosité paternelle de Dieu en tout ce qui nous entoure. Nous apprendrons également la dignité qui est la nôtre parmi toutes les créatures : « N’êtes-vous pas plus importants qu’eux ? » Au milieu de la Création fut placé l’Homme, façonné à l’image de Dieu et pour lui ressembler, et pour être un roi et un dieu créé, comme dit saint Maxime. Parmi les créatures, en vacances et pendant toute l’année, nous sommes appelé à être rois. Nous avons été sacrés responsables de l’air, de l’eau, de la terre et du feu. La conscience écologique dont on parle à juste titre découle de ce statut fondamental. Et en même temps, comme l’herbe de ces champs dorés que traversent nos autoroutes, nous pouvons mourir « demain » : nous sommes des rois et des dieux mortels. La saine insouciance n’est pas celle qui l’ignore. Au contraire, la pensée de la mort nous libère déjà de la nonchalance et nous prépare à une plus belle beauté, celle dont la Transfiguration, au cœur de nos vacances, resplendit en avant-goût, non du Paradis, mais du Royaume.

CHRONIQUE de Victor Loupan

Valeurs traditionnelles et héritage chrétien

Depuis quelques temps déjà, nous assistons à une sorte de combat, pas toujours clairement défini, entre ceux qui se réclament du progrès et des nouveaux critères de jugement, et ceux qui se cramponnent aux acquis et essaient de résister au rouleau compresseur politique, sociétal et médiatique.

Nous l’avons vu lors de la crise autour du mariage homosexuel. Nous le voyons autour du cas dramatique de Vincent Lambert, un accidenté de la route lourdement handicapé, dont les membres de la famille se déchirent : certains veulent cesser de l’alimenter et de l’hydrater, donc le tuer, d’autres souhaitent continuer de l’alimenter et de l’hydrater, pour qu’il continue à vivre.

Sur le plan politique, les dernières élections européennes ont montré, partout en Europe, un approfondissement des clivages entre progressistes et conservateurs, autrement dit entre les promoteurs d’un modernisme débridé et les défenseurs des valeurs dites traditionnelles. Ce clivage s’est fait particulièrement aigu, au moment où il a fallu choisir les têtes de la Commission, du Conseil et de l’attribution des postes dirigeants de l’Union européenne. Il est clair aujourd’hui que ce clivage est très profond et qu’il touche désormais des questions telles que les acquis de la civilisation.

Les adversaires du libéralisme radical, prôné par la plupart des pays d’Europe occidentale, mettent souvent en avant la défense des « valeurs traditionnelles ». Il faut ajouter ici qu’ils se trouvent souvent dans les pays d’Europe de l’Est, anciennement communistes. Je pense notamment à la Pologne, à la Hongrie, à la Roumanie, mais aussi aux länder de l’Allemagne orientale, anciennement RDA.

Les dirigeants politiques de ces pays, défendent les frontières, les langues et les cultures nationales, les structures familiales traditionnelles. Souvent, leurs positions politiques et sociétales, sont ouvertement soutenues par les Eglises nationales de ces pays, qu’elles soient catholiques, orthodoxes ou protestantes. Les Eglises sont plus explicites encore que les politiques, quand elles affirment que défendre les valeurs dites « traditionnelles » revient à protéger de la destruction les acquis de la civilisation chrétienne.

Dans cet ordre d’idées, on peut en effet constater que les pays européens les plus engagés dans le démembrement des structures sociales traditionnelles, sont aussi ceux où le christianisme a reculé le plus, comme en France ou en Belgique.

Toutes les Eglises orthodoxes, de la grecque à la russe, s’opposent aux lois sociétales dont le libéralisme moderne a fait son principal cheval de bataille. Elles ne sont pas pour que les minorités diverses, y compris sexuelles, soient opprimées ou méprisées. Mais elles défendent haut et fort les principes du mariage chrétien, de la famille chrétienne, de la filiation, des critères qui déterminent l’ordre et le désordre sexuel, des différences et de l’harmonie entre les sexes. Or, tous ces principes sont niés, combattus, méprisés par les tenants des idéologies nouvelles qui reformatent non seulement les structures sociales et familiales, mais vont jusqu’à la redéfinition de l’identité sexuelle.

Pour beaucoup de chrétiens, il s’agit là d’une lutte entre la vérité et le mensonge, entre l’ordre et le désordre. Ce qui revient à dire, plus simplement : d’une lutte entre le bien et le mal.

Nous n’allons pas ici épuiser le sujet. Le combat en question se déroule sous nos yeux. Il détermine déjà l’un des champs de bataille du XXI siècle. Les utopies sociétales modernes ont remplacé les utopies politiques du XX siècle. Et il est difficile aujourd’hui de dire quels en seront les développements et, plus encore, les conséquences. En tous les cas, à court terme.

Nous le verrons bien, si Dieu nous prête vie.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Saint Phanourios

L’icône acquise par le musée du Louvre, dont nous avons parlé aux nouvelles, représente saint Phanourios. Ce saint peu connu en Occident est vénéré dans l’Eglise depuis plus de cinq siècles. Il a été révélé lors d’un raid de pillards dans l’île de Rhodes. Les bandits entrent dans une église et arrachent les revêtements précieux des icônes anciennes. Puis ils repartent en laissant ces icônes sans valeur pour eux. Les moines découvrent alors que l’une d’elles est dans un état remarquable de conservation. Elle représente un saint nommé Phanourios, avec autour de son portrait douze scènes de sa vie qui indiquent clairement qu’il a été martyrisé. Aucune des autres icônes exhumées par les pillards n’est aussi nettement préservée : les moines y voient un signe. L’archevêque Milos de Rhodes en appelle au Patriarche et au Saint Synode, et une cathédrale est construite pour abriter l’image du saint. Saint Phanourios est fêté le 27 août, et il est le patron des objets perdus. On fait aussi un gâteau en son honneur, appelé phanouropita.  Saint Phanourios avait une mère païenne. Avant son martyre, il a demandé à ses amis chrétiens de prier pour le salut de sa mère. Et voilà qu’il leur dit que, lorsqu’ils auront besoin de son intercession, à lui, ils n’auront qu’à faire un gâteau et prier pour l’âme de sa mère avant de le manger. Il leur promet alors d’intercéder pour eux auprès de Dieu. La tradition de confectionner ce gâteau phanouropita s’est transmise de génération en génération jusqu’à nos jours. Une fois préparé, on porte le gâteau à l’église pour le faire bénir par un prêtre. Puis, avant de le manger, les chrétiens se signent et prient pour le repos de l’âme de la mère de Saint Phanourios.

Le hiéromoine Euthyme du Monastère Saint Nicolas d’Andros, raconte qu’un membre de sa famille avait acheté de la farine à Nauplie pour faire la phanouropita. Il en avait cinq sacs dans un placard. Le temps passe et personne ne fait le gâteau du saint. En revanche, on utilise cette farine pour la cuisine. Peu à peu la farine diminue et finit par disparaître. Le jour même où cela arrive, un jeune homme apparaît à la grand-mère, le visage fâché. Au bout de son bras, il tient les sacs vides et lui dit : « Pourquoi n’as-tu pas fait mon gâteau ? »

Chers frères et sœurs en Christ, si vous désirez préparer une phanouropita, cet été, pour obtenir l’intercession de ce fameux saint, voici le lien vers la recette !

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *