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6 octobre 2019 : L’agapè, véritable enjeu aujourd’hui – Evangile de la veuve de Naïn – La Protection de la Mère de Dieu

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CHANTS

« Le Voile protecteur  » de John Tavener par le London Symphony Orchestra, dirigé par Gennadi Rozhdestvensky, avec le célèbre violoncelliste Steven Isserlis. Virgin Classics Digital 1992.

Nous recommandons le pèlerinage à Chartres pour la vénération du Voile de l’Intercession de la Très-Sainte Mère de Dieu dans la cathédrale. Et pour la première fois, la liturgie orthodoxe sera célébrée devant le voile de Notre Dame. Il aura lieu le 12 octobre 2019. Un voyage en bus est organisé au départ de l’église des Trois Saints Docteurs, rue Pétel à Paris, à 7h. Retour à 17h. Pour couvrir les frais: 60 euros. Inscrivez-vous et payez au prêtre Nikolai Nikishin 06 20 34 95 46 ou à Inna Bocharova 06 50 64 01 26. Pour plus de détails, cliquez ici.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

L’agapè, véritable enjeu aujourd’hui

En grec, il y a trois mots pour dire « amour ». Eros qui signifie le plaisir procuré par une chose ou un être. Philia qui est la joie suscitée par la présence de l’être aimé. Et agapè qui est le sacrifice librement consenti de ses propres désirs pour le bonheur de l’autre. C’est l’agapè que nous montre le Christ en acceptant la Croix pour nous sauver. C’est l’agapè qui pousse une femme à accueillir la venue d’un enfant non désiré. C’est l’agapè qui incite un homme à combattre pour préserver sa famille et ses concitoyens. Et c’est encore l’agapè qui nous pousse à aider l’enfant qui perd pied, le malade isolé ou le pauvre qui n’en peut plus. L’agapè demande d’accepter non seulement une certaine souffrance, mais aussi l’impression d’inutilité. L’agapè ne plaît pas à notre société jouisseuse et utilitariste. C’est l’agapè qui est combattu par toutes les lois dites sociétales depuis des décennies. C’est pourtant lui seul qui peut nous sauver, car l’agapè c’est le Christ ! « Veux-tu arriver à la vie où tu seras pour toujours à  l’abri  de  l’erreur ? » demande St Augustin « Qui ne le voudrait ? Nous voulons tous la vie et la vérité. Mais comment y arriver ? En suivant le chemin de Celui qui a dit ‘‘Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.’’ Voilà ce que les martyrs ont aimé. Marchons sur leurs pas. Pourquoi craindre les dures voies de la souffrance et de la tribulation ? Le Sauveur en personne y est passé. » Eh oui, chers frères et sœurs en Christ, c’est l’agapè qui est le véritable enjeu de ce qui se passe aujourd’hui.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

La veuve de Naïn (Luc 7, 11-16)

En ce temps-là, (après la guérison du fils du centurion) Jésus se rendit à une ville appelée Naïn ; ses disciples et une grande foule l’accompagnaient. Comme Il approchait de la porte de la ville, voilà qu’on portait en procession un mort : c’était le fils unique de sa mère, qui était veuve. Une foule sortie de la ville se trouvait avec elle. Quand le Seigneur la vit, Il fut ému pour elle dans ses entrailles et lui dit : « Ne pleure pas ! » Et s’avançant Il toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent. Jésus dit : « Jeune homme, Je te le dis, réveille-toi ! » Le cadavre se dressa sur son séant et se mit à parler. Jésus le donna à sa mère. Tous furent saisis de crainte ; ils louaient Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous ! » et aussi : « Dieu a pris en considération son peuple ! »

*         *          *

Homélie : L’épisode rapporté en ce jour par le saint évangéliste Luc est un événement historique. L’Histoire universelle est structurée par les interventions divines. Elle advient par la Création de l’espace et du temps. Elle est ponctuée par les actes divins, tout spécialement par le fait que le Créateur du ciel et de la terre et de tous les êtres visibles et invisibles, notamment de l’homme, se fait chair et se fait homme. L’évangile que nous venons d’entendre révèle le sens de l’Incarnation. Le Christ n’est pas seulement « un grand prophète qui s’est levé parmi nous » : Il est Dieu. L’expression magnifique « Dieu a pris en considération son peuple » est une périphrase pour « devenir homme », « devenir chair », « s’incarner ». Elle est la réponse à toute l’attente d’Israël et à l’annonce même des prophètes. C’est pourquoi Jésus Christ n’est pas seulement un prophète, même très grand : Il est l’accomplissement des prophéties. Le Fils de David, le Désiré des nations, le Messie, le Fils de l’Homme, le Fils de Dieu, Dieu en personne, le Roi d’Israël, s’est fait homme pour être un homme parmi les hommes, un Juif parmi les Juifs, déambulant sur les routes de la Terre sainte. En ce jour, le Sauveur Jésus Christ accomplit un signe : en se penchant sur la veuve, en prenant en considération sa souffrance et en ressuscitant son fils mort depuis trois jours, Il révèle lui-même Qui Il est. Cette femme représente exactement ce peuple sur lequel Il se penche avec compassion, un peuple ravagé par le veuvage de son Époux divin, miné par la mort de son rejeton, sortant de la ville pour s’exiler dans le désert, l’émigration ou la déportation. L’histoire du peuple juif est terrible, à l’époque de la venue humaine et charnelle de Dieu, ainsi qu’à toutes les époques qui ont suivi, jusqu’à l’horrible 20ème siècle, la détestable Shoah, extermination de près de 40% des Juifs du monde. Le Messie Jésus, à travers tous les temps, ceux de l’exil babylonien ou autres déportations, ceux de notre époque, se penche sur la souffrance de son peuple, semblable à une veuve dont le fils unique est mort. Jésus Christ est la réponse à la souffrance muette de son peuple, car cette femme pleure en silence. Son évangile, la bonne nouvelle de sa miséricorde, est adressé en tout premier lieu à son propre Israël. L’antisémitisme de certains chrétiens est une aberration parce que tu ne peux pas détester et livrer à la mort ceux que Dieu Lui-même a pris en considération en leur envoyant son Fils unique disposé à monter sur la Croix pour eux. Comment détester ceux que Dieu aime ? Comment laisser exécuter ceux pour qui le Seigneur voulut être exécuté ? Comment condamner à mort ceux dont le Messie a voulu prendre la place ? « Prendre en considération son peuple » est une expression bien faible quand il s’agit de donner en fait sa vie pour son peuple. Jésus le Messie est venu à Naïn, la Cité de la Joie, pour donner sa vie pour un mort ; Il a ressuscité un cadavre privé de vie ; Il a essuyé les larmes de la veuve humanité : « les larmes de la veuve coulent sur sa joue et montent jusqu’au ciel », dit la Parole (Siracide 35, 18), et c’est bien vrai. Pour le peuple juif, pour l’Église sa descendante immédiate, et pour l’humanité entière, le temps des larmes est l’heure de la rencontre avec le Seigneur de toute consolation. Toutes les souffrances qui abîment la planète, et celles qui la menacent tellement de mort, ont leur réponse dans le visage penché vers elle de son Créateur et de son Dieu. Qu’une personne, consciente de son veuvage, c’est-à-dire consciente de vivre avec un dieu mort, consciente également de la corruption de ses œuvres, c’est-à-dire de vivre avec un enfant mort, se laisse rencontrer par le Fils de Dieu, par sa parole – « ne pleure pas ! » – par sa présence, par son amour, par sa sagesse, sa seigneurie ; qu’elle accepte de nouvelles noces avec son Créateur et le reconnaisse comme père de son fils – cette personne, ou ce peuple, ou cette humanité, entrera de nouveau dans la vie. À notre temps, l’Évangile fait une proposition pleine d’espérance : nous pouvons trouver en Jésus Christ la Clef vivante des impasses que nous rencontrons, dans la société civile, dans l’Église actuelle, dans nos peuples respectifs et dans la Création elle-même promise à la destruction.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

La Protection de la Mère de Dieu

Cette semaine, nous avons fêté la Protection de la Mère de Dieu. Et nous écoutons la très belle musique de John Tavener sur le Voile Protecteur.   Cette fête, très ancienne, est liée à ce qu’on appelle les « fols en Christ ». Cette folie est une forme très élevée de l’ascèse chrétienne. Elle consiste à se donner l’apparence d’un insensé pour être un perpétuel objet de moquerie. Les fols en Christ sont délaissés de tous. Manger, se vêtir, avoir un toit, tout ça leur est indifférent, parce qu’ils ont les yeux du cœur, constamment levés vers Dieu. Et le Seigneur leur donne des dons, comme celui de la clairvoyance. Il y avait justement à Constantinople, au début du X siècle, un fol en Christ nommé André.  Au nord de la ville, se trouve toujours l’église des Blachernes qui contenait, à l’époque, le voile de la Mère de Dieu, appelé le mamphorion. Un soir, au cours de la vigile célébrée en l’église des Blachernes, André est présent avec son disciple Epiphane. André avait l’habitude de rester debout jusqu’à minuit, voire jusqu’au matin, selon ses forces. Voilà qu’à la quatrième heure de la nuit, notre fol en Christ voit une femme majestueuse s’avancer en compagnie de St Jean Baptiste, dit le précurseur, et de St Jean l’évangéliste, dit le théologien, ainsi que de nombreux saints vêtus de blanc. Elle s’approche de l’ambon. André demande à Epiphane : « Vois-tu la Dame et Reine du monde ? » – « Je la vois, père » répond Epiphane, car lui aussi est gratifié de la même vision. Ils la regardent prier longuement. Puis elle ôte son voile et en recouvre le peuple présent dans l’église. Saint André le Fol se précipite alors vers le reliquaire. Il prend le précieux voile de la Reine du monde, et, debout devant les Portes-Saintes, il l’étend au-dessus de la foule. Le voile est si grand qu’il recouvre toute la nombreuse assemblée, mais il reste suspendu en l’air, soutenu par une force mystérieuse. La Mère de Dieu s’élève alors dans le ciel, entourée d’un éclair lumineux, et disparaît, laissant au peuple chrétien, son saint Voile en garantie de sa protection bienveillante. Saint André le Fol fut l’instrument de la Mère de Dieu qui a protégé à maintes reprises Constantinople et, par analogie, toute la Sainte Eglise. Et voici le texte des stichères des vêpres de cette fête : « Pure Mère de Dieu, tu es la protectrice des affligés, leur prompt secours, le salut du monde et son ferme soutien, l’océan de miséricorde, la source de la divine sagesse, l’universelle protection. Nous les fidèles, nous te chantons, célébrant par d’ineffables louanges ton voile resplendissant. »

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