• Spiritualité
Dimanche à 8h33 360 podcasts

4 novembre 2018 : Le cœur humain ne peut rester vide – Evangile du pauvre Lazare – Schisme dans l’orthodoxie – St Tikhon de Zadonsk

04.11.18
Voir +

Réécouter l'émission

4 novembre 2018 : Le cœur humain ne peut rester vide – Evangile du pauvre...

Lumière de l'Orthodoxie 00h03

CHANTS

« Ô Sainte  Russie, garde la foi orthodoxe – O Holy Russ, keep Thou the Orthodox Faith » par le choeur patriarcal de la cathédrale de la Théophanie à Moscou, sous la direction de Guennady Kharitonov. L’enregistrement date de 1987. RCD 1994.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Le cœur humain ne peut rester vide

« Le cœur humain ne peut pas rester vide, dit St Tikhon de Zadonsk. Il est toujours pris par des pensées. Et comme il a aussi un penchant pour le mal, le cœur inoccupé est une demeure que notre ennemi, le diable, investit facilement. » [fin de citation] Eh oui, un cœur vacant est immédiatement envahi par le mal qui façonne pensées et paroles. Car la parole n’est pas une chose isolée. Elle exprime l’intérieur de la personne qui parle : ses pensées, ses sentiments, sa perception du monde, son état spirituel. Les paroles vaines sont le signe d’une âme creuse.

La parole est un immense don de Dieu qui permet à l’homme d’entrer en contact avec ses semblables. Si nous adressons à nos interlocuteurs des paroles vides, nous perturbons leur paix intérieure. Nous-mêmes, il nous arrive régulièrement d’être mal à l’aise après un échange insipide. C’est comme si notre âme en sortait vidée. Le Seigneur nous a prévenus : « Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront proférée. »

Contrairement à ce que croient les bavards impénitents, la parole n’est pas une chose éphémère, facile, légère. Par les discours insignifiants, nous gaspillons notre force vitale au détriment de notre vie spirituelle. Chaque parole sans portée affaiblit notre âme et la rend perméable à l’injustice et au péché. Alors demandons comme le psalmiste : « Seigneur, mets une garde à ma bouche, une sentinelle à la porte de mes lèvres. »

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Evangile du pauvre Lazare (Luc 16, 19-31)

En ce temps-là, le Seigneur dit la parabole suivante. Un homme riche s’habillait de pourpre et de lin fin, et faisait chaque jour des festins somptueux. Et un pauvre nommé Lazare gisait près de son portail, tout couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche, mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies. Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham ; le riche mourut également et fut enseveli. Dans le séjour des morts, en proie aux tourments, le riche leva les yeux et vit de loin Abraham, et dans le sein d’Abraham, Lazare. Alors il s’écria : « Père Abraham, miséricorde ! Envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car dans ces flammes je souffre cruellement ». Abraham lui répondit : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare ses maux ; maintenant donc il trouve ici consolation, et c’est ton tour de souffrir. D’ailleurs entre vous et nous s’est ouvert un abîme profond ; et ceux qui le voudraient ne peuvent passer d’ici vers vous, pas plus que ceux qui voudraient passer de là jusqu’à nous ». Le riche dit alors : « Père, je t’en prie, envoie Lazare dans la maison de mon père. J’ai cinq frères : qu’il leur fasse la leçon, pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de tourments ». Et Abraham de lui répondre : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent ! » Mais le riche reprit : « Non, Père Abraham, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront ». Mais Abraham lui dit : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne croiront pas davantage quelqu’un qui ressusciterait d’entre les morts ! »

*          *          *

Homélie : Nous approchons de l’Avent, ce carême de la Nativité, et nous entendons la parole de Dieu comme un avertissement. L’enfer existe, nous dit la parabole de ce jour. Ce ne sont pas ici « les enfers », lieu souterrain où résident les morts à l’antique, séjour d’Orphée ou schéol de nos Pères dans la foi biblique. Non, c’est l’enfer, terrible singulier grammatical, temps et lieux mystiques d’où les damnés regardent vers les vivants. Dès cette vie, l’homme peut connaître l’enfer ; dès cette vie, tu peux connaître la mort de l’âme : le mauvais riche était déjà mort quand il mourut, la froideur de son cœur fermé au pauvre en est le symptôme. Il est des « âmes mortes », écrit Gogol. Mais ni la mort spirituelle, ni la mort corporelle elle-même, ne sont des anéantissements : Dieu n’a rien créé pour le néant, dit saint Irénée. La mort n’est pas le néant ; l’enfer n’est pas un non être : qu’est-ce qui le prouve ? – la souffrance ! Même l’infra vie, une moindre vie appelée mort, atteste son existence par la soif inextinguible de l’âme et la brûlure des sens. Il est des hommes, qui marchent dans les rues de ce monde, et que travaillent déjà une telle soif et une telle incandescence. L’enfer, ici-bas ou là-bas, est une souffrance à laquelle on se condamne indéfiniment, par le refus conscient ou inconscient de l’amour. Tous les jours, ce mauvais riche,  en passant devant Lazare, disait non à l’amour. Le pauvre a un nom ; le damné n’en a pas, car l’insensibilité à l’amour a pour premier effet la réduction de la personne, une sorte d’anonymat, dans lequel il ne reste que la soif et la brûlure. Nous le comprenons bien, ce n’est pas la richesse qui fait problème, car Abraham ici invoqué, un homme richissime, est un juste au Paradis. Comparons ces deux riches. Comparons les deux pauvres, Lazare et celui qui n’a pas de nom, ce riche si pauvre ! Celui-ci, toutefois, et c’est un grand espoir, n’est pas dépouillé de tout. Sa souffrance, nous le disions, atteste qu’il vit. Son cri – « Père Abraham ! » – le prouve également. Mais, surtout, sa prière montre que son âme n’est pas détruite, il y reste une mémoire  de bonheur, une compassion pour ses proches, et la foi dans l’intercession des saints, Abraham et Lazare lui-même. Le vrai salut pour lui serait de se réjouir pour la béatitude des justes ; la vraie espérance serait la confiance dans la parole de Dieu ; le Salut ultime, dans la Résurrection ici annoncée. Notre prière pour les défunts, en ce début de novembre, et pendant tout l’Avent, croit au Salut, non seulement des justes, bien sûr, mais des damnés. Même moi, dirons-nous, qui me reconnaît par le repentir comme un mort vivant à la porte de l’enfer, je peux crier, en cet Avent : Viens, Seigneur Jésus, viens et sauve-moi par la prière de tes saints !

CHRONIQUE de Victor Loupan

Schisme dans l’orthodoxie

Il y a quelques semaines, une nouvelle terrible a secoué le monde orthodoxe : la Patriarcat de Moscou a rompu la communion eucharistique avec le Patriarcat de Constantinople. La raison invoquée a été la reconnaissance par ce dernier de deux structures ecclésiales schismatiques, existant en Ukraine. La décision du Patriarcat de Moscou a été précédée par une décision du Patriarcat de Constantinople de ne plus reconnaître l’Ukraine comme territoire canonique du Patriarcat e Moscou et donc de se réserver le droit d’accorder l’autocéphalie à l’Eglise d’Ukraine, dont la partie canonique se trouve depuis plus de trois siècles sous l’omophore du Patriarche de Moscou et de toutes les Russies. Voilà la situation, brièvement.

Je n’ai voulu réagir à chaud à toute cette violence symbolique. Pour les chrétiens, les schismes sont des choses terribles, et il convient d’en parler avec distance et modération. J’ajoute à cela que la situation dramatique de l’Ukraine, terrain d’affrontement que nous savons, fait obligatoirement penser à l’aspect politique du conflit entre le Patriarcat de Moscou et celui de Constantinople.

Ceux qui s’intéressent à l’histoire savent que le baptême de la Russie s’est fait à Kiev, il y a plus de mille ans. Or Kiev est aujourd’hui la capitale de l’Ukraine, pays indépendant depuis 1991. La question religieuse a toujours été très aiguë en Ukraine. D’abord à cause de la question uniate, sur laquelle tous les orthodoxes sont d’accord, quelles que soient leurs divergences par ailleurs. Ensuite, à cause de celle de l’autocéphalie de l’Eglise d’Ukraine, plus récente, certes, mais lancinante tout de même.

Pour les nationalistes ukrainiens, l’Eglise du Patriarcat de Moscou est l’instrument d’un pouvoir oppresseur et ennemi. Une sorte d’Eglise de l’occupant. Ce qui est faux. Car il s’agit d’une Eglise autochtone fondée à Kiev, par Saint Vladimir qui y a baptisé la Russie, en 988. Le même Vladimir qui est le fondateur de la dynastie de Rurikides, et dont les descendants ont régné sur les principautés russes puis sur la Russie pendant des siècles. Historiquement, cela ne fait aucun doute. Mais c’est de l’histoire ancienne.

L’histoire récente de l’Ukraine, marquée par la radicalisation du mouvement national, voire nationaliste, n’épargne pas l’Eglise. La plus importante des deux Eglises schismatiques, appelée Patriarcat de Kiev, a ainsi été fondée en 1992, par un ancien métropolite de l’Eglise russe, candidat malheureux au poste de Patriarche de Moscou, excommunié et anathémisé en 1997.

Pour ce qui est de la représentativité, un rapport de l’année du Ministère de la culture d’Ukraine, nous apprend que L’Eglise orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou, l’Eglise canonique donc, a plus de 12.000 paroisses et 208 monastères, contre cinq mille paroisses et 60 monastères pour ledit Patriarcat de Kiev. Mais en disant cela, je me rappelle immédiatement la célèbre phrase de Saint Alexandre Nevski, qui dit : « Ce n’est pas dans la force qu’est Dieu, mais dans la vérité. »

Il serait injuste de dire que les partisans de l’autocéphalie sont tous regroupés chez les schismatiques. Il y a certainement aussi, dans l’Eglise canonique, surtout parmi les prêtres, nombre d’hommes qui n’ont pas voulu suivre les schismatiques, mais qui sont pour une Eglise orthodoxe d’Ukraine, indépendante du Patriarcat de Moscou.

Les choses sont donc très compliquées.

L’autocéphalie de l’Eglise ukrainienne dépend d’ailleurs moins du Patriarcat de Constantinople que de la suite des événements. Car le Tomos que le Patriarche Bartholomée 1er doit, en principe, accorder au futur Patriarcat de Kiev dépend du nombre des évêques que l’Eglise toujours schismatique réussira ou ne réussira pas à réunir. Tout dépendra du nombre des évêques ukrainiens du Patriarcat de Moscou qui se joindront à l’initiative. Si leur nombre demeure limité aux 41 évêques du patriarcat schismatique, cela montrera le caractère marginal de l’initiative. Car une Eglise dite nationale ne peut être minoritaire au sein de sa propre nation.

N’anticipons donc pas et attendons.

Signalons, pour finir, que le Patriarcat de Constantinople n’a pas répondu par la réciprocité, et n’a donc pas rompu la communion eucharistique avec le Patriarcat de Moscou. Cela signifie que les ouailles de l’Eglise russe ne peuvent communier dans les églises du Patriarcat de Constantinople, mais les ouailles de Constantinople peuvent communier dans les églises du Patriarcat de Moscou. Je ne sais pas bien ce qu’implique cette asymétrie. Je la constate, c’est tout.

Ce conflit spectaculaire entre deux patriarcats de première importance nous rappelle que l’Eglise orthodoxe est une, mais désunie. Un conflit semblable à celui entre Moscou et Constantinople existe entre les patriarcats d’Antioche et de Jérusalem. En Moldavie, un conflit aigu, bien que dormant, perdure entre les patriarcats de Moscou et de Roumanie. L’Eglise serbe est, elle aussi, confrontée à un mouvement séparatiste en Macédoine. Bref, il n’y a pas de quoi se réjouir.

Que nous reste-t-il à nous, simples croyants, sinon de prier pour que la paix revienne dans les cœurs troublés de ceux qui s’affrontent au lieu de chercher la paix, dans un esprit de concorde et d’amour en Christ.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

St Tikhon de Zadonsk

En début d’émission, je vous ai cité St Tikhon de Zadonsk, qui a vécu au XVIII siècle. C’est lui qui a inspiré, à Dostoïevski, son starets Zossime dans Les frères Karamazov. C’est aussi un écrivain très apprécié des Russes. Et sa vie est exemplaire. Ecoutez bien :

« Dans son enfance, Tikhon a connu la faim, après la mort de son père, le sacristain du village. Sa mère, restée veuve avec six enfants, vécut dans la misère. Mais Tikhon obtient une bourse pour étudier à Novgorod. Pendant ses études, il vend la moitié de sa ration de pain pour acheter de la bougie et travailler la nuit. Il devient ensuite le directeur du séminaire de Novgorod, mais la Grande Catherine le nomme évêque de Voronèje contre son gré. C’était un diocèse misérable où la plupart des prêtres étaient illettrés, et où certains seigneurs jouaient leurs jeunes paysannes aux cartes. Tikhon se dépense sans compter, mais la maladie le force à donner sa démission. Il se retire alors au couvent de Zadonsk : c’est là qu’il compose ses ouvrages admirables, qui ont tous pour sujet Notre-Seigneur et l’Évangile, notamment Le Trésor spirituel et Du christianisme authentique.

Il habite une maisonnette à côté de l’église, avec un secrétaire, qui écrit sous sa dictée quand vient l’Inspiration, et un infirmier. Tous deux ont ordre de tousser très fort, lorsqu’ils approchent du lieu où Tikhon prie dans la forêt, car il ne veut pas être surpris en extase. Mais les quinze autres moines du couvent le détestent et le giflent parfois, lui, leur ancien évêque ! Il se jette alors à genoux pour demander pardon de les avoir irrités. Ils ne lui ont JAMAIS permis de célébrer la Liturgie.

Il est mort, à l’aube du 13 août 1783, sans avoir communié. Par trois fois dans la nuit, il avait demandé l’eucharistie, mais aucun prêtre n’avait consenti à se lever pour la lui donner. Ses dernières paroles furent : « Mon Dieu, je Te remercie pour tout, pour tout. » St Tikhon, priez pour nous.

Réagir à l'émission