Lumière de l'Orthodoxie

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1er novembre 2020 : Le mystère de la maternité (2/3) – Evangile du pauvre Lazare – Trois pépites de la vie des frères

Victor

CHANTS

« Musique orthodoxe russe » par le choeur du monastère St Serge de la Trinité – enregistrement live – Deutsche Grammophon – 1980.

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INTRODUCTION  de Victor Loupan

Le mystère de la maternité (2/3)

Victor Loupan est absent, ce dimanche. C’est moi, Cécile Brahy, qui le remplace. Nous avons vu, la semaine dernière, la grande différence entre la paternité et la maternité. La paternité est un acte de foi basé sur la volonté. La maternité, quant à elle, participe au mystère de la Création. Comme l’a si bien exprimé Eve, en s’exclamant, après la naissance de Caïn son premier enfant : « J’ai formé un homme avec l’aide de l’Eternel ! » On le voit, il ne s’agit pas ici de volonté, mais de vocation naturelle. Bien sûr, la volonté n’est pas annihilée par la maternité. Évidemment ! Mais elle est transcendée par la vocation. Et la charge de la maternité est tellement lourde que Dieu l’a allégée par un don particulier. C’est de ça que parle le fameux psychologue clinicien Jordan Peterson, quand il dit que les femmes sont faites pour se laisser « maltraiter » par leurs enfants. C’est une manière de parler, bien sûr. Il s’agit de leur façon de s’inquiéter pour eux, même en plein travail, d’être sans cesse au four et au moulin pour s’assurer de leur bien-être. Il y a d’ailleurs là une part biologique, comme le montre, par exemple, l’étude des hormones qui aident la jeune mère à supporter le manque de sommeil. En effet, Dieu pourvoit, et sur tous les plans. Sur la plan de la biologie aussi bien que sur celui de la spiritualité. Car le Seigneur ne nous envoie pas une épreuve sans nous donner la force de la surmonter. A condition que nous nous tournions vers Lui ! Et c’est là que nous trouvons la pierre d’achoppement de la maternité : c’est la liberté. Nous verrons la semaine prochaine en quoi l’exercice de la liberté est périlleux pour les mères en particulier, et pour les femmes en général.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Parabole du pauvre Lazare (Luc 16, 19-31)

En ce temps-là, le Seigneur dit la parabole suivante. Un homme riche s’habillait de pourpre et de lin fin, et faisait chaque jour des festins somptueux. Et un pauvre nommé Lazare gisait près de son portail, tout couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche, mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies. Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham ; le riche mourut également et fut enseveli. Dans le séjour des morts, en proie aux tourments, le riche leva les yeux et vit de loin Abraham, et dans le sein d’Abraham, Lazare. Alors il s’écria : « Père Abraham, miséricorde ! Envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car dans ces flammes je souffre cruellement ». Abraham lui répondit : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare ses maux ; maintenant donc il trouve ici consolation, et c’est ton tour de souffrir. D’ailleurs entre vous et nous s’est ouvert un abîme profond ; et ceux qui le voudraient ne peuvent passer d’ici vers vous, pas plus que ceux qui voudraient passer de là jusqu’à nous ». Le riche dit alors : « Père, je t’en prie, envoie Lazare dans la maison de mon père. J’ai cinq frères : qu’il leur fasse la leçon, pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de tourments ». Et Abraham de lui répondre : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent ! » Mais le riche reprit : « Non, Père Abraham, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront ». Mais Abraham lui dit : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne croiront pas davantage quelqu’un qui ressusciterait d’entre les morts ! »

*          *          *

Homélie : Dans deux semaines nous entrerons dans la période précieuse du jeûne de la Nativité qui est appelée l’Avent. Ce nom, nous le savons, signifie la venue, selon cette phrase du Symbole de notre foi : « de nouveau, avec gloire, Il vient ! » Des choix précis de vie feront que le Sauveur, en venant, nous trouve disposés à l’accueillir, et voie en nous de vrais disciples, ces serviteurs restés éveillés jusqu’au retour de leur maître. La parabole de Lazare et du mauvais Riche nous est offerte chaque année en cette période comme une invitation à nous préparer, non seulement à réactualiser l’évènement historique de la naissance du Messie, mais à vivre l’accomplissement de l’Histoire. Nous ne prévoyons pas toujours la fin de notre vie et la rencontre personnelle prévue alors avec notre Seigneur. Nous ne pensons pas toujours non plus à vivre, du point de vue social, dans la perspective de cette fin. Nos sociétés montrent qu’elles ne sont pas préparées pour la fin de la vie ou du monde. Dès qu’une crise se présente et nous fait penser à la mort, au lieu de faire preuve de réalisme et de nous disposer, le cœur léger, au jugement de notre vie personnelle et sociale, nous nous affolons, parce que nous avions oublié que nous sommes mortels et que les civilisations également, comme dit Paul Valéry, sont mortelles. L’évangile de ce jour nous rappelle que nous mourrons ; et il nous rappelle que la mort n’est pas une espèce d’anéantissement confortable, comme le croient certains. Non : l’état de mort, auquel nous nous disposons si peu, est celui dans lequel la vie que nous avons menée jusque-là se trouve fixée, au moins provisoirement, si l’on suit l’enseignement des saints Pères. L’égoïsme dans lequel nous aurons vécu sera encore notre enfer. L’humilité qui aura été la nôtre en cette vie transitoire restera notre bien, comme pour Lazare. Cela fait réfléchir… Nous nous retrouverons, au-delà de cette vie, tels que nous aurons été appelés. Notre père Abraham, qui a la parole dans cette histoire, nous invite, au-delà d’un message étroitement rétributif, à changer notre vie : ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent ! Qui ça : « ils » ? Mais ce ne sont pas les autres ! C’est moi ; c’est nous ; c’est notre société ; c’est notre communauté ecclésiale : écoutons la Loi et les prophètes, tel est le message à  nous adressé, persuadés à tort que le confort, la santé, la prospérité des riches, la jeunesse dureront toujours. Quelle illusion ! Le Seigneur nous parle dans l’Actualité comme Il nous parle dans l’Évangile. Un fléau planétaire, d’horribles assassinats, nous disent que nous sommes fragiles et mortels ; que notre équilibre cosmique et social, notre paix consumériste tiennent par un fil. Ils nous disent également qu’il y a des pauvres et des miséreux à notre porte, à la porte des riches, aux frontières de l’Europe et d’un Occident planétaire. Lisons l’Actualité à la loupe de l’Évangile ; écoutons l’Évangile au son de l’Actualité et préparons tête haute la venue glorieuse du Juge miséricordieux…

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Trois pépites de la vie des frères

Jean Moschos rapporte souvent, dans son recueil de témoignages « Le pré spirituel », de petites pépites spirituelles. En voici trois, écoutez bien :

« Il y avait un prêtre, nommé Pierre, qui était originaire de la mer Noire. Il était connu pour de nombreux hauts faits. Un jour, un certain Théodore qui habitait dans la laure des Tours, au bord du Jourdain et qui deviendra plus tard évêque de Rossos, voit arriver Pierre qui lui dit : ‘‘Je t’en prie, frère Théodore, viens avec moi sur le Mont Sinaï, car j’ai fait un vœu.’’ Théodore ne veut pas désobéir à l’ancien et le suit. Après avoir traversé le Jourdain, Pierre lui dit : ‘‘Inclinons-nous en une métanie et promettons de ne pas manger jusqu’au Sinaï.’’ Théodore proteste qu’il en est incapable et seul Pierre promet. Effectivement, il n’absorbe rien jusqu’au Sinaï où ils assistent aux Saints Mystères. Après quoi, Pierre mange un frugal repas. Puis ils vont au sanctuaire de St Menas où Pierre ne mange qu’après avoir communié. Ensuite ils vont de même à Jérusalem, et Pierre ne mange frugalement qu’après la sainte liturgie dans l’église de la Résurrection du Christ. Théodore qui raconté cela à Jean Moschos était encore impressionné que Pierre ait pu faire un tel périple en ne mangeant que trois fois. »

Ce Pierre était vraiment le chantre du jeûne eucharistique !

Voici la deuxième pépite fort brève sur l’abandon total à la volonté divine, écoutez bien :

« Un abba du nom de Ianthos avait passé toute sa vie, retiré à Coutila, en Palestine. Un jour où il est en prière dans le désert, arrivent des Sarrasins. Ils aperçoivent l’ancien. Un des Sarrasins dégaine son épée et s’approche de lui dans l’intention de le tuer. En voyant le Sarrasin approcher, Ianthos lève les yeux au ciel et dit : ‘‘Seigneur Jésus Christ, que ta volonté soit faite.’’ Et aussitôt la terre s’ouvre et engloutit le Sarrasin. L’abba Ianthos fut sauvé, et il rentra dans son monastère en glorifiant Dieu. »

Et voici maintenant la troisième pépite qui illustre bien l’essence de la vie de ces ascètes de Dieu :

« Un moine avait été sauvé de la luxure par l’abnégation et l’ascèse de son compagnon, et avait ensuite vécu avec lui dans une grotte. Après la mort de son compagnon, il avait poursuivi sa vie seul dans cette grotte. Voilà qu’un jour il reçoit la visite d’un abba de la laure de Calamon, qui l’interroge : ‘‘Dis-moi, frère, après une si longue vie de solitude et une si longue ascèse, qu’as-tu réussi ?’’ – ‘‘ Va-t-en, lui répond le frère, et reviens dans dix jours. » L’abba s’en va. Il revient dix jours plus tard et trouve le frère mort. A côté du corps, il y a un tesson portant cette inscription : ‘‘Pardonne-moi, Père. C’est qu’en suivant ma règle, je n’ai jamais abaissé mon esprit au niveau de la terre.’’ »

Commentaires

  1. Merci, à Cécile Brahy, d’avoir géré cette émission,
    toujours aussi riche.
    Votre voix est belle, et vos propos sont mesurés…
    Que nous ayons encore souvent l’occasion de vous entendre.
    Merci aussi à Radio Notre Dame de donner l’antenne à « Lumière de l’Orthodoxie » une émission si riche et qui me fait adapter notre messe à VOS horaires…

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