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1er mars 2020 : Le temps de l’attente joyeuse – Evangile du jeûne et du trésor caché – Le sage joaillier

Victor

CHANTS

« Calvaire russe, vol. III – Le Passage prématuré » par le choeur de moines de Valaam (monastère sur le lac Ladoga en Russie) sous la direction d’Igor Ouchakov – Valaam Singing Culture Institute – 1995.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Le temps de l’attente joyeuse

Voici le Grand Carême qui commence en ce dimanche du Pardon. Période d’effort joyeux que le Christ a décrit clairement : « Et vous, dit Jésus, soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces, afin que, lorsqu’il arrivera et frappera, ils lui ouvrent aussitôt.
Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant ! Je vous le dis en vérité, il se ceindra, les fera mettre à table et passera pour les servir. Et si c’est à la deuxième ou à la troisième veille qu’il arrive et les trouve ainsi, heureux sont-ils !
 » Oui, l’effort du Carême nous met dans cet état d’attente joyeuse comme le dit St Grégoire de Nysse : « C’est pour nous faciliter la pratique de cette vigilance, dit St Grégoire, que Notre-Seigneur nous avertit de ceindre nos reins, et d’allumer nos lampes. Car la lumière qui brille devant nos yeux, éloigne le sommeil ; et la ceinture que nous mettons autour de nos reins, nous empêche de dormir. Celui qui a la chasteté pour ceinture, et une conscience pure pour flambeau, ne se laisse jamais aller au sommeil. Il est toujours prêt à recevoir son Maître. Ainsi nous devons veiller nous-mêmes, et nous préparer à lui obéir, lorsqu’il viendra frapper à la porte, afin de Lui ouvrir aussitôt. » Chers frères et sœurs en Christ, je vous demande pardon pour tout ce que j’ai fait et qui a pu vous déplaire. Et je vous souhaite un bon Carême d’attente joyeuse. Soyons sobres et guettons la venue du Seigneur !

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Dimanche de l’exil d’Adam et du pardon  (Matthieu 6, 14-21)
En ce temps-là, le Seigneur dit : « Si vous pardonnez aux gens leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux gens, votre Père ne vous pardonnera pas vos fautes. Quand vous jeûnez, ne devenez pas comme les hypocrites à l’air triste : ils dissimulent leur visage pour apparaître aux gens comme jeûnant. Amen, Je vous le dis, ils ont reçu leur salaire. Toi, quand tu jeûnes, frotte-toi la tête d’huile et lave-toi le visage, pour paraître jeûner, non devant les humains, mais devant ton Père qui est dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où les vers et la corrosion les rongent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel où ni vers ni corrosion ne rongent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent : car là où est ton trésor, là sera également ton cœur. »

*          *          *
Homélie : Aujourd’hui est le jour de l’entrée en Carême ; aujourd’hui s’ouvre la porte de la joie ; aujourd’hui, nos yeux commencent à s’ouvrir, nos oreilles à entendre, et tous nos sens à s’éveiller ! Corps et âme, Adam tel qu’il fut créé se prosterne pour se redresser, s’abaisse pour être élevé, s’humilie pour être glorifié par son Créateur, pleure sa folie pour être consolé par son Père céleste, se dépossède de toute prétention pour être enrichi d’un trésor sans nom et sans prix, dont le Verbe parle en ce jour : « Amassez-vous des trésors dans le ciel ! Là où est ton trésor est ton cœur ! » Quel est ce patrimoine, cet héritage, ce trésor ancestral enfoui dans les profondeurs de la mémoire, à la frontière du conscient et de l’inconscient ? Où vais-je creuser pour le trouver ? Et où, l’ayant trouvé, vais-je l’amasser, le cacher à nouveau et le mettre en sûreté ? Je passerai ces quarante jours à creuser la terre de mon cœur en prononçant les prières des prophètes et des saints, à explorer les souterrains de mon âme par l’écoute de la parole évangélique, à chercher sans me lasser le trésor dont le Seigneur me parle et qu’Il m’annonce comme un trésor véritable, un trésor qui existe, non un trésor de fiction, mais un trésor réel déposé, non à la banque, mais dans quelque cachette mystérieuse ou dans les profondeurs de la terre, dans l’abîme du cœur humain, de l’âme humaine, de l’esprit humain. Dis-moi, Seigneur, où Tu l’as caché ! Apprends-moi où le chercher, où fouiller, où creuser, et, pendant quarante jours et quarante nuit, je chercherai, je fouillerai et, selon ta promesse, je trouverai le trésor que Tu as préparé pour moi, ton serviteur, ton fils prodigue, le trésor que je n’ai pu dilapider, qui est resté pur et incorrompu – le trésor de ton amour pour l’homme ! Trésor de l’amour divin pour la créature, de l’amour du Père pour chaque fils et fille pris en particulier ; héritage d’un amour sans limite, sans frontières et sans conditions ! Trésor de l’amour inconditionnel, inconditionné et inconditionnant ! Donne-moi cet amour, ô Dieu ! Donne-moi de plonger à pleines mains comme dans un coffre rempli de bijoux et de pierres précieuses, dans l’abîme de mon propre cœur, là où Tu as déposé, par la grâce du saint baptême, l’héritage de ton amour infini pour le Père et pour les hommes. Nous savons que, en nous exerçant chaque jour à pardonner à tous et à obtenir le pardon de tous, nous entrons en possession du trésor de l’amour divino humain du Christ déposé dans nos cœurs par le baptême et la sainte chrismation. C’est à ce trésor également que nous communions quand nous osons, de nos lèvres indignes, absorber le Sang précieux et le Corps très pur du Seigneur de gloire, le Messie d’Israël et le Sauveur des nations ! Donne-moi encore du trésor de ton amour, ô Donateur de vie ! Ou plutôt : donne-moi d’entrer en possession du trésor que Tu as Toi-même déposé sur le compte de mon cœur conscient et inconscient. Nous ne connaissons pas les capacités d’amour déposées en nous ; nous ne connaissons pas les richesses dont nous sommes les héritiers. Et le Carême dont nous poussons joyeusement la porte aujourd’hui nous est proposé pour jouir des richesses de l’amour retenu encore dans le coffre de notre cœur, de notre âme et de notre esprit. Et, quand nous l’aurons sorti à la lumière du Sauveur, nous l’enfouirons à nouveau, nous l’investirons pour qu’il se multiplie, nous le déposerons sur le compte céleste du service des pauvres, du dévouement à ceux qui sont nus, de la nourriture des affamés du corps et de l’âme, du vêtement de tous ceux qui sont dénués de foi, d’espérance et de connaissance de la vérité divine. Le saint et grand Carême est un temps pour découvrir l’amour dont nous sommes capables et, l’ayant découvert, pour le thésauriser à nouveau de façon céleste par l’amour de Dieu et l’amour du prochain. En nous demandant pardon les uns aux autres, en demandant au Seigneur continuellement la grâce de sa miséricorde, c’est le trésor des charismes de l’amour cachés dans notre cœur que nous exhumons pour le multiplier et le distribuer généreusement autour de nous.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le sage joaillier

Jean Moschos nous rapporte ici l’histoire d’un joaillier qui, par une sage décision, sauva sa vie en mer. Ecoutez bien :

« Ce joaillier, ou lapidaire comme on disait à l’époque, part en bateau pour ses affaires, avec ses enfants. Il embarque avec des pierres précieuses et des perles. La providence divine veille sur lui, car il se fait qu’il connaît un des membres de l’équipage pour lequel il a beaucoup d’affection et qui se met à son service pendant le voyage. Ce marin dort près du joaillier et mange à sa table. Voici qu’un jour, pendant la traversée, ce serviteur entend les marins qui chuchotent entre eux. Il s’approche silencieusement et se rend compte qu’ils complotent de jeter le lapidaire à la mer pour s’emparer de ses pierres précieuses. Le serviteur retourne près du joaillier. Il est très sombre, car il sait que son maître est un homme bon. Le joaillier voyant qu’il n’est pas dans son état habituel, l’interroge : ‘‘Pourquoi es-tu triste aujourd’hui, mon enfant ?’’ Mais le marin garde le silence. Le joaillier insiste : ‘‘Allons, dis-moi ce que tu as.’’ Le serviteur se met alors à pleurer et lui déclare : ‘‘C’est parce que les marins ont décidé de te jeter à la mer pour s’emparer de ton trésor !’’ – ‘‘Vraiment ?’’ demande le joaillier. ‘‘Oui, répond le serviteur, je les ai bel et bien entendus dire ça. Ils sont vraiment décidés à s’en prendre à toi !’’ Le joaillier appelle alors ses assistants et leur dit : ‘‘Si je vous demande quelque chose, faites-le immédiatement et sans discussion.’’ Il déploie un grand linge et leur dit : ‘‘Apportez mes coffrets.’’ Les assistants apportent les coffrets. Le joaillier les ouvre, en sort les pierres précieuses et les perles, puis les étale sur le linge. Lorsqu’il a fini, il fait venir les marins qui sont stupéfaits de voir les pierres étalées devant eux. Le joaillier leur demande : ‘‘Est-ce bien ça, la vie ? Est-ce pour cela que je vais risquer ma vie, me battre contre les flots, et mourir peu après ? Sans rien emporter de ce monde avec moi ?’’ Les marins gardent le silence. Le joaillier se tourne vers ses assistants et leur ordonne : ‘‘ Jetez tout ça à la mer.’’ Ayant promis d’obéir aussitôt sans broncher, ils jettent à l’instant le trésor à la mer, avant que les marins aient pu faire le moindre geste. Et les marins, sidérés, durent abandonner leur projet qui n’avait plus de raison d’être. »

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