L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 31 décembre 2018 : L’éclairage de Houellebecq

L'éditorial

En ce dernier jour de l’année et juste avant les vœux présidentiels, nous vivons dans un drôle de climat, très éloigné des réjouissances habituelles. Que va-t-il se passer sur les Champs Élysées dans la soirée et la nuit de la nouvelle année ? Et puis, que sera cette année 2019 ? La révolte va-t-elle se ranimer ? L’autorité de l’État résistera-t-elle à une nouvelle épreuve ? Étonnante coïncidence : dans quelques jours paraîtra un roman de Michel Houellebecq intitulé Sérotonine, dont tout annonce qu’il sera un énorme succès de librairie. Et cela d’autant plus que l’écrivain est un prodigieux capteur de l’ambiance d’une époque. Et que son génie proprement balzacien, loin de permettre à ses lecteurs de s’évader dans un autre monde, va leur restituer leur monde présent avec une acuité remarquable.

La critique rappelle le précédent de Soumission, paru le 7 janvier 2015, jour du massacre de Charlie Hebdo et qui se rapportait au défi de l’islam en France. Un confrère, qui ne manque pas d’humour, explique que le romancier, qui était promis au goudron et aux plumes infligés aux importuns, s’était trouvé épargner du fait du coup de poing de l’actualité. Dans le cas de Sérotonine, c’est aussi saisissant. Bien sûr, Houellebecq ne parle pas des gilets jaunes, mais il met en scène une violente fronde paysanne en Normandie, qui offre exactement les mêmes caractéristiques. Le président de la République, dans sa retraite tropézienne, aura-t-il pris le temps de lire Houellebecq, avant de rédiger son message de ce soir ? On le souhaiterait presque, car il importe avant tout aux responsables politiques de bien comprendre la nature exacte de cette révolte qui a bouleversé le pays et déstabilisé le sommet de l’État. Aucun rapport d’expert ne saurait remplacer le diagnostic d’un écrivain qui comprend la société actuelle comme personne et qui établit même une analyse politique et économique, dont les professionnels auraient bien tort de se priver.

Faut-il rappeler qu’une des victimes de Charlie Hebdo, Bernard Maris, professeur d’économie, avait écrit, en 2014, tout un essai intitulé Houellebecq économiste, où il montrait la pertinence du romancier dans un domaine dont il n’était pas le spécialiste. Oui, on a tout intérêt à prêter attention à l’expertise originale de Michel Houellebecq.

Commentaires

  1. Bonjour, je suis étonnée par le phénomène Houellebequien qui prend une telle ampleur dans les milieux catholiques qui suivrait parallèlement une certaine quête spirituelle de Houellebecq. Pierre Glaudes, professeur de littérature française à l’université de Paris-Sorbonne et spécialiste de Bloy,Barbey d’Aurevilly,Huysmans face à cette consécration reconnait qu’il s’agit d’un romancier « qui veut nous avoir » avec un roman fabriqué (émission du 9/01/19 sur France culture/sérotoxique).
    Je me permets de vous livrer un message laissé au journal Famille chrétienne suite à un article paru concernant « Sérotonime » :
    « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été mégalomane. Je rêvais déjà tout enfant de subjuguer l’humanité, de la séduire comme de la heurter, et finalement d’y imprimer ma marque  » écrit Michel Houellbecq dans sa correspondance avec Bernard Henri Levy publiée en 2008 (Flammarion/Grasset). Et dans l’article de F.C. consacré à celui-ci (N °2140), Pauline Quillon souligne le fait qu’il a « réussi l’exploit de concilier les lecteurs de libé et ceux de Valeurs actuelles, les branchés des Inrocks et les sages de La Croix » (et combien d’autres encore d’ailleurs) : en conséquence, M. Houellebecq n’a t-il pas, tout simplement, réussi son pari avec une œuvre qui fascine autant la bourgeoisie que l’intelligentsia et qui en quelque sorte oblige les plus brillants critiques, journalistes, penseurs à s’incliner devant des écrits relevant aussi de la pornographie ? Certains reprennent le vocabulaire vulgaire, voire scabreux de l’auteur sans délectation aucune sinon pour nous expliquer que « les scènes de sexe à répétition sont des passages obligés pour maintenir l’effervescence médiatique », qu’il est essentiel de montrer que le libéralisme sexuel a tué l’amour et que « ce livre confession est au final un livre sur le salut » (J.N Dumont). Éviter de tomber dans « la moraline » selon Catherine Millet, s’avère nécessaire pour nous faire admettre aussi qu’il s’agit d’un discours littéraire au service d’une peinture sociale passée au scalpel et au détecteur des signes du déclin de notre civilisation : M.Houellebecq serait même un « moraliste possédant une vision historique à long terme »(Bruno Viard). L’amour peut semble t-il dans « Sérotonine », être rédempteur et « sauver le monde » souffle le narrateur. Et nous avons au terme du livre, ce passage « Dieu s’occupe de nous » (et certains ai-je entendu, ont pleuré à la lecture de cette dernière page) : mais « qui fait l’ange ne peut-il aussi faire la bête » ? Ainsi Houllebecq se dit admirateur de Pascal, tout comme l’est par exemple Francois Begaudeau – auteur « d’Entre les murs » – pour lequel Pascal est venu « faire écho à son angoisse intime ». Mais la critique littéraire a littéralement passé sous silence son dernier ouvrage  » Une certaine inquiétude » (janv 2018) pourtant « une des plus belles surprises éditoriales de ce début d’année » avait écrit François Huguenin : ouvrage dans lequel F. Bégaudeau nous livre combien Pascal, Bernanos, R. Bresson, écrivains et cinéastes d’inspiration chrétienne, ont ouvert chez lui un véritable questionnement spirituel. Face au silence médiatique, celui-ci a reconnu que « le sociétal est devenu l’horizon de pensée et c’est un signe du côté “bas de plafond” du monde contemporain (…). La presse classique cherche d’abord à attraper l’air du temps. Son livre à ce titre là, n’entrait pas dans les radars « (La Croix 18/05/2018). Se pose alors cette question : le succès de Michel Hoellebecq qui selon son propre rêve d’enfant « subjugue l’humanité et y imprime sa marque », n’est-il pas tout simplement un fruit de « l’air du temps » ?

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