L’éditorial

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31 août 2020 : La tranquillité de l’ordre

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© CC by Kristoffer Trolle

Cette rentrée ne se déroule pas sous des auspices très favorables. La discussion sur la sécurité sanitaire dans les écoles oppose les uns et les autres, notamment ceux que ne rassure pas forcément le ministre de l’Éducation nationale, lorsqu’il déclare : « Nous sommes préparés à tout. » Un autre sujet de préoccupation lancinant agite une opinion inquiète de l’insécurité régnant dans le pays. Plusieurs événements dramatiques ont mis en cause l’autorité de l’État, le fonctionnement de la justice et le rôle des forces de l’ordre. Le président de la République n’a-t-il pas reconnu lui-même « une banalisation de la violence ». Son ministre de l’Intérieur a parlé d’« ensauvagement ». Il est vrai qu’il y a désaccord sur l’importance du phénomène, certains estimant qu’on l’exagère pour mieux charger le gouvernement et radicaliser l’opinion au profit de l’extrémisme idéologique.

Autant alors se renseigner auprès de ceux qui observent les réalités sociales avec les méthodes les moins contestables. C’est le cas d’Alain Bauer, qui est professeur de criminologie et dont le discernement en cette matière nous est précieux. Il connaît les choses avec précision et les resitue dans leurs évolutions historiques. C’est ainsi qu’il peut noter une reprise forte de la criminalité homicide depuis une dizaine d’années : « 2019, déclare-t-il au Parisiena été la pire année de l’histoire récente de la France en homicides, tentatives, coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort et règlements de compte. »

Mais une fois le constat établi, il s’avère extrêmement difficile d’envisager des solutions. Il est quasiment impossible de trouver, par exemple, un accord entre magistrats et policiers sur les dispositions à prendre. On peut s’interroger aussi sur la santé morale d’une société, car c’est elle qui détermine d’abord ce que saint Augustin appelait « la tranquillité de l’ordre ». Les mesures répressives sont nécessaires. Elles ne sont jamais suffisantes. C’est sur les équilibres profonds qui inspirent les attitudes, les sentiments et les mœurs qu’il faudrait s’interroger. Il ne sert pas à grand-chose de se traiter mutuellement de laxistes et de fascistes. L’État doit jouer pleinement son rôle. Mais à lui seul, il ne rétablira pas la paix sociale. On parle à juste titre du rôle de l’éducation, mais l’éducation passe d’abord par les familles qui assument en priorité les tâches de développement de la conscience des enfants. En une période de surchauffe idéologique, il est extrêmement ardu d’obtenir un consensus général dans un pays profondément bouleversé et divisé.

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