L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 31 janvier 2019 : François-Xavier Bellamy, un philosophe en politique

L'éditorial

Faut-il se réjouir qu’un jeune et brillant philosophe, en l’espèce François-Xavier Bellamy, prenne d’importantes responsabilités politiques, ayant été désigné par Les Républicains comme leur tête de liste aux Européennes ? Ce n’est pas du tout évident à mon sens, et je suis enclin, sur ce point, à méditer sur l’objection émise par mon ami Damien Le Guay. Choisissant la voie parlementaire, avec toutes les obligations qui vont lui incomber, aura-t-il encore le loisir – j’emploie ce terme de loisir à dessein – de poursuivre l’œuvre philosophique que l’on est en droit d’attendre de lui ? La vie universitaire qu’il va abandonner lui laissait ce loisir, c’est-à-dire, en latin, cet otium, à savoir ce temps libre qui permet à l’intelligence de bénéficier d’une sorte d’essor gratuit. Otium s’oppose à négotium qui renvoie au monde des affaires, où l’on est accaparé par les soucis de la vie matérielle.

Sans doute, l’engagement en politique suppose aussi une forme de loisir. Celui qui se consacre au bien de la cité doit être délivré de certaines contraintes de l’existence ordinaire. Et puis, plus encore, la culture philosophique n’est pas la plus mauvaise préparation aux responsabilités civiques, permettant à l’intelligence de s’ouvrir aux plus larges préoccupations. Mais alors, le choix étant fait, adieu à l’œuvre en chantier ? Je songe au cas de Jacques Maritain, qui a pourtant consacré une partie importante de sa réflexion à la philosophie politique. Il est demeuré philosophe de profession. Certes, par devoir, il avait accepté, à la demande du général de Gaulle, de devenir ambassadeur de France auprès du Saint-Siège. Mais ce ne fut qu’une parenthèse.

François-Xavier Bellamy n’a pris, d’évidence, sa décision qu’en pleine conscience de ce qu’il pouvait y sacrifier. Son aventure devra être observée avec la plus grande attention. Un philosophe en politique, un homme de réflexion profonde, ne peut se projeter sans risque dans un monde qui n’est pas toujours pleinement rationnel et qui exige, sous peine d’inefficacité, des transactions, des négociations. On le verra à l’œuvre, en formulant des vœux, pour qu’une telle aventure ne le déçoive pas, lui le premier.

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