L’éditorial de Gérard Leclerc

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30/12/2019 : Le drame de Gabriel Matzneff

L'éditorial

© Grasset

Toute la presse fait écho à un ouvrage intitulé Le consentement, qui sera en librairie le 2 janvier. Il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour en connaître le contenu, déjà largement exposé dans de longs articles, que l’on peut retrouver aussi bien sur le site du Monde que celui de La Croix. L’auteur, directrice des éditions Julliard, raconte comment elle a été, entre treize et quinze ans, la maîtresse d’un écrivain bien connu, notamment pour avoir défendu ses penchants pour « les moins de seize ans ». Les initiales de cet écrivain G. M. sont immédiatement identifiables. Qui, sur la scène littéraire, ne connaît pas Gabriel Matzneff, par ailleurs régulièrement visé par des campagnes dénonçant sa pédophilie ? L’élément nouveau est que cette pédophilie est aujourd’hui unanimement réprouvée et criminalisée, y compris par des journaux qui, autrefois, en assumaient la défense, sinon la légitimité.

Je n’ai pas très envie de lire le livre de Vanessa Springora, pour différentes raisons, même si elle s’explique amèrement sur la notion de consentement. Oui, une adolescente peut consentir à une liaison avec un homme mûr, dès lors que celui-ci a suffisamment de prestige, de culture et de charme, alors qu’elle ressent sur le moment qu’il y a quelque chose d’ambigu et de pervers, de destructeur dans une telle relation.

Il se trouve que je connais personnellement Gabriel Matzneff depuis très longtemps. Nos échanges ne se sont jamais situés sur ce terrain de la sexualité. Nous parlions déjà, dans les années soixante-dix, de philosophie et de littérature, en évoquant Dostoïevski, Berdiaev, ou encore Gabriel Marcel et Pierre Boutang. Il me recommandait tel livre de théologie orthodoxe qui l’avait marqué. N’était-il pas proche d’Olivier Clément, lui-même théologien orthodoxe ?

Alors, comment entendre cette contradiction entre le fidèle et le libertin ? Lui-même s’en est expliqué dans certains textes : « Par ma faute, mon inconscience, ma folie, l’icône s’est obscurcie, occultée, et j’ai sombré dans la nuit. » Il parle même de « descente aux enfer ». On comprend qu’avec l’Église orthodoxe ses rapports aient été difficiles, au point d’être rompus un moment. Mais il s’est toujours finalement retourné vers la liturgie lumineuse de son enfance. Une liturgie qui est le seul secours qui puisse lui tendre la main dans sa tragédie actuelle.

Commentaires

  1. Moi je dois dire que les histoires d’attouchement me laissent froids, il faut dire que je vis un conflit de voisinage avec mes voisins. je ne dois pas être le seul. Peut-être même y a-t-il plus de victimes de conflits de voisinages que de prédateurs sexuels. Pourtant là, pas moyen de s’échapper, vu que c’est cher partout et que la loi ne protège que des « troubles anormaux », comme si elle consacrait qu’il y en ait de normaux.

  2. Tout cela nous laisse ,en cette période de fête de fin d’année, l’estomac dans le tonneau..
    La connivence des médias avec les mondes artistique et politique pour faire silence et/ou complaisance de tous ces actes moralement délictueux ne date pas d’hier.
    Et pour autant ces charismes de tous types ne restent-ils pas encore prioritaires sur la morale pour imposer le silence et pire la complaisance ?
    Bonnes fêtes de Noël et de fin d’année à tous !

  3. A propos de l’édito de G. Leclerc:
    Voilà qui est bienvenu et nous change de l’hystérie petite-bourgeoise qui frappe également de prétendus « incorrects ».

  4. Curieux tous ces gens qui ont tout à coup une opinion sur G.Matzneff dont ils ignoraient l’existence hier ! Ils ne connaissent rien de l’écrivain, de son oeuvre, de ses ‘fréquentations’…. Je le lis depuis mes 17 ans (j’en ai 65) et l’admiration que j’ai pour l’écrivain était partagée par Montherlant, Mauriac, Cioran, Hergé, F.Mitterrand N.Rheims etc….et des biens plus jeunes. Je ne m’intéresse pas tellement à ce qu’il fait dans la chambre à coucher …VS a passé 3 ans de sa vie (heureuse) avec lui; elle sort aujourd’hui son bouquin; après l’affaire Polanski et tout le reste….c’est de bonne guerre…ca fait vendre ! le soufflé médiatique va retomber…on va continuer à lire Matzneff pour notre plus grand plaisir….

  5. Cet éditorial est insupportable, déjà le titre : Ce n’est pas le drame de GM, c’est le drame des victimes. Monsieur Leclerc, Et les victimes !! et les victimes ! Cela s’appelle de la pédocriminalté. Vous séparez la vie privée et l’œuvre. C’est étonnant, et sur un média catholique avec tous les problèmes de l’Eglise à ce sujet. Si un prêtre célébrait la messe avec une belle liturgie et faisait de belles homélies, mais qu’il avait par ailleurs une vie intime de pédocriminel, le sachant, vous l’excuseriez ou le soutiendriez ?

  6. Je suis outrée par le ton et le contenu de la chronique de Gérard Leclerc, ce n’est pas la « tragédie actuelle » de Gabriel Matzneff dont il faut parler et sur laquelle il faut faire une chronique, monsieur Leclerc, mais sur celle de toutes les victimes de ce pédocriminel, Vanessa Springora n’étant que la partie « immergée » de l’iceberg. Elle peut parler car elle a la notoriété et pu faire un travail sur ce qui s’est passé mais quid de tous les autres jeunes garçons et jeunes filles qui sont passés dans les mains de ce prédateur et dont personne n’entendra la témoignage et qui, du coup, vivront avec leurs blessures. Quant à moi je vais lire « le consentement », tout comme j’ai lu le livre d’Adélaïde Bon, « la petite fille sur la banquise », qui m’a bouleversée, afin de mieux comprendre ce qui a permis et permet encore manifestement à des personnes déviantes et dangereuses de garder sous leur emprise des jeunes sans que la société ne réagisse pour les protéger. C’est la le vrai drame et je félicité Vanessa Springora pour son courage.

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