L’éditorial de Gérard Leclerc

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30 mars 2020 : Une juste théologie pour notre temps

L'éditorial

La résurrection de Lazare, Jacquelin de Montluçon, v. 1496.
Musée des Beaux-Arts de Lyon

Une épreuve telle que celle que nous vivons ne peut que nous interroger sur l’énigme de notre propre condition, notamment quant à sa vulnérabilité et à sa finitude. Le confinement qui nous est imposé a rappelé à beaucoup le fameux mot de Pascal « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans sa chambre. » Pourtant, les conseils ne manquent pas en faveur du meilleur usage possible de ce confinement. On nous incite à lire. Excellent conseil ! D’autres vont encore plus loin, tel Michel Onfray qui se réfère à ses maîtres de sagesse, en l’espèce ses chers Romains. Mais il n’oublie pas Nietzsche dont le mérite serait de nous garder de nombre d’illusions et de dérives. Le philosophe en a notamment à une certaine lecture religieuse de l’événement, celle qui interprète la pandémie comme un châtiment divin en raison de l’inconduite des hommes.

Oui, il peut y avoir des dérives dans l’ordre religieux et il est dangereux de donner de faux visages de la foi chrétienne. Nos contemporains n’ont vraiment pas besoin de cela, alors que beaucoup souffrent déjà d’une ignorance à peu près totale du mystère chrétien. Il est vrai qu’un certain héritage janséniste a pu imposer longtemps une image d’une justice divine implacable et que cela a beaucoup joué pour provoquer une révolte, particulièrement sensible aux siècle des Lumières. L’évangile du dimanche de la Passion nous offrait hier, au contraire, un Jésus compatissant et même pleurant la mort de son ami Lazare.

Une juste théologie et une juste spiritualité sont nécessaires pour mieux nous situer dans notre relation avec Dieu. Le pape François est très sensible au thème de la miséricorde. Ses prédécesseurs l’étaient tout autant. Jean-Paul II a même écrit toute une encyclique sur Dieu riche en miséricorde. C’était déjà la conviction de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui n’était pas toujours comprise. À une de se sœurs carmélite qui opposait la justice divine à la miséricorde, elle répondait « Ma sœur, vous voulez la justice de Dieu, vous aurez la justice de Dieu. Chacun reçoit de Dieu exactement ce qu’il attend. » Qu’attendent aujourd’hui de Dieu les hommes et les femmes dans l’épreuve ? Peut-être un témoignage de foi, qui leur fasse entrevoir la miséricorde de Dieu telle que Jésus nous la révèle.

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