L’éditorial de Gérard Leclerc

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29 janvier 2018 : Les martyrs d’Algérie

L'éditorial

Ainsi nous allons vers la béatification prochaine de 19 martyrs dont les sept moines de Tibhirine et l’évêque d’Oran Pierre Claverie, tués en haine de leur foi, selon l’expression bien connue. L’archevêque actuel d’Alger Mgr Paul Desfarges a tenu à préciser le sens qu’il donne à cette décision de la Congrégation pour la cause des saints, approuvée par le Pape : « Nous avons bien conscience que nos 19 frères et sœurs martyrs ne sont qu’une toute petite goutte d’eau dans un océan de violence qui a vraiment meurtri l’Algérie pendant une dizaine d’années et nous ne pouvions pas penser à nos martyrs sans penser à tous les martyrs d’Algérie ; ceux et celles qui ont donné, eux-aussi, leur vie, en fidélité à leur foi en Dieu et à leur conscience. »

Cette déclaration nous remet dans le contexte historique, sans lequel la mort de ces 19 témoins de la foi chrétienne est incompréhensible. On ne saurait oublier que leur présence en Afrique du Nord constituait un témoignage d’amitié à l’égard d’une population musulmane infiniment respectée. C’est vrai qu’il y a un risque aujourd’hui, en face du phénomène de l’extrémisme islamiste, d’oublier les masses qui ne se reconnaissent pas dans son fondamentalisme et n’approuvent pas son terrorisme. Ils ne l’approuvent pas d’autant qu’ils le subissent. Mgr Desfarges a cité au Pape l’exemple de cette centaine d’imams qui sont morts pour avoir refusé de signer ou de cautionner des fatwas justifiant la violence. Et ils ne sont pas seuls en cause. Il faut avoir à l’esprit la disparition de dizaines de milliers de morts de la guerre civile qu’a connue l’Algérie de 1991 à 2002.

La chrétienté d’Afrique du Nord, et particulièrement celle d’Algérie, a pratiquement disparu à la suite du départ des Français en 1962. C’est un petit reste qui a voulu, en dépit de bien des difficultés et des périls, manifester une présence qui se veut humble et amicale. Mgr Claverie a été assassiné en 1996 à Oran, en même temps que son jeune chauffeur Mohamed, qui savait très bien ce qu’il risquait et qu’il avait accepté par avance. Comment préjuger de l’avenir, avec cette semence de martyrs, dont parlait déjà Tertullien, membre de la première communauté chrétienne d’Afrique du Nord, comme saint Augustin ? La réponse est énigmatique. Mais nos témoins de la foi ont donné leur vie pour la paix, la coexistence amicale. À cela il s’agit de tenir coûte que coûte.

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