L’éditorial de Gérard Leclerc

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28 juin 2018 : Bernanos au Vatican

L'éditorial

Dans l’échange traditionnel des cadeaux propre à toute visite d’un chef d’État, Emmanuel Macron a choisi d’offrir au Pape une édition en italien de 1949 du Journal d’un curé de campagne. Initiative judicieuse qu’a dû apprécier François. Au fait, connaît-il aussi bien Bernanos qu’il semble connaître notre autre compatriote Léon Bloy ? C’est possible, et au demeurant les deux écrivains sont extrêmement proches par la foi, mais aussi une sensibilité exacerbée. Et si la grâce est là dans leurs livres, c’est pour tendre la main le plus souvent à une humanité en perdition. Il n’y a rien qui ressemble chez eux à l’optimisme historique d’un Pierre Teilhard de Chardin, quoi qu’à propos de ce dernier, le père de Lubac a bien montré que son optimisme était aussi de nature tragique. Il ne faut pas oublier que Teilhard avait été, comme Bernanos, combattant de la Première Guerre mondiale et qu’il fut marqué à jamais par l’expérience de Verdun.

Emmanuel Macron lui-même a-t-il lu Bernanos ? Si oui, que pense-t-il de son surnaturalisme intégral ? Pense-t-il aussi qu’il y a une transposition possible d’une pensée qui s’exprime dans le climat des années trente ? Ce climat qui annonce la seconde grande déflagration mondiale. Le rapprochement est souvent fait entre ce climat des années trente et la montée actuelle des inquiétudes en Europe, avec les risques de rupture de l’unité des nations réalisée après 1945 et parachevée en 1989 avec l’effondrement du communisme. Le Pape lui-même s’inquiète de la montée des populismes. Il ne faut pas forcer les analogies. Et comme le dit l’historien Robert Paxton, cité hier par Le Monde : « Il n’y a pas aujourd’hui d’acteur international comparable à Hitler. »

Est-ce à dire que le regard de Bernanos – dont nous allons bientôt célébrer le soixante-dixième anniversaire de la mort – ne nous est pas précieux pour comprendre le monde où nous sommes, l’histoire que nous sommes en train de vivre ? Sûrement pas, et pour cette raison première que ce regard n’a cessé de percer les ombres qui entourent notre propre mystère et qu’« il sait ce qu’il y a dans l’homme », pour reprendre l’expression de l’Évangile (Jn 2,25). Il suffit de relire son ouvrage posthume La France contre les robots pour se souvenir qu’il avait d’avance compris les menaces d’une raison technicienne devenue folle. Non, l’intrusion du prophète Bernanos, hier, au Vatican, n’était nullement incongrue. Les prophètes, les vrais, ne meurent jamais.

Commentaires

  1. Le Pape Benoît XVI disait un jour que s’il avait à quitter le Vatican rapidement pour ne plus jamais y revenir, il partirait avec les oeuvres suivantes: La saint BIBLE, les Confessions de Saint-Augustin et …l’oeuvre entière de Bernanos.

    J’ai dans ma bibliotèque ces écrits qui sont toujours d’actualité.

    Je suis prêt à partir.

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