L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 27 novembre 2018 : Le populisme en direct

L'éditorial

Les moments de crise intense permettent souvent d’observer en direct des phénomènes qu’habituellement les spécialistes analysent dans leur langage propre et leurs instruments universitaires. Ainsi en va-t-il du populisme, sur lequel tant d’études ont été publiées, le plus souvent dans un but de stigmatisation. On s’aperçoit en direct qu’il s’agit non pas d’une idéologie dangereuse, qui nous ramènerait dans l’Europe des années Trente avec la montée des systèmes totalitaires. Non, il s’agit bien d’une réalité sociale qu’un Christophe Guilluy a parfaitement identifiée. Nous voyons clairement, nous dit Jean-Pierre Le Goff, « la revanche de ceux qu’on a traité de beaufs et de ringards, largement ignorés depuis des années par les pouvoirs en place au profit des catégories sociales branchées et des gagnants de la mondialisation ».

Cette réalité sociale, le philosophe original et intempestif qu’est Jean-Claude Michéa, l’observe depuis le Pays basque où il a pris sa retraite : « Il est clair que la plupart des gilets jaunes n’éprouvent aucun plaisir à devoir prendre leur voiture pour aller travailler chaque jour à cinquante kilomètres de chez eux, à aller faire leurs courses au seul centre commercial existant dans leur région et généralement situé en pleine nature à vingt kilomètres, ou encore à se rendre chez le seul médecin qui n’a pas encore pris sa retraite et dont le cabinet se trouve à dix kilomètres de leur lieu d’habitation. » Et d’ajouter : « J’ai même un voisin, qui vit avec 600 euros par mois, qui doit calculer le jour du mois où il peut encore faire ses courses à Mont-de-Marsan, sans tomber en panne, en fonction de la quantité de diesel – cette essence des pauvres – qu’il a encore les moyens d’acheter. »

Face à cette réalité, il est patent que deux cultures coexistent, irréductibles, dans leur façon d’analyser les situations. Jean-Pierre Le Goff met en cause « une logorrhée managériale et communicationnelle » qui a envahi l’espace public et se montre incapable de comprendre cette révolte d’en bas. L’idéologie de l’adaptation, du changement et de la réforme, qui est celle de la classe politique et dirigeante, produit une cassure qui est aussi d’ordre anthropologique. Comment envisager ces oppositions frontales liées à des représentations philosophiquement irréconciliables ? C’est aussi un des défis de notre époque qu’il va falloir envisager dans toute son ampleur.

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