L’éditorial de Gérard Leclerc

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27 novembre 2017 : Un autre imaginaire social ?

L'éditorial

Ainsi l’onde de choc est mondiale. Chaque jour révèle de nouvelles répercussions du scandale de l’affaire Weinstein. Aux États-Unis, les têtes ne cessent de tomber. On publie des listes de coupables de gestes déplacés, de harcèlement ou d’agression à l’égard des femmes. Des figures de premier plan dans les médias, le domaine artistique, la politique, sont dénoncées et perdent leur position de pouvoir ou de prestige. Un pays comme la Suède, que l’on pouvait croire pourtant à l’avant-garde de l’évolution des mœurs, se trouve, dit-on, en pleine révolution. Des centaines d’actrices suédoises ont signé une tribune dans un quotidien pour s’en prendre à « une culture du silence » qui couvre les turpitudes endurées quotidiennement sur les plateaux de cinéma et les scènes de théâtre. Même réaction chez les chanteuses d’opéra et aussi du côté des femmes employées par l’Église luthérienne.

Face à un tel tsunami, il est périlleux de faire entendre sa différence, non point en ce qui concerne le scandale trop évident, mais sur la philosophie qui inspire les campagnes contre le sexisme, le patriarcat, et qui vont jusqu’à réclamer la création d’une novlangue qui purifierait la grammaire de ses présupposés masculins. Que les mouvements féministes les plus extrémistes s’engouffrent dans le climat survolté du moment, c’est dans la logique des choses, et d’une certaine façon, c’est justice. Beaucoup croient à la possibilité de porter le coup de grâce à la domination patriarcale et elles profitent à plein des micros qui leurs sont largement ouverts.

Peut-être faudra-t-il attendre un peu pour porter une réflexion commune qui tienne compte d’autres paramètres et d’autres éclairages. Le président de la République a répondu en partie à l’attente des militantes, en érigeant la lutte contre les violences faites aux femmes en cause prioritaire du quinquennat et en annonçant des mesures d’urgence. Fort bien ! Je réitérerai toutefois mon objection : on ne fabrique pas une civilisation des mœurs uniquement avec des lois punitives. Une civilisation digne de ce nom est inspirée par un imaginaire social. Celui dont parlait Cornélius Castoriadis. Je ne suis pas sûr que nous soyons vraiment en quête du nouvel imaginaire qui pourrait transformer notre civilisation des mœurs. Le slogan de l’égalité n’y suffira pas.

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