L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 27 septembre 2018 : À quoi sert un Comité d’éthique ?

L'éditorial

À quoi sert un Comité consultatif national d’éthique ? La réponse n’est pas évidente, car si l’on perçoit bien à quel besoin il correspond pour la puissance publique, on ne voit pas nécessairement en quoi il peut préparer une décision politique à forte teneur éthique. Le besoin n’est pas discutable. Dans une société pluraliste, donc divisée voire fragmentée, le consensus n’est guère possible sur certaines questions clés. L’État a donc recours à une instance spécifique chargée de l’éclairer à partir de la diversité des différentes familles intellectuelles du pays. Fort bien ! Mais ce qui apparaîtra au terme des délibérations dudit comité sera-t-il vraiment le résultat d’une discussion contradictoire ou la photographie approximative de l’opinion à un certain moment ? Une délibération suppose un certain nombre de conditions. En premier lieu, un minimum d’accord non seulement sur les règles formelles mais aussi les principes de fond.

Il ne suffit pas de se proclamer Comité d’éthique pour parvenir à un consensus sur le contenu de la discipline. Je faisais part hier de mon sentiment sur la conception scientiste de certains, qui aboutissait, comme le remarque fort justement Jean-Claude Michéa à une neutralité axiologique, qui évacue toute tension normative inhérente aux choix moraux. Comment discuter alors ? Nous sommes dans un dialogue de sourd. On ne peut que faire le constat des désaccords, sans qu’une véritable délibération ait permis aux uns et aux autres de se comprendre. Échanger des arguments ne suffit pas dès lors que, par système, vous excluez ceux qui n’entrent pas dans votre logiciel normatif.

C’est d’ailleurs le point de départ d’une certaine philosophie politique moderne : exclure par nécessité tout appel à une philosophie générale de la vie pour essayer de résoudre les problèmes en termes de justice procédurale. Mais si c’est du même coup exclure du débat les grands principes de la morale, pourquoi donc un comité d’éthique ?

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