L’éditorial de Gérard Leclerc

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25 février 2020 : Jean Daniel aux Invalides

L'éditorial

Cour d’honneur des Invalides
CC by-sa : EduardoVieira88

Que les obsèques de Jean Daniel aient lieu vendredi dans la cour des Invalides, en présence du président de la République, ne devrait pas nous surprendre Il n’y a pas si longtemps, c’était Jean d’Ormesson qui recevait le même hommage. La France continue à se reconnaître dans sa culture et ceux qui l’ont fait vivre pas seulement par la création proprement littéraire, mais aussi par une certaine qualité de sa presse. Personnellement, je dois reconnaître ma dette à l’égard du directeur du Nouvel Observateur. Non que je me sois toujours trouvé en accord avec sa ligne éditoriale. J’ai eu de violents sujets de querelle avec elle ! Mais la tenue que Jean Daniel a toujours imposée au traitement de l’actualité dans toutes ses dimensions faisait que le jeune journaliste que j’étais ne pouvait se priver de sa confrontation hebdomadaire.

Et puis sur une question aussi importante que l’avenir du Moyen Orient et des relations entre Israël et la Palestine, je ne pouvais que suivre celui dont Hubert Védrine a dit ces jours-ci qu’il réagissait en véritable homme d’État. J’ajouterai qu’on n’a pas assez souligné comment Jean Daniel avait contribué à modifier la culture politique française, pas seulement dans le milieu de la gauche, même si celle-ci était la plus directement sollicitée, car la droite par contrecoup suivait les évolutions de ses partenaires. Un des collaborateurs qui ont eu le plus d’influence dans ce processus, c’est l’historien François Furet, puisqu’il a changé radicalement l’historiographie de la Révolution française, en rompant avec la vieille école républicaine. Et même si Jean-Paul Sartre fut considéré comme un des parrains du Nouvel Obs à ses origines, Jean Daniel a fait que ses lecteurs s’en détachent de plus en plus.

Je ne puis oublier ce que me confiait mon ami Maurice Clavel : « Si je puis m’exprimer librement chaque semaine dans Le Nouvel Observateur, je le dois à la seule grâce du prince, c’est-à-dire à son directeur. » Là aussi, Jean Daniel innovait, en rompant avec l’anticléricalisme de l’intelligentsia. Clavel pouvait conduire une œuvre étonnante de retournement intérieur qui se traduisait par la ferveur de ceux qui témoignaient à quel point, par son intermédiaire, ils avaient entrevu l’appel de la foi. Rien que pour avoir permis cela, je suis reconnaissant à celui qui sera honoré vendredi dans la cour des Invalides.

Commentaires

  1. je suis en total désaccord avec vous sur le bien fondé du choix des Invalides pour les obsèques de ces hommes de lettres, quels que soient leurs mérites professionnels.
    Ces lieux chargés d’histoire sont faits pour honorer ceux qui ont servi la France sous les armes, et notamment, parmi eux, ceux qui ont donné leur sang pour la Patrie. Enfin, je n’ai pas le souvenir, au temps où Jean Daniel brillait de mille feux au Nouvel Obs, qu’il ait manifesté un grand intérêt pour nos armées et un grand attachement à la mémoire de la longue cohorte des soldats de France.

  2. D’accord avec Cordouan sur l’inadéquation du lieu. Il est vrai que ce que j’appellerai le volontarisme commémoratif de notre Président produit de lui-même des difficultés quant au choix des lieux et des personnes.

    Ne serait-ce aussi parcequ’un fantôme erre dans les palais de la République depuis la cour des invalides ?

    Captain Dreyfus I presume ?

    Quand, sous la mitterandie, la République décida d’honorer son souvenir par une statue, un excès de remord voulut -vainement et c’est heureux- que la statue siégeât dans cette même cour : c’eût été faire porter le déshonneur sur les seuls militaires alors que la honte aurait du être reconnue par la communauté politique en son entier !
    L’encombrant personnage dresse aujourd’hui sa droite conscience dans un non-lieu désolé ( une copie est également exposée au Musée d’art et d’histoire du judaïsme).

    Plutôt que de proposer de promouvoir le capitaine au grade de général à titre posthume ( au motif qu’il l’aurait désiré et en aurait été empêché), proposition bien gentille mais qui constitue pour moi un tripatouillage historique bien dangereux, il m’apparaît, depuis des années, qu’il conviendrait de transférer la statue dans un endroit plus digne de l’homme et du combat qu’il généra : sur les champs Élysées.

    Ainsi, lors du 14 juillet elle serait une vivante injonction aux troupes défilant ainsi qu’aux autorités civiles, le tout sous le regard du monde.

    Et la cour des invalides serait rendue à ceux qui ont servi la France sous les armes.

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