L’éditorial de Gérard Leclerc

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Atteinte à la laïcité. L’instituteur réhabilité

L'éditorial

Nos auditeurs l’avaient peut-être oublié, et moi-même je n’y pensais pas, mais il y a deux ans, j’avais attiré leur attention sur ce que je considérais être une grave injustice. En effet, en 2017, un instituteur du Berry, Matthieu Faucher avait été suspendu de ses fonctions pour avoir fait étudier la Bible a ses élèves. Il avait été accusé de prosélytisme par un courrier anonyme. Ce qui n’était manifestement pas le cas, Matthieu Faucher n’étant pas chrétien et ne désirant s’inscrire que dans une démarche « d’étude historique, culturelle, philosophique et littéraire », conforme aux programmes de l’Éducation nationale. Sept heures d’enseignement dans une année scolaire consacrées à la compréhension des textes de l’Exode dans l’Ancien Testament et du récit de la femme adultère dans l’Évangile, était-ce vraiment excessif ? Oui, selon le directeur académique qui avait sanctionné le maître d’école. Il avait été relevé de son poste, muté dans une autre école du département, puis affecté à des remplacements.

C’est cette sanction qui vient d’être cassée par le tribunal administratif de Limoges qui la déclare « disproportionnée par rapport aux faits reprochés ». Matthieu Faucher devra donc être réintégré dans les meilleurs délais dans son école d’origine. Ses qualités professionnelles reconnues par des élus locaux et par des parents d’élèves sont rappelées aussi par le tribunal qui ne fait que deux réserves, eu égard au jeune âge des élèves et au fait que le cours se soit cantonné à la religion chrétienne. C’est à Marie-Estelle Pech du Figaro que j’emprunte ces informations. Je me fais un devoir de les répercuter, puisque je m’étais intéressé à cette injustice qui a enfin été reconnue.

Mais d’une façon plus générale, on doit souligner la difficulté de l’enseignement des religions à l’école. Isabelle de Saint-Martin vient de publier un ouvrage sur la question. Elle part du rapport de Régis Debray de 2002, auquel elle a été associée. Est-il possible d’initier des enfants et des adolescents à ce domaine bien particulier, qui relève des convictions profondes tout en gardant la distance nécessaire ? Quel sens donner à la notion d’enseignement laïc du fait religieux. Ne s’agit-il pas de ce qu’on appelle un oxymore, significatif d’une presque impossibilité ? Peut-être le terme de culture du fait religieux serait plus approprié en ce qu’il implique une ouverture à cet étonnement dont la pensée grecque faisait le préalable à toute connaissance.

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