L’éditorial

Podcasts

20 avril 2021 : Loi relative à la bioéthique : entre grands principes et courants dérivants

edito

Sur la loi relative à la bioéthique les deux assemblées tardent à arrêter un compromis. Et pour cause : le Sénat l’a adopté sans extension de la PMA.

En attendant, un amendement mérite attention. La veille du vote au Sénat, à l’initiative de Laurence MULLER-BRONN et d’André REICHARDT, l’article autorisant la greffe de cellules souches humaines sur des embryons d’animaux, dits « chimères » homme/animal, a été rejeté.

Au grand dam de certains chercheurs qui s’en sont expliqués dans les colonnes du Monde. Avec des arguments, il est vrai.

Or voici qu’on apprend que deux équipes de scientifiques, l’une américaine, l’autre française, ont réussi à créer des embryons chimères singe-homme.

Tout chercheur veut aller au bout. C’est la logique de la recherche, de la coopération et de la concurrence entre équipes. On poursuit l’expérience jusqu’à faire la lumière sur son déroulement, sa possible reconduction, les applications envisageables. Ainsi le veut l’hymne à l’amélioration de la santé, aiguillonné par un obscur désir de puissance.

La bioéthique représente un domaine à part, dès lors que l’enjeu porte sur l’intégrité et l’inviolabilité de l’humain. Cependant, il est clair qu’elle est touchée, elle aussi, par cette dynamique.

Aujourd’hui, en cas de greffe de cellules souches humaines sur un embryon animal (rongeur, lapin, mouton, porc), le chercheur accepte un encadrement… à condition d’être associé au choix des modalités. Au nom de l’éthique, il approuve le caractère intangible du principe. Au nom de la recherche, il justifie d’en négocier les modalités au fil de l’eau, selon les résultats.

Au Japon, le professeur NAKAUCHI observe des rats porteurs d’embryons modifiés après ajout de cellules souches humaines. Objectif : développer un pancréas. Si l’expérience réussit, il rééditera avec des porcs en vue de fabriquer un organe à usage humain. L’équipe japonaise a fixé une limite. Au-delà de 30% de cellules humaines l’animal est sacrifié. Ailleurs, des confrères envisagent 50 %. A partir de quel seuil un cortex est-il « humanisé » ? Qui a autorité ? Certes, tant que l’expérience est stoppée avant terme, un Bambi Frankenstein ne verra pas le jour. Provisoirement…

« Rien n’arrête le progrès, a dit Alexandre Vialatte. Il s’arrête tout seul. » C’est bien le problème.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *