L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 20 février 2019 : Le mystère d’Israël

L'éditorial

En signalant hier les réserves d’Alain Finkielkraut sur le sens du grand rassemblement de la place de la République contre l’antisémitisme, je ne mettais nullement en cause son bien-fondé. Car, au-delà des manœuvres politiques et des rituels stéréotypés, il y a quand même un énorme enjeu symbolique, qui se rapporte bien sûr à la tragédie de la Shoah et à ce que nous autres chrétiens appelons « le mystère d’Israël ». Qu’on le veuille ou non, l’existence du peuple juif est dominée par son rapport à Dieu, avec la Bible qui constitue son témoignage universel au-delà de la particularité de son Alliance. Et cela ne vaut pas seulement pour l’histoire passée. L’histoire moderne d’Israël ne se comprend pas sans cette vocation singulière.

De cette vocation, un géant intellectuel comme Martin Buber est l’interprète inspiré, et son personnalisme ne va pas sans relation avec Dieu. De là un rapport avec la politique qui n’a rien d’évident. Admiré par Ben Gourion, fondateur de l’État d’Israël, le philosophe a quelques difficultés à bien marquer l’originalité de son propre engagement. Militant sioniste authentique, il n’oubliera jamais l’impérieuse coexistence avec les autres occupants de la Terre promise. Il faut bien reconnaître que depuis Buber, la solution n’a pas été trouvée.

La dimension culturelle et théologique de Buber n’est guère présente dans l’approche politique d’aujourd’hui. Que l’on soit sensible aux périls de nouvelles persécutions du peuple juif, ce n’est pas rien. Encore faut-il que l’on se mette sérieusement en quête des moyens de protéger nos compatriotes qui se sentent menacés. Il est inadmissible que certaines zones, tout un département comme la Seine-Saint-Denis, leur soient interdites.

J’ajouterai que les chrétiens ont une mission propre à l’égard de leurs frères aînés. C’est un des aspects fondamentaux de Vatican II de l’avoir rappelé. Avec Pascal nous pourrions caractériser ce qu’il a d’essentiel pour nous : « J’admire, nous dit Pascal, une première et auguste religion, toute divine dans son autorité, dans sa durée, dans sa perpétuité, dans sa morale, dans sa conduite, dans ses effets… »

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