L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 19 septembre 2018 : La bataille des mots

L'éditorial

Les futures élections européennes s’annoncent sous le signe d’une sérieuse confrontation idéologique, progressistes contre populistes. Est-ce le réveil des batailles d’idées, dans la suite de notre histoire ? Mais de nouvelles données ne sont-elles pas sur le point de tout bousculer ?

On ne saurait sous-estimer l’importance de la bataille des mots dans la controverse politique. Il est même possible qu’actuellement, nous assistions à un retour en force des grandes dénominations idéologiques à l’encontre d’un certain arasement technocratique, inspiré par la primauté de l’économie. Ainsi, Emmanuel Macron, en s’emparant de l’étiquette progressiste durant sa campagne électorale, a tenté de se positionner avantageusement sur le terrain des idées. Le progressisme est pourtant susceptible de bien des déclinaisons. En son temps, Joseph Staline se voulait le premier progressiste du monde et il y a toute une histoire de l’idée de progrès qui invite à interroger la complexité des courants de pensée confrontés à la dureté de l’histoire.

Disons que prendre parti pour le progrès, c’est choisir un point de vue, de préférence optimiste, sur la marche du monde, celui que développait un Condorcet à la fin du XVIIIe siècle. À son encontre, les penseurs conservateurs faisaient valoir qu’il y a erreur à confondre les progrès des sciences avec ceux de la morale et de l’art de gouverner. Il y a des progrès possibles, un progrès général et inéluctable constituant un mythe trompeur et dangereux.

Pourtant, en dépit des oppositions idéologiques souvent frontales, on pouvait avoir le sentiment qu’avec le fonctionnement d’un régime pluraliste, fondé sur la confrontation rationnelle des opinions, on pouvait s’entendre dans le cadre d’un consensus en mouvement perpétuel. Le XXIe siècle est venu brutalement s’interposer avec les attentats emblématiques du 11 septembre 2001 à New York et à Washington. Dès lors, tout n’est-il pas remis en cause, ainsi que le démontre Jean Birnbaum, responsable du Monde des livres dans un ouvrage qui s’annonce important en cette rentrée : « Que se passe-t-il quand ceux qui frappent l’Occident se moquent de la justice sur terre ? » [1] Il se passe que nos catégories idéologiques sont bousculés.

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