L’éditorial de Gérard Leclerc

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19 mai 2020 : Bas les masques ?

L'éditorial

Est-ce que le port quasi obligatoire du masque affecte profondément nos relations sociales ?
© vperemen.com / CC by-sa

L’autre jour, je me suis trouvé interpellé de façon très moqueuse dans la rue, parce que je portais un masque. Un masque, il est vrai d’une facture assez différente de celle que l’on côtoie en ce moment puisqu’il est en plastique. La personne qui m’interpellait est d’ordinaire tout à fait cordiale dans ses relations avec moi. Mais là, elle poussait le bouchon un peu loin me traitant quasiment de clown et m’invitant à compléter mon affublement par une plume plantée sur la tête. Je ne sais si mon interlocuteur manifestait ainsi son vif déplaisir à l’égard de la situation de confinement qui nous est imposée, mais je n’ai pu m’empêcher de songer à la signification humaine, sociale que peu bien receler ce port du masque.

Un masque qui couvre une partie importante du visage et notamment l’expression des muscles du bas du visage, si importante pour communiquer nos sentiments et nos émotions. J’ai suffisamment lu Emmanuel Levinas pour savoir l’importance du visage dans nos relations. Ce visage qui est dénudé, offert, exposé, sans défense, et qui nous impose l’évidence de la présence d’autrui. Autrui qui nous oblige, qui nous rend responsable et nous introduit à la dimension éthique. N’est-ce pas une des raisons qui ont rendu si impératives la question du voile islamiste, a fortiori du niqab, ce voile intégral qui couvre tout le visage à l’exception des yeux.

L’affaire présente une certaine importance puisqu’elle justifie une page entière du Monde, avec deux interventions qui relativisent d’ailleurs l’expression nue du visage. Non, nous est-il expliqué : « Le masque anti-Covid révèle que ce n’est pas en tant que telle, la dissimulation du visage qui pose problème, mais seulement certaines formes spécifiques de sa dissimulation. » J’avoue que je n’ai pas été complètement convaincu. Même s’il faut se résigner à cette dissimulation partielle, j’espère qu’on en sera au plus vite délivré, ne serait-ce que pour accueillir pleinement le sourire d’autrui.

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