L’éditorial de Gérard Leclerc

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19 avril 2017 : C’était mieux avant ?

L'éditorial

« Pensez-vous que c’était mieux avant ? » À une telle question, j’ai envie de répondre : « Non, sans blague ? » Car elle me paraît proprement absurde, même si elle a la prétention d’établir le partage entre conservateurs et progressistes, nostalgiques du passé et amants d’un futur prometteur. L’historien Jacques Bainville avait l’habitude de dire que « tout avait toujours très mal marché », et pourtant on le classe parmi les conservateurs. En tout cas, il n’avait nulle envie d’idéaliser le passé qu’il considérait d’un œil critique, essayant de déterminer les leçons utiles qu’il pouvait rendre pour mieux gouverner le présent. Même si l’on considère qu’il y a eu des moments privilégiés dans l’histoire, des moments d’équilibre et de haute créativité, il est vain et même contre-productif de vouloir les reproduire à l’identique.

Pour ma part, je n’ai jamais bien compris le sens d’une autre question qui ressemble à celle du « mieux avant » : « À quelle époque auriez-vous préféré vivre ? » C’est aussi absurde. Il me suffit de l’époque où la Providence m’a donné d’exister et qui justifie tous mes engagements correspondant à autant de responsabilités concrètes. J’en éprouve à la fois toutes les richesses et tous les défauts. Je mesure toutes les chances des progrès accomplis, sans me faire trop d’illusions dans l’ordre moral : les hommes d’aujourd’hui ne sont pas forcément meilleurs que ceux d’autrefois, et il y a d’énormes risques à l’horizon en ce qui concerne la figure humaine. Je puis redouter le pire, car les transgressions accomplies au XXe siècle peuvent trouver un autre champ d’exercice dans la ligne du transhumanisme.

Le problème n’est donc pas de croire que c’était mieux avant, il est d’envisager le présent et l’avenir avec la mémoire nécessaire d’un passé qui nous est indispensable. Emmanuel Mounier, pour sa part, avait pris en point de mire la Renaissance du XVIe siècle, non pas pour la reproduire mais pour inspirer un renouveau à partir des conditions de son temps. Pourquoi pas ? Notre ancrage historique nous permet d’envisager la navigation à venir, en nous munissant d’une boussole qui ne nous égare pas.

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