L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 19 février 2019 : Antisémitisme ?

L'éditorial

Assiste-t-on à un réveil de l’antisémitisme et celui-ci imprègne-t-il profondément les Gilets jaunes alors que l’on relève plusieurs signes alarmants de haine à l’égard des juifs ? À une telle question, on ne saurait répondre au gré de simples intuitions non vérifiées ou de réflexes idéologiques du type « retour aux années Trente ». Pierre-André Taguieff, qui a derrière lui toute une œuvre argumentée sur le sujet, nous met en garde lors d’un long entretien à La revue des deux mondes. Il y a lieu de distinguer soigneusement les formes d’antisémitisme ou de judéophobie qui coexistent aussi bien en France qu’en Europe et dans le monde : « La judéophobie qui tue en France est celle des djihadistes. C’est le véritable phénomène nouveau dans l’histoire des mobilisations anti-juives en France. Ni au moment de l’affaire Dreyfus, ni dans les années Trente, en dépit de slogans du type “mort aux juifs”, des juifs n’ont été tués parce que juifs. Il faut être clair sur la question car le “politiquement correct” continue de régner et conduit à éviter de caractériser ceux qui assassinent des juifs en France depuis une quinzaine d’années. »

Cela ne veut pas dire que la population des Gilets jaunes est indemne, par exemple, de préjugés concernant ce qu’on appelle les théories complotistes. Il semble bien, selon une enquête soigneusement menée, qu’elle y est deux fois plus sensible que la moyenne nationale. Cela ne signifie nullement qu’il pourrait y avoir interférence directe avec la judéophobie meurtrière. « Et s’il y a des anti-juifs en France, déclare encore Taguieff, la société française n’est pas ou n’est plus anti-juive. » Il en va de même des Gilets jaunes.

On conçoit alors la perplexité d’Alain Finkielkraut, objet d’une manifestation délirante de haine de la part d’un groupe de manifestants. Il se demande si la mobilisation des partis politiques contre la résurgence de l’antisémitisme est vraiment informée des véritables enjeux d’aujourd’hui : « Je ne voudrais pas que ce rassemblement se fasse dans un grand malentendu : si c’est pour refaire la énième version de l’anti-fascisme, alors on n’a rien compris. » Il ne faudrait surtout pas se tromper d’époque.

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