L’éditorial de Gérard Leclerc

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18/11/2019 : La polémique pour un meilleur discernement

L'éditorial

Pierre Bourdieu, portrait peint
CC by : Thierry Ehrmann

La polémique ne cesse de nourrir la réflexion sur les événements, et l’on ne peut, raisonnablement, s’en indigner dès lors qu’elle se formule en discussion ordonnée. Au Moyen Âge, on parlait de disputatio. Nous avons besoin d’être éclairés et le discernement peut bénéficier d’une saine confrontation des idées. Malheureusement, il arrive trop souvent que les choses tournent à l’aigre. On aboutit alors à une querelle de personnes avec échange de coups destinés à mettre à mal l’adversaire et même à le mettre K.O. Ainsi, nos confrères de Libération nous ont rappelé ces jours-ci l’algarade de Pierre Bourdieu à l’égard d’Alain Finkielkraut traité de « sous-philosophe ». S’agissait-il d’une simple injure de la part du sociologue ? On peut aussi discerner dans ce genre de propos la morgue universitaire qui disqualifie du haut de son savoir et de sa compétence.

Mais l’argument d’autorité n’est sûrement pas le plus propre à arbitrer un désaccord intellectuel. Bourdieu était une autorité dans son domaine, mais une autorité contestée par des personnalités nullement négligeables. En 1968, Raymond Aron marque son désaccord avec le co-auteur, Pierre Bourdieu, d’un ouvrage intitulé Les héritiers, qui fait alors fureur dans le milieu intellectuel. De même, il y eut un affrontement direct entre ce même Bourdieu et Edgar Morin, lui aussi sociologue mais dans un registre très différent. L’opposition était si déterminante qu’on pouvait dire que les deux hommes ne faisaient pas le même métier.

Pour revenir à l’opposition Bourdieu-Finkielkraut, elle semble relever du pur mépris et ne servait qu’à dresser la barricade entre deux camps irréductibles. Peut-on se contenter d’un tel constat ? Sûrement pas. Il conviendrait de poursuivre la discussion à propos d’un désaccord, ne serait-ce que dans le but de permettre au corps social de se mieux comprendre et de comprendre les enjeux les plus sérieux du temps présent. Ainsi les désaccords sur une question aussi déterminante aujourd’hui que l’islam devraient aboutir à une meilleure élucidation. Peut-être celle que permet le travail que vient d’accomplir une cinquantaine de spécialistes sur le livre sacré des musulmans. Un livre devenu pour le coup Le Coran des historiens (Le Cerf).

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