L’éditorial de Gérard Leclerc

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17 janvier 2018 : Vérités contradictoires

L'éditorial

Qui croire ? À Calais, hier, lors de la visite du Président de la République dans cette ville névralgique, on a entendu ce qu’on pourrait appeler des vérités contradictoires. D’un côté, il y a les associations, notamment le Secours Catholique, qui dénoncent l’attitude des forces de l’ordre face aux migrants. L’accusation est reprise dans une lettre ouverte signée par plusieurs personnalités, dont certaines passaient pour proches d’Emmanuel Macron. Est-il vrai qu’on arrache leurs couvertures aux migrants, que l’on lacère leurs toiles de tente ? J’ai moi-même donné écho à ces reproches. Mais d’autre part, il y a Mme la maire de Calais qui n’accepte pas ces accusations contre les forces de l’ordre, qu’elle salue comme exemplaires. Ne sont-elles pas sans cesse prises à parti à coup de barres de fer et caillassées régulièrement ?

D’évidence, il y a deux camps qui s’estiment, l’un et l’autre, de bonne foi. Leurs discours ne se recoupent pas, et il est fort possible qu’ils expriment les aspects contrastés de la réalité, qu’ils vivent, ressentent et interprètent selon leurs convictions. De son côté, Emmanuel Macron n’a pas du tout écarté la possibilité qu’il y ait eu des bavures du côté des forces de l’ordre, celles-ci devant être sanctionnées. Il a pris, en même temps, leur défense en menaçant les propagateurs de fausses nouvelles de poursuites judiciaires. Tout cela témoigne de l’extrême difficulté de la situation, qui n’est elle-même que le reflet des drames de notre monde.

C’est aussi l’illustration des ambiguïtés inhérentes à l’information, où il ne s’agit pas seulement de démêler le vrai du faux mais de tenter d’interpréter la complexité des choses. La chasse aux fausses nouvelles, dont on parle beaucoup en ce moment, n’est pas forcément la meilleure façon de procéder. Je suis, quant à moi, très réservé sur une nouvelle loi qui s’attaquerait aux propagateurs de ces fausses nouvelles, car il est extrêmement périlleux de s’ériger en juge de la vérité. Sans brandir la menace orwelienne d’un ministère de la vérité, organe privilégié du totalitarisme, on ne peut que redouter l’atteinte à la liberté d’opinion. Mieux vaut concourir à un échange pluraliste, dont on peut espérer qu’il aide les hommes et les femmes de bonne volonté à voir plus clair et à agir avec plus de lucidité pour le bien de tous.

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