L’éditorial de Gérard Leclerc

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Notre-Dame dans l’éternité

L'éditorial

Notre-Dame en travaux six mois après l’incendie.
© Constantin de Vergennes

Il y a donc six mois, on peut dire que c’est le monde entier qui assistait, stupéfait et bouleversé, à l’incendie de la cathédrale de Paris. Bien sûr, les chaînes de télévision transmettaient en direct les images qui sont restées dans toutes les mémoires. Mais il y avait aussi les témoins directs, voisins de Notre-Dame, qui sont restés aux abords de l’édifice, jusqu’à l’extinction des flammes, grâce au dévouement magnifique des pompiers de Paris. Ces témoins ont eu un lien très particulier avec l’événement, qu’ils n’oublieront jamais. Un ami, écrivain, qui habite une rue voisine, m’en parlait encore il y a quelques jours avec émotion en me relatant de la façon la plus précise ce qu’il avait vu, auprès de deux jeunes filles étrangères qui pleuraient. Les mois ont passé, mais la permanence au cœur de la capitale de Notre-Dame blessée demeure comme une écharde en nous-mêmes. L’écrivain que j’évoquais me confiait qu’il évitait d’approcher du grand vaisseau pour ne pas aviver sa peine.

On a beaucoup réfléchi à la signification de l’événement. Bien sûr, ce qui affecte une œuvre d’art atteint en nous une fibre très particulière, qui est déjà de nature spirituelle. Mais il y a encore beaucoup plus que cela, concernant Notre-Dame. Même des agnostiques ont confié qu’ils avaient ressenti quelque chose qui les interrogeait au-delà de l’émotion esthétique. Notre-Dame, c’est l’attestation au cœur de la cité d’un signe dressé vers le ciel, alors qu’on ne partage pas l’élan de foi qui l’a construite. Cet élan il est là, il demeure, il s’impose avec la puissance de la beauté qu’il communique. Et cela va bien au-delà des légendes et de la littérature qui l’entourent, l’imagination de Victor Hugo aidant. Régis Debray a quelques raisons, dans un essai récent, de donner à l’auteur de Notre-Dame de Paris une place privilégiée dans l’expression de notre génie national.

Mais la légende qu’il a créée ne se serait pas imposée sans la force d’évocation de l’édifice qui dit bien autre chose et de singulièrement plus important à travers sa statuaire et ses vitraux. Et puis il y a le fait essentiel de la permanence du mystère qui l’habite. Notre-Dame resplendit de son âme vivante, qui la distingue des plus magnifiques monuments du monde entier dépourvus de la présence qui fait vibrer les cœurs parce qu’elle leur communique le sens même de leur être au monde dans le temps et l’éternité.

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