L’éditorial de Gérard Leclerc

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16 janvier 2018 : Daniel Lindenberg

L'éditorial

Le nom de Daniel Lindenberg, qui vient de nous quitter, n’est familier qu’au cercle des passionnés de l’histoire des idées contemporaines. Même si son bref libelle (Le rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires) publié en 2002, lui valut un moment quelques gros titres des pages idées des quotidiens et des hebdos, il fallait s’intéresser de près à la vie intellectuelle pour apprécier les travaux de cet universitaire engagé. Engagé non sans une certaine véhémence. S’il avait rompu ses engouements de jeunesse pour le parti communiste puis un groupe maoïste bien dans le climat des années soixante, Daniel Lindenberg était toujours resté fidèle à un ancrage à gauche et à une filiation idéologique qui le rendait solidaire de Lucien Herr à l’encontre de Charles Péguy.

Comment avait-il pu intégrer Esprit, dont le fondateur, Emmanuel Mounier, se distinguait précisément par sa fidélité à l’homme des Cahiers de la quinzaine ? C’est qu’il y recherchait sans doute sinon une famille, du moins un compagnonnage qui lui permettait d’assumer une tradition politique distincte du marxisme, mais conforme à une certaine idée du socialisme. Mais il ne se reconnaîtra jamais dans Péguy, a fortiori dans le christianisme. Son rationalisme et son farouche attachement aux Lumières le lui interdisaient.

Le coup d’éclat contre les nouveaux réactionnaires de 2002 tenait du manifeste. L’évolution d’un certain nombre d’intellectuels, dont un Philippe Muray et un Alain Finkielkraut étaient les figures de proue, l’insupportait et il retrouvait pour les désigner les termes polémiques les plus durs de sa tradition. Sus aux rétrogrades, voire même aux spiritualistes ! J’ai un peu connu Daniel Lindenberg, avec qui j’ai entretenu des rapports courtois. Nos désaccords étaient évidents, mais je tenais à poursuivre avec lui un dialogue à la fois bienveillant et rigoureux. La France est un pays privilégié pour le combat des idées, où il prend parfois une tonalité de guerre civile. C’est une chance mais aussi un risque. Daniel Lindenberg nous quitte à un moment où ce combat est rallumé et risque de conduire à de nouveaux déchirements. Il y aurait participé de toute sa passion. Qu’il me soit permis de saluer un adversaire, avec qui j’aurais aimé poursuivre nos ardentes discussions.

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