L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 15 novembre 2018 : Jean d’Ormesson et Dieu

L'éditorial

Jean d’Ormesson a donc livré à sa fille Héloïse un dernier livre qu’il a achevé sans pouvoir le corriger, ce qu’elle regrette, sachant le soin extrême avec lequel l’écrivain révisait ses manuscrits avant de les remettre à l’éditeur. Le Figaro d’hier nous livrait quelques bonnes pages de ce testament, intitulé Un hosanna sans fin et dont la résonance semble complètement métaphysique, voire religieuse. Pourtant, ce n’est pas un Ce que je crois, comme François Mauriac, Jean Guitton, Maurice Clavel ont pu offrir en expression pure d’une foi affirmée. En dépit des accents sceptiques prononcés des pages du Figaro, il ne semble pas s’agir d’une sorte de bréviaire du doute : « Je ne prétends pas que Dieu existe : je n’en sais rien. Je prétends que rien ne s’oppose à son existence. Je prétends qu’il a le droit d’exister. C’est comme un coin de ciel bleu au terme d’une journée plutôt sombre. »

Écrivain, Jean d’Ormesson était aussi agrégé de philosophie, et il s’en est toujours souvenu, même s’il ne s’est pas consacré à une carrière philosophique. On pourrait peut-être l’apparenter à cette catégorie si française des moralistes, que Nietzsche admirait tant. Car ses formules à saveur métaphysique sont marquées par ce style brillant qui joue souvent du paradoxe. C’est ainsi qu’il écrit : « Dieu est invraisemblable. Mais pas beaucoup plus que tous les miracles que nous avons vus défiler sous nos yeux écarquillés : la goutte d’eau, le grain de sable, la poussière minuscule d’où sort tout ce qui existe, la lumière, l’expansion continuelle de l’espace, le temps dont nous ne savons rien, l’histoire, cette stupeur, la vie, une nécessité peuplée de hasard, pas beaucoup plus invraisemblable que le monde étrange où nous vivons tous les jours et qui nous paraît si évident. »

Mais ce Dieu-là, ne serait-il pas celui défini par Pascal : celui des philosophes et des savants, qui n’est pas le Dieu vivant et vrai de la Révélation. Le Dieu qui s’est fait connaître personnellement. Il me semble que Jean d’Ormesson perçoit parfaitement la différence, lorsqu’il atteste la chance des chrétiens qui est de se référer à Jésus : « Lui au moins, il est permis de l’admirer et de l’aimer sans se poser trop de questions sur sa réalité. Si quelqu’un a laissé une trace éclatante dans l’esprit des hommes, c’est bien le Christ Jésus. »

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