L’éditorial de Gérard Leclerc

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15 octobre 2020 : Un déni français ?

L'éditorial

© Philippe Lissac / Godong

Revenant hier sur la question de la laïcité, sans cesse sollicitée et depuis longtemps, à cause de l’importance acquise par la présence musulmane en France, je m’étais limité aux principes, notamment celui de la séparation du spirituel et du temporel. Passer des principes à la réalité s’avère plus que délicat. J’en prendrais pour preuve la lecture de notre confrère La Croix dans son édition d’hier. Il se trouve que deux pages abordent ce sujet des rapports de l’islam et de la laïcité, mais elles sont étrangement contradictoires. D’un côté, il est question du non-dit des atteintes à la laïcité à l’école, contre lesquelles Jean-Michel Blanquer entend fermement réagir. De l’autre est souligné le malaise des Français musulmans face au discours présidentiel contre le séparatisme. Ainsi, le séparatisme serait un danger manifeste, souvent tu pudiquement. Et en même temps, pour parler comme lui-même, Emmanuel Macron ferait une erreur grave de diagnostic en faisant passer les musulmans pour des traitres.

Il faudrait tout de même savoir ! Qui a raison dans cette histoire ? Sans doute, conviendrait-il d’entreprendre une étude sérieuse de terrain, qui mettrait en évidence les aspects contrastés de la réalité sociologique. Encore faudrait-il pouvoir s’appuyer sur des chercheurs plus soucieux de voir les choses telles qu’elles sont que d’alimenter des débats idéologiques, même si ce n’est pas évident lorsqu’on s’intéresse à l’univers musulman. Pierre Vermeren a publié l’an dernier, sur ce sujet, un essai au titre significatif Déni français [1]. Il y note que « la religion n’ a pas été étudiée en tant que telle dans le champ des relations franco-arabes, sauf au titre de décor culturel ».

Il est vrai que dans le même essai, les catholiques sont plutôt secoués, pour leur ignorance et leur angélisme. On pourrait opposer à Pierre Vermeren l’avis contraire d’un Pierre Manent qui pense que notre État laïque aurait bien besoin de l’expertise catholique en matière d’islam. Mais l’un et l’autre ne plaident-ils pas pour une connaissance plus approfondie du même problème ?

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