L’éditorial de Gérard Leclerc

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Le prince et le cardinal

L'éditorial

 

Dimanche 13 octobre sur la place Saint-Pierre de Rome, et en présence d’une grande foule, le Pape a procédé à la canonisation d’un des génies universels de la pensée chrétienne, le cardinal John-Henry Newman. À cette occasion, l’éloge le plus enthousiaste est venu de qui on ne l’attendait pas…

« En tant qu’anglican, il a guidé cette Église vers ses racines catholiques et, en tant que catholique, il était prêt à apprendre de la tradition anglicane, par exemple en faisant la promotion du rôle des laïcs. Il a redonné confiance à l’Église catholique alors qu’elle se rétablissait sur la terre d’où elle avait été autrefois déracinée. La communauté catholique de Grande-Bretagne doit aujourd’hui une dette incalculable à son travail inlassable, de même que la société britannique a des raisons de remercier cette communauté pour sa contribution incommensurablement précieuse à la vie de notre pays. » On aura peut-être deviné le nom de la personnalité, objet d’un tel panégyrique. Il s’agit, en effet, du cardinal John-Henry Newman, que le pape François a canonisé hier matin, ainsi que quatre religieuses sans doute moins célèbres que cet immense théologien mais qui n’en ont pas moins témoigné par leur sainteté du génie de l’Évangile.

Le plus surprenant dans cette déclaration d’admiration pour saint John-Henry Newman est la qualité de son auteur. Il s’agit, en effet, du prince Charles, héritier de la couronne d’Angleterre et comme tel futur chef de l’Église anglicane. L’Osservatore Romano a publié, dans son édition de dimanche, l’article du prince en éditorial, le jour même où il devait représenter son pays à la messe de canonisation. Bien sûr, Newman est aussi un écrivain, un penseur qui fait honneur au génie du Royaume-Uni, et en ce sens il peut faire l’unanimité de ses compatriotes. Mais ce n’est pas seulement comme tel que le prince de Galles l’apprécie et le comprend. Il met en valeur son génie théologique, déjà évident durant sa période anglicane, en ajoutant qu’il sut mener le combat de la foi dans une époque sceptique et laïque.

Un dirigeant de la République française pourrait-il signer un texte de cette nature ? On pourrait sans doute le comparer à certains traits du discours de Nicolas Sarkozy dans la basilique du Latran à Rome ou de celui d’Emmanuel Macron au Collège des Bernardins. Mais il y a une différence décisive. Le représentant de la couronne d’Angleterre parle au nom de sa propre foi : « Ceux qui recherchent le divin dans ce qui peut sembler être un environnement de plus en plus hostile trouvent en lui un allié puissant qui a défendu la conscience individuelle contre un relativisme écrasant. » Tout lecteur de Newman reconnaîtra l’exactitude des termes employés. Ainsi, la conversion du théologien au catholicisme n’est-elle pas regrettée. Mieux encore, Newman est remercié pour « l’amitié qui, malgré la séparation, n’a pas seulement duré, mais s’est renforcée ». Merci aussi à son altesse royale !

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