L’éditorial de Gérard Leclerc

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14 juin 2018 : : Le droit d’asile de l’Église

L'éditorial

Une pétition publiée par Le Monde et signée par tout un groupe d’intellectuels, d’où se détache le nom du doyen de la sociologie qu’est Edgar Morin, fait une proposition singulière pour parer à l’énorme problème des migrations, que l’affaire de l’Aquarius vient de relancer : « En attendant que les démocrates de tous les pays européens se battent pour une politique commune d’hospitalité digne, nous appelons ici les représentants des institutions qui ont précédé historiquement l’État-nation, bien avant le XIXe siècle, à se souvenir de ce qu’ils prêchent, rappelé sans cesse par le Pape catholique actuel : ouvrir largement les lieux d’hospitalité aux personnes en exil. » Ce texte n’est-il pas étonnant, surtout lorsqu’on considère ses signataires qui ne sont pas précisément des fidèles de l’Église catholique.

Mais il faut vraiment des circonstances singulières pour que soit ranimée cette ancienne notion de droit d’asile des lieux d’Église, qui avait cours au Moyen Âge en régime de chrétienté. Ce n’est pas d’ailleurs le christianisme qui est à l’origine d’un tel droit, qui existait déjà en régime païen. Il s’est trouvé confirmé et précisé avec le passage de l’Empire romain à la foi chrétienne, notamment grâce aux Pères de l’Église. Cependant, on a assisté à son déclin et à sa suppression avec la montée en puissance de l’État moderne, qui ne pouvait supporter d’exception à son autorité juridique. C’est dire qu’en République laïque, le retour à un tel droit d’asile réservé à l’espace religieux est plus qu’incongru, il est littéralement ahurissant. Et il faut s’attendre à la réaction la plus vive des défenseurs de la laïcité.

Et pourtant les signataires de ladite pétition ne sont pas suspects d’être des adversaires de la laïcité. On s’interroge simplement sur la possibilité juridique de leur proposition dans le cadre de notre État de droit. Ils posent néanmoins une question des plus intéressante et sans doute des plus pertinente. N’y a-t-il pas place, en face de la dureté de l’État de droit, pour une sorte d’espace de la charité, voire même d’un ministère de la charité que me semblent bien incarner notre pape François et un évêque comme Mgr Xavier Malle, évêque de Gap, qui s’est affirmé très fortement ces temps-ci comme défenseur de la charité en faveur des migrants. Je sais qu’en esquissant une telle proposition je risque l’explosion, y compris de la part de mes propres amis. Je pose néanmoins la question, conscient de son extrême difficulté.

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