L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 13 mai 2019 : Un motu proprio impératif

L'éditorial

Au terme du Sommet qui avait réuni à Rome l’ensemble des présidents de conférences épiscopales du monde, beaucoup de commentateurs s’étaient déclarés déçus du manque de résultats concrets de ces échanges. C’était aller un peu vite en besogne, car les textes qui devaient stipuler les mesures législatives appropriées demandaient un minimum de temps d’élaboration. Or le Pape vient de publier un motu proprio qui comporte de telles mesures. Et c’est sur un document de cette nature qu’il convient d’apprécier la volonté de l’Église de progresser dans sa lutte contre les abus sexuels, d’abord contre les mineurs dans l’Église. On a retenu du motu proprio l’obligation faite à tout clerc, informé d’un délit sexuel commis sur mineur ou personne vulnérable, de le signaler à l’autorité compétente selon une procédure précise qui implique que chaque diocèse dispose de l’organisme habilité à recevoir ce type de signalement.

Mais on a beaucoup moins fait attention à un autre point décisif qui concerne les cardinaux, évêques, prélats et autres membres du haut clergé soupçonnés de crimes sexuels ou d’entraves dans les enquêtes sur les crimes sexuels. L’abbé Christian Venard, l’aumônier militaire bien connu, fait remarquer à ce sujet dans l’hebdomadaire Le Pointque c’est une avancée considérable et même un véritable coup de tonnerre. En d’autres termes, pour des crimes d’une telle gravité, il n’y a personne d’intouchable dans l’Église. Sans doute, faudra-t-il encore envisager d’autres mesures, mais on ne saurait reprocher au Pape et à ses collaborateurs d’esquiver les problèmes. Sans doute, y a-t-il aussi nécessité d’aborder le dossier du point de vue historique, ce qui n’est jamais fait. Car les défaillances de l’autorité n’ont pas pour seule cause une volonté délibérée de cacher les forfaits et de protéger les coupables. Elles s’expliquent aussi par un certain désarroi face à un domaine mal connu et qui ne relève pas, loin de là, de la seule Église, car tous les milieux sont touchés. Et l’on oublie souvent qu’il y a encore aujourd’hui de larges zones de civilisation où la pédophilie n’est pas reconnue comme un délit ou comme un crime. Puisse la détermination du Pape entraîner des progrès de la conscience collective.

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