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13 avril 2021 : La dys-coopération franco-allemande en question

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S’il y a dans le monde un couple qui ne risque pas de divorcer un jour, c’est le couple franco-allemand. Certes les bans ont été publiés à l’occasion du Traité de l’Elysée voici près de soixante ans. Mais l’union a-t-elle été consommée ? En tout cas, elle n’a pas donné les fruits attendus.

Du côté français, on ne fait pas l’effort de comprendre les Allemands, leur histoire, leurs pôles d’attraction et d’intérêts selon leurs territoires, le Nord-Est tourné vers la Baltique ou le Sud-Est tourné vers l’Autriche et la Hongrie. Seulement 15% des élèves de notre système secondaire apprennent la langue de Goethe. Nous autres Français, nous sous-estimons les spécificités des Landers, le rôle de l’assemblée nationale, le Bundestag, et celui du Conseil fédéral, le Bundesrat. Nous ignorons que cette image du « couple franco-allemand » n’a pas de consistance en Allemagne. Nous le prions de se ressaisir avec autant de succès que si nous nous adressions à un fantôme.

L’irréalisme est français, le réalisme est allemand. La politique française fait la politique qui lui plaît, pro-européenne ; la politique allemande fait la politique qui la sert, pro-germanique.

Pourquoi la persistance de ce malentendu devient-elle préoccupante ? Parce qu’une page de la politique intérieure de l’Allemagne se fermera sans doute à l’issue des législatives de septembre prochain. Après 60 ans de règne, la Chancellerie devrait échapper à la CDU, en perte de vitesse auprès de son électorat populaire, au profit d’une coalition qui, autour des Verts, réunirait les sociaux-démocrates et les libéraux.

Un domaine de la coopération risque d’être affecté par ce tournant : celui de l’industrie de défense. Quel sort un gouvernement dominé par les Verts réservera aux développements des futurs systèmes de combat ?

A propos du futur avion de chasse, c’est au prix d’alarmantes concessions du côté français que Dassault et Airbus Défense se sont mis d’accord, IN EXTREMIS, sur la répartition de la charge. Ce compromis ne doit pas nous abuser. Il a été dicté par le réalisme allemand, selon lequel ce qui est allemand est allemand et ce qui est français est négociable. « L’allemand est la langue dans laquelle je me tais de préférence », disait Jules Renard. Apprenons plutôt à la parler pour éviter que les « légères arythmies » de la coopération franco-allemande finissent par provoquer un arrêt cardiaque.

 

 

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