L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 12 novembre 2018 : Après les guerres d’enfer

L'éditorial

Que retenir de cette journée commémorative du 11 novembre 1918, dont les images tournent forcément dans nos têtes ? Tous ces chefs d’État réunis sous l’Arc de Triomphe marquaient l’unanimité d’une certitude. L’humanité avait connu, durant la Grande Guerre, un bouleversement sans précédent, car la guerre, qui est de toujours, accomplissait une métamorphose décisive et terrible, avec une puissance de feu capable de tuer des millions de soldats. Alphonse Seiché, je crois, avait parlé de « guerres d’enfer », car en plus de la capacité à tuer l’ennemi, il y avait la démesure des objectifs, où il ne s’agissait plus seulement de conquérir une part de territoire car c’est l’anéantissement de l’adversaire qui était recherché.

La caractère démesuré du conflit avait évidemment frappé les combattants qui, au terme d’une telle épreuve, étaient autorisés à croire qu’ils avaient participé à la « der des ders ». On sait que ce ne fut pas le cas, puisque deux décennies plus tard, un second conflit mondial éclaterait, encore plus meurtrier. L’humanité n’avait-elle donc rien compris ? Rares, il est vrai, ceux qui avaient écouté la voix très isolée du pape Benoît XV, appelant les nations européennes à la raison. Mais les dirigeants de 1918 n’avaient pas été capables d’inventer l’ordre ou l’équilibre européen capable de garantir la paix. À plus d’un égard, le traité de Versailles avait multiplié les causes d’un conflit futur.

À cela, il faut ajouter que les grands totalitarismes du XXe siècle se sont établis en force à la suite de la Grande Guerre. Principalement le communisme en Russie et le national-socialisme en Allemagne. Le facteur idéologique – Soljenitsyne l’a bien démontré – s’est affirmé comme un multiplicateur de la démesure et de la volonté de porter la guerre aux extrêmes. Emmanuel Macron croit voir se dessiner une nouvelle configuration de dissociation de l’Europe réconciliée. Il y a de quoi discuter. Les historiens sont en désaccord. L’Europe en crise de 2018 n’est pas celle des années Trente. Encore faut-il qu’elle trouve en elle-même les ressources d’un sursaut pour que ses difficultés ne tournent pas à nouveau au drame.

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