L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 12 juin 2019 : L’Afrique sahélienne en péril

L'éditorial

Les massacres qui se produisent en ce moment dans L’Afrique sahélienne devraient nous alerter sur une situation extrêmement alarmante. Le djihadisme est en train de déstabiliser toute une région, où  notre armée est déjà présente.

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Parfois le dessin d’un caricaturiste vaut largement le meilleur des éditoriaux. Je n’apprécie pas toujours les dessins de Plantu à la une du Monde, mais le dernier m’a touché, car il visait juste. Deux personnages contemplent un paysage désolé et même ravagé. On devine un village en ruine. Le première personnage interroge le second : « Oradour sur Glane le 10 juin 1944 ? » et le second de répondre : « Non, un village malien, le 10 juin 2019. »La comparaison n’est peut-être pas évidente, mais elle est parlante. On a rappelé ces jours derniers la tragédie de ce village du Limousin, dont toute la population a été massacrée par une division SS en retraite. Le souvenir du village martyr pèse encore aujourd’hui dans la mémoire nationale. C’est une tragédie du même ordre qui s’est produite le 10 juin dernier dans le village de Sangha au Mali, dont les cases ont été brûlées et où on a retrouvé 95 corps pour la plupart calcinés. Femmes, enfants, vieillards, ont été brûlés vifs et ceux qui voulaient fuir ont été abattus.

Il ne s’agit nullement d’un fait isolé. Depuis 2016, les conflits n’ont cessé de se multiplier au centre du Mali et on a comptabilisé plus de 2700 personnes, de plusieurs ethnies, massacrées. La responsabilité des djihadistes est évidente, même si le conflit se traduit par des combats entre milices ethniques. Et le Mali n’est pas le seul État déstabilisé. Le Burkina Faso voisin est dans la même situation, a ceci près que ce sont les chrétiens qui sont visés en premier lieu. Les djihadistes n’hésitant pas à intervenir pendant les cérémonies religieuses, tuant prêtres et fidèles.

J’avoue qu’ayant connu autrefois cette région si paisible, avec ses habitants si pacifiques, je suis touché par cette déstabilisation qui ne cesse de croître. Jusqu’où ira-t-elle ? L’Afrique du Sahel va-t-elle connaître un sort semblable à celui de la Syrie et de l’Irak ? Ce rapprochement est certes critiquable, car nous n’avons pas affaire au même profil géopolitique. N’empêche qu’une entreprise meurtrière de grande envergure se déploie depuis des années et qu’elle concerne directement la France, eu égard aux liens qui nous rattachent à ces pays. Le drame qui s’est produit le 10 juin dernier dans un village Dogon nous avertit d’un danger de catastrophe pour toute une région où nous avons des responsabilités directes.

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