L’éditorial de Gérard Leclerc

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12 avril 2018 : La laïcité, notre bien commun

L'éditorial

Il fallait s’y attendre. Le discours d’Emmanuel Macron a produit une véritable explosion. Les grands quotidiens nationaux lui consacrent des pages entières, alors même que l’actualité nationale et internationale est extrêmement tendue, notamment avec une possible intervention de la France en Syrie. Mais voilà, la question de la laïcité et de la place des religions dans notre pays est une des plus sensibles qui soit, en vertu d’un lourd héritage historique et aussi des défis nouveaux imposés par la croissance de l’islam. Les premières escarmouches sont venues du côté qu’on pourrait appeler laïciste, et cela se comprend très bien. Il est infiniment douloureux pour ceux, qui attachent à la notion de laïcité un contenu philosophique de type rationaliste, d’admettre que la République puisse envisager, avec ce que j’ai appelé dans mes chroniques précédentes de l’empathie, le catholicisme dans sa force spirituelle et sa puissance d’engagement.

Bien sûr, les laïcistes en question affirment que la laïcité offre un cadre juridique et politique bon pour tous et préserve notamment la liberté de conscience. Ils oublient un peu vite dans leurs raccourcis historiques qu’il y a eu, notamment au XIXe et au début du XXe siècle, à la suite des Lumières, une volonté de combattre le catholicisme, parfois dans le sens d’une déchristianisation des populations et au profit d’une autre conception du monde. Ce qu’on pourrait appeler le prodige de la loi de séparation de 1905, c’est que ses concepteurs ont voulu en faire un instrument de paix sociale et religieuse, alors qu’elle avait d’abord été envisagée comme un instrument de guerre. Depuis lors, ce que mon maître Émile Poulat appelait « notre laïcité publique » a pris un autre sens. La laïcité n’est pas un concept philosophique, se voulut-il universaliste, c’est une sagesse pragmatique qui tente d’organiser au mieux les relations de l’État avec les différents cultes.

Mais cela fait mal à certains, quand une autorité officielle affirme son empathie particulière avec le catholicisme dans sa réalité profonde. Il leur semble devenir des mal aimés, alors qu’ils avaient la prétention de définir les principes cardinaux de la République, au nom de leurs filiations intellectuelles particulières. Faudra-t-il leur expliquer qu’ils ne constituent pas à eux seuls la nation et qu’ils participent, à leur place, à ce qui devrait être un consensus de paix, en souhaitant qu’il soit aussi de fraternité.

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