L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 10 octobre 2018 : Histoire et polémique

L'éditorial

La bataille des idées n’a jamais cessé d’animer la scène publique dans notre cher pays. Il faut sans doute s’en féliciter, car c’est bien la preuve de notre attachement à la liberté d’esprit. Bien sûr, il y a différents modes d’expression de cette liberté. Certains se rapportent carrément à une lutte déclarée, avec des coups échangés en direct et qui font crier. Michel Onfray est passé maître dans ce genre de sport, avec des provocations parfois un peu salées. Éric Zemmour, de son côté, est traité de polémiste, même lorsqu’il exprime ses analyses dans un gros ouvrage très argumenté mais qui a la faculté de déclencher de grosses colères. Il est le contraire d’un écrivain consensuel, et avec lui, on ne s’ennuie jamais.

La qualification de polémiste permet de disqualifier l’essayiste, auquel on ne reconnaît pas le droit d’accéder à la dignité d’historien. L’intéressé d’ailleurs ne se veut pas historien, c’est un passionné de livres d’histoire, qui se pense autorisé à énoncer quelques jugements fondés, notamment sur le destin de la France. Est-ce à dire que ceux qui sont adonnés à la discipline historique, bardée de toutes les garanties méthodologiques, seraient étrangers à la polémique et à l’esprit de parti ? Personnellement, je n’en crois rien.

On apprenait hier la mort de l’historien Michel Vovelle, grand spécialiste de la Révolution française. Il était, par ailleurs, adhérent au Parti communiste français auquel il resta toujours fidèle, même à l’heure où tant d’intellectuels l’abandonnaient, singulièrement au moment du drame de la répression de Budapest en 1956 et même en 1968 au moment de l’écrasement du Printemps de Prague. Impossible de prétendre que Vovelle n’était pas un historien engagé. Pourtant, son œuvre est précieuse à plus d’un titre. Elle fait surgir des aspects importants auxquels ses collègues étaient moins sensibles. Sur la Révolution, son désaccord avec François Furet était radical. Dans le domaine des sciences humaines et singulièrement en histoire, il n’y a pas de neutralité !

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