L’éditorial de Gérard Leclerc

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9 avril 2018 : Miséricorde pour notre humanité

L'éditorial

Le thème de la miséricorde est sans doute un des plus présent dans la pastorale et la prédication de l’Église contemporaine. C’est saint Jean-Paul II qui parlait de « Dieu riche en miséricorde » dans une de ses grandes encycliques et c’est lui qui a instauré le dimanche du même nom que nous avons célébré hier. On sait que ce thème est omniprésent dans la pensée du pape François et nous le concevons comme ce qui s’origine au cœur du mystère divin. Cette sollicitude d’un Dieu qui s’offre à nous dans le don total du Fils, il me semble qu’elle a, de nos jours, un objet particulier : c’est notre humanité même qui se trouve en danger dès lors qu’elle court le risque d’une instrumentalisation dont parle en ce moment un Jacques Testard qui vient de publier un ouvrage significatif : Au péril de l’humain : les promesses suicidaires des transhumanistes (Éditions du Seuil).

Jacques Testard, dont on sait qu’il est le responsable de la naissance du premier bébé éprouvette, ne se définit nullement comme chrétien. Il se distingue même explicitement d’un José Bové, qui est pourtant sur les mêmes positions que lui, en notant que le militant écologiste est d’une sensibilité chrétienne. On sait qu’il a été formé à l’école d’un chrétien comme Jacques Ellul. Testard se définit comme darwinien. Il partage les mêmes hantises, notamment celle d’un eugénisme de masse et celle du refus de toute limite. Interrogé par plusieurs journaux, il réitère à chaque fois son refus d’une civilisation « du gadget, des prothèses, des stimulants proposés par l’industrie transhumaniste », celle qui a le projet insensé de « tuer la mort ». Ce qui nous menace, c’est « une véritable dévastation anthropologique et environnementale ».

Il me semble qu’à sa manière Jacques Testard manifeste sa pitié pour notre humanité, ce qui pourrait être une forme de la miséricorde. Une attitude qui rejoint celle de Fabrice Hadjadj dans ses magnifiques conférences de carême à Notre-Dame de Paris. Lui aussi parle de dévastation de l’humanité, qui exige de la part du chrétien un retournement de perspective. Celui qui, de par sa mission, « annonce le Ciel se retrouve à défendre la Terre »« Lui qui témoigne du Messie se retrouve à faire l’éloge du berger, du vigneron et du charpentier. Lui qui est mu par l’Esprit se retrouve à chanter les sexes. » C’est un sentiment de miséricorde à l’égard de nous-mêmes qui s’exprime ainsi et qui s’exprimera sans doute ce soir au Collège des Bernardins, où l’Église de France reçoit le Président de la république et se fait l’avocate de la fragilité humaine.

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