L’éditorial de Gérard Leclerc

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Le dénislamisme

L'éditorial

Issu de la couverture du livre de Rémi Brague et Souleymane Bachir Diagne : La controverse (Odile Jacob)

Au lendemain du drame qui a ensanglanté la Préfecture de police de Paris, au cœur de la capitale, en face de Notre-Dame, il est normal que l’on s’interroge sur les vraies causes d’un tel événement et sur la façon dont l’État se trouve atteint dans son dispositif même de sécurité. Les jugements sont sévères à l’égard du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, mais est-il le seul responsable ? L’éditorialiste du Monde dénonce « un aveuglement de l’État, un défaillance majeure », tandis qu’Alexis Brezet, dans Le Figaro, creuse l’analyse à propos de l’aveuglement général qui explique cette défaillance. Et il invente un mot pour le mieux caractériser : le dénislamisme. On aura compris qu’il s’agit du déni de réalité que l’on observe à l’égard de l’islamisme.

Le propos est d’évidence polémique, il frappe dur à l’encontre d’une classe intellectuelle prompte à stigmatiser l’islamophobie. Alexis Brezet parle même d’un « bas-clergé politique et médiatique, soucieux surtout de cultiver sa supériorité morale sur le bon peuple ». Et il poursuit : « Le dénislamisme est un piège pour ceux qu’il est censé protéger, à force de prétendre contre toute évidence que les attentats ne sont en rien le produit d’une pratique extrême de l’islam, il installe l’idée – évidemment fausse et dangereuse – que derrière tout musulman se cache un terroriste en puissance. » Le directeur du Figaro a bien raison d’opérer cette distinction entre la pratique extrême de l’islam et la non-responsabilité de nos compatriotes musulmans dans l’extrémisme terroriste. Dès lors qu’il n’y a pas pleine lucidité sur la nature du fléau, l’amalgame le plus pernicieux se répand.

Et comment éviter cet amalgame ? En expliquant le plus explicitement possible les processus qui embrayent sur l’extrémisme, sans avoir peur de se référer à ce qu’ils comportent de dévoiement du religieux. Cela ne se fera pas à partir de demi-vérités. Avec les musulmans, il s’agit de s’engager dans un dialogue exigeant qui permet l’élucidation de certaines énigmes et de certains dérapages. C’est ce dialogue que mène par exemple Rémi Brague et Souleymane Bachir Diagne dans un ouvrage vraiment d’actualité : La controverse (Odile Jacob). Sans rien occulter, il faut discuter, éventuellement se disputer, pour parvenir à une entente vraie qui éloigne des fléaux de l’aveuglement et de la violence.

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